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Mucha : de l’affiche aux arts décoratifs (3 études)

Documents décoratifs.
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Mucha et les arts de la table

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Documents décoratifs.

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot

Agrandissement - Zoom

Titre : Documents décoratifs.

Auteur : Alfons MUCHA (1860-1939)
Technique et autres indications : Crayon noir.
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 86-000187-02 / RF37321

  Contexte historique

Après s’être concentré sur la réalisation d’affiches, de panneaux décoratifs, et sur la confection de costumes et de décors de théâtre, Alfons Mucha diversifie son activité dès 1895 avec des créations de vitraux, bijoux, meubles et de pièces d’orfèvrerie. En 1902, la Librairie centrale des Beaux-Arts publie Documents décoratifs, un large recueil de 72 dessins et aquarelles où l’artiste présente à la fois des études minutieuses de la faune, de la flore, de figures humaines, mais aussi des esquisses de frises et de décors muraux, ainsi que des meubles, des luminaires, de la vaisselle et divers ustensiles. Un catalogue très éclectique dans lequel l’artiste montre l’étendue de son expérience et qui lui permet aussi de fixer définitivement les canons de son propre style. Véritable cours d’arts appliqués, cet ouvrage illustre les principes de décoration de l’artiste. En 1896, Mucha a en effet ouvert un atelier rue du Val-de-Grâce où il enseigne à des étudiants et des artistes sa conception des arts décoratifs. Dans sa préface aux Documents décoratifs, Gabriel Mourey résume parfaitement son ambition : « L’art décoratif consisterait tout entier pour lui à rehausser la signification de la ligne, de la forme, de la matière, l’ornementation ayant pour but principal de donner vie à la matière, de la spiritualiser […]. De la vérité observée, il sait dégager les traits essentiels et en former une synthèse neuve, personnelle, appropriée à la destination spéciale qu’elle comporte. »

  Analyse de l'image

« Chocolatière, tasse et soucoupe, pince à sucre, sucrier, couverts » : ce dessin compte parmi les études préparatoires que publie Mucha. Réalisée au crayon noir rehaussé de touches de gouache blanche sur bristol beige, cette planche montre le talent de dessinateur de l’artiste, son habileté graphique. Toute sa conception des arts décoratifs apparaît ici. Ses recherches formelles, son trait, son souci du détail et du raffinement, s’unissent pour transformer les objets du quotidien en formes poétiques. La chocolatière devient un samovar aux ondulations florales, tandis que l’anse de la tasse à café s’apparente à une aile de libellule. Sur le sucrier, Mucha dessine une tête de bouquetin. Ce goût pour le bestiaire se retrouve aussi bien dans les sièges et la fontaine qu’il crée pour la célèbre boutique du bijoutier Fouquet que dans les bijoux qu’il dessine à cette époque.

Les couverts aux lignes aériennes prennent eux aussi des allures d'insectes fantastiques. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, de nouveaux ustensiles apparaissent : plats et assiettes à artichauts, à coquillages, à asperges, porte-menus, supports de grappes de raisins… La pince à sucre que Mucha dessine ici fait partie de ces nouveaux objets « indispensables ». Le directeur de la revue La Salle à manger écrit : « Un de ces jours, quelqu’un inventera un instrument à prendre la fourchette, ou l’horreur d’utiliser ses doigts donnera prétexte à la confection de gants de table ! »

  Interprétation

Pour la société bourgeoise de la seconde moitié du XIXe siècle, le contenu des armoires et des vaisseliers constitue un critère de richesse et de promotion sociale. À cette époque, les arts de la table connaissent un accroissement spectaculaire de leur diffusion. En effet, grâce aux progrès de l’industrie, au perfectionnement des outils et des procédés de fabrication, céramique, verrerie, orfèvrerie, argenterie se développent largement. La découverte de la galvanoplastie, procédé qui permet la fabrication d’un métal argenté, bon marché, en alliages non nobles mais lui conserve les critères de qualité de l’orfèvrerie traditionnelle, provoque en particulier une petite révolution dans le monde de l’argenterie. C’est Charles Christofle qui, le premier, produit cette orfèvrerie d’imitation. Son usine, qui emploie 100 ouvriers en 1854, en compte 1 500 en 1878. Tout comme les autres grands orfèvres de l’époque – tels que Froment-Meurice, Duponchel ou Fannière –, son ambition est d’allier production en série et recherche artistique. Grâce à la succession des Expositions universelles et internationales, industriels et artisans rivalisent d’originalité dans leurs créations. Au niveau du style et des formes, les arts décoratifs de cette époque sont très influencés par l’art nippon à partir de l’Exposition universelle de Vienne de 1873. Le pavillon du Japon a en effet marqué les esprits de nombre de créateurs. Les pièces d’orfèvrerie se couvrent alors de motifs floraux ou animaliers, les lignes ondulent, les végétaux omniprésents s’entrelacent de toute part, l’arabesque règne en maître absolu. À partir de 1905, ce style Art nouveau, tel que l’illustrent les dessins de Mucha, décline au profit d’une épuration des lignes et d’une élimination de toute fioriture faites pour magnifier la pureté de la matière.

Auteur : Isabelle COURTY


Bibliographie

  • René BRIAT, Les Styles français. Les objets. Les arts de la table de la Renaissance au Modern Style, Paris, Baschet & Cie, coll. « Plaisir de France », 1968.
  • Zeev GOURARIER, Arts et manières de table en Occident, des origines à nos jours, Thionville, Éd. Gérard Klopp, 1994.
  • À table ! Les arts de la table dans les collections du musée Mandet de Riom, XVIIe-XIXe siècles, catalogue de l’exposition du musée Mandet de Riom, juin-décembre 1996, Paris, RMN, 1997.

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