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Elisa, Grande-duchesse de Toscane et patronne des arts

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Elisa Bonaparte entourée d'artistes à Florence. 1813.

© Photo RMN-Grand Palais - Droits réservés

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Titre : Elisa Bonaparte entourée d'artistes à Florence. 1813.

Auteur : Pietro BENVENUTI (1769-1844)
Date de création : 1813
Date représentée : 1813
Dimensions : Hauteur 325 cm - Largeur 485 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Autre titre : Elisa Baciocchi, Grande Duchesse de Toscane, représentée au milieu de sa Cour, entourée d'artistes à Florence en 1813.
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 88-000080 / MV6770

  Contexte historique

Aînée des filles Bonaparte, Maria-Anna (1777-1820), dite Elisa, a fait ses études à la Maison royale de Saint-Louis à Saint-Cyr de 1783 à 1792, date de la fermeture de l’établissement. Napoléon consent à contrecœur à son mariage avec le capitaine corse Félix-Pascal Baciocchi en 1797. C’est lorsque la famille Bonaparte s’établit à Paris après le 18 Brumaire qu’Elisa devient un personnage public influent : elle tient salon chez son frère Lucien, ministre de l’Intérieur, devient l’amie du poète Fontanes et la protectrice de Chateaubriand. Comme les autres sœurs de Napoléon, elle reçoit le titre d’altesse impériale lors de la proclamation de l’empire, le 18 mai 1804.

Lorsque l’Empereur décide en 1805 de mettre les territoires italiens sous sa coupe, il donne les principautés de Lucques et de Piombino au couple Baciocchi. Elisa concentre le pouvoir entre ses mains, à l’exception des questions militaires qui sont la prérogative du prince consort. Si le régime qu’elle met en place imite en tout point celui de Napoléon, elle démontre une exceptionnelle aptitude à gouverner, et sa politique s’avère d’une remarquable efficacité, aussi bien sur le plan économique qu’en matière d’instruction et d’assistance publiques.

Quand Napoléon la fait grande-duchesse de Toscane en mars 1809, après avoir détrôné la reine d’Étrurie, Elisa perd en autonomie ce qu’elle gagne en territoires. L’Empereur ne manque jamais de lui rappeler sa vassalité : « Vous êtes sujette et, comme tous les Français, vous êtes obligée d’obéir aux ordres des ministres ; car un mandat de prise de corps décerné par le ministre de la Police vous ferait très bien arrêter, non seulement vous, mais le premier prince de sang. » Elisa parvient cependant à contourner cette autorité envahissante par une résistance habilement dosée. Elle sait par ailleurs tout le prestige qu’elle peut tirer de l’encouragement des arts, qu’elle apprécie sincèrement, et les met au service de son image.

  Analyse de l'image

Elisa est représentée en protectrice des arts au milieu d’une cour choisie. Comme l’indique la vue sur le duomo de Florence à l’arrière-plan à droite, l’assemblée est réunie dans un salon du palais Pitti, résidence d’Elisa dans la capitale du grand-duché de Toscane. Debout à sa droite se tient le sénateur Giovanni degli Alessandri, son premier chambellan et président de l’Académie des beaux-arts. On reconnaît à sa gauche sa fille Napoléone-Elisa (1805-1869), future comtesse Camerata puis princesse Baciocchi, tandis que Félix, en tenue de général de division, fait la conversation à l’auteur du buste de la grande-duchesse, à l’avant-plan.

La cour d’Elisa ne comptait pas moins de trente-trois dames d’accompagnement, ce qui rend hasardeuse l’identification des femmes figurant dans le tableau ; toutefois si l’ordonnancement des personnages respecte l’étiquette, il faut supposer qu’il s’agit entre autres de ses quatre dames de compagnie, de sa dame d’honneur et de sa lectrice. Certains des hommes ont été identifiés à des dignitaires du régime, mais il ne fait aucun doute que les artistes sont en nombre supérieur dans l’assemblée. À l’extrême gauche, le sculpteur Antonio Santarelli présente à Tommaso Puccini, chambellan et directeur des galeries, un médaillon d’Elisa qu’il vient d’exécuter. À peu de distance se tient le graveur Raphael Morghen, peut-être accompagné de son confrère Lasinio, tandis que de l’autre côté de l’estrade le peintre François-Xavier Fabre et Benvenuti lui-même ont pris Elisa pour modèle : le premier est à son chevalet tandis que l’autoportrait du second, dessinant sur un portefeuille, s’inscrit au centre géométrique de la composition. Tous ces artistes sont membres de la prestigieuse Société du dessin (Società del Disegno) de l’Académie florentine (Accademia Fiorentina) et forment comme la garde rapprochée de la grande-duchesse Elisa. Cependant, cette dernière n’est pas l’unique objet de l’attention : elle partage la vedette avec le sculpteur Antonio Canova qui présente, au premier plan, le buste de la souveraine en Polymnie qu’il vient de réaliser. Mis en valeur par la colonne sur laquelle il repose, ce portrait idéalisé joue le rôle de pivot entre les deux principaux groupes de la composition et doit être considéré, de fait, comme le motif de cette réunion tout aussi officielle que fictive. Car l’image ne commémore pas un événement précis, elle est pure construction.

  Interprétation

Pour répondre aux enjeux d’un portrait collectif associant un souverain, sa cour et ses artistes, Benvenuti a dû inventer une « scène de conversation » d’un genre inédit, car cette combinaison iconographique n’a pas d’antécédent connu. Elisa Bonaparte entourée d’artistes à Florence cumule en effet plusieurs sujets. Le tableau rend hommage au plus grand sculpteur de l’Europe, que la souveraine a tenu à associer à son règne en lui commandant dès 1809 un portrait de marbre grandeur nature dont le buste idéalisé présenté dans le tableau est le modèle. Mais cette exhibition sert surtout de prétexte à la célébration de l’héritière des Médicis : à la fois protectrice et inspiratrice des arts florentins, Elisa est en train de restaurer la grandeur passée de Florence par une politique artistique volontariste. Princesse de Lucques et de Piombino, elle avait créé en 1807 un Comité d’encouragement à l’agriculture, aux arts et au commerce. Grande-duchesse, elle soutient les manufactures grand-ducales et valorise le savoir-faire local en faisant restaurer, remeubler, décorer et, à l’occasion, agrandir les palais et villas de la couronne, à Lucques, Piombino, Poggio a Caiano, Poggio Imperiale, Castello, Cascina dell’Isola, Massa.

La présence insistante du marbre dans le tableau – dans le buste d’Elisa en Polymnie comme dans la statue monumentale de Napoléon en législateur romain qui domine, au centre – rappelle que c’est également la grande-duchesse qui a fait de la ville de Carrare le plus grand fournisseur européen de marbre blanc et le plus grand producteur de statues. En définitive, ce portrait de cour immortalise un règne aussi fastueux qu’éphémère. La toile intègre les collections grand-ducales dès son achèvement à la fin de l’année 1813, mais Elisa doit abandonner son trône le 1er février suivant sous la menace de l’invasion anglaise. Après une errance de plusieurs mois elle parvient à obtenir un traitement honorable de la part de son successeur Ferdinand III, rétabli sur le trône de Toscane, mais doit lui verser mille sequins pour récupérer son tableau. Elle meurt prématurément le 7 août 1820, dans son domaine de la villa Ciardi près de Trieste.

Auteur : Mehdi KORCHANE


Bibliographie

  • Philippe BORDES, « Les peintre Fabre et Benvenuti et la cour d’Elisa Bonaparte », in Pierre Rosenberg (dir.), Florence et la France. Rapports sous la Révolution et l’Empire, Florence-Paris, Centro Di Firenze-Institut français de Florence-Musée du Louvre, 1979, p. 187-207.
  • Paul FLEURIOT de LANGLE, Elisa Bonaparte, Paris, Denoël, 1947.
  • Paul MARMOTTAN, Les Arts en Toscane sous Napoléon. La Princesse Elisa, Paris, Honoré Champion, 1901.
  • Emmanuel RODOCANACHI, Elisa Napoléon en Italie, Paris, Flammarion, 1900.
  • Jean-Pierre SAMOYAULT et Colombe SAMOYAULT-VERLET, Château de Fontainebleau. Musée Napoléon Ier. Napoléon et la famille impériale 1804-1815, Paris, R.M.N., 1986.
  • Joseph TURQUAN, Elisa et Pauline, sœurs de Napoléon, Paris, 1888, rééd. Tallandier, 1954.
  • Annie JOURDAN, Napoléon. Héros, imperator, mécène, Paris, Aubier, 1997.

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