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Chateaubriand

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François-René, vicomte de Chateaubriand.

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot

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Titre : François-René, vicomte de Chateaubriand.

Auteur : Anne Louis GIRODET DE ROUCY TRIOSON (1767-1824)
Date de création : 1811
Dimensions : Hauteur 130 cm - Largeur 96 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 93DE760/MV 5668

  Contexte historique

En avril 1800, François-René, vicomte de Chateaubriand (Saint-Malo, 1768-Paris, 1848), émigré en 1792, quitte l’Angleterre et rentre en France après avoir publié l’Essai historique sur les révolutions. Un an plus tard, il obtient de Bonaparte sa radiation de la liste des émigrés. Il devient alors célèbre avec Atala, roman chrétien, puis René, où il crée le type du héros romantique désenchanté, et un grand essai sur l’excellence historique et liturgique du catholicisme, Le Génie du christianisme (1802). En 1803, il est nommé secrétaire d’ambassade à Rome, mais refuse en 1804 un poste de ministre dans le Valais, qu’il juge probablement indigne de lui. L’exécution du duc d’Enghien (1804) lui offre alors un prétexte pour quitter la diplomatie. En 1806-1807, il entreprend un long voyage en Orient et en Terre sainte, qui lui permettra de publier Les Martyrs (1809), épopée chrétienne en prose faite pour frapper les esprits, puis une description de son voyage, l’Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811). A son retour, il achète le domaine de la Vallée-aux-Loups, à Châtenay-Malabry, où momentanément il se retire. Malgré sa dénonciation de la tyrannie napoléonnienne (article paru dans le Mercure en juillet 1807), c’est l’Empereur qui imposera, contre les « idéologues », l'élection de Chateaubriand à l’Académie française en 1811. Sa réception n’ayant pu avoir lieu, l'écrivain se posera ensuite en victime de la censure en prétendant que son discours avait été interdit, ce qui l’autorisera à publier au moment de la chute de l’Empereur un pamphlet opportuniste, De Buonaparte et des Bourbons (1814).

  Analyse de l'image

Chateaubriand est représenté debout, jusqu'à mi-jambes, appuyé contre une pierre sur laquelle rampent des lierres. La main droite est à-demi engagée dans le revers de son habit sur lequel il porte un manteau ouvert, de drap marron, à parements de velours noir. Une touche de couleur pointe dans le revers du gilet. La tête aux cheveux coiffés par le vent est légèrement tournée de trois quarts à gauche. Les yeux offrent un regard intense, les traits sont décrits avec finesse, la bouche resserrée et mordante. Dans le fond du paysage on aperçoit le Colisée de Rome. En voyant ce portrait au Salon de 1810, exposé non loin des Révoltés du Caire, autre chef-d’œuvre de Girodet, Napoléon Ier aurait dit, faisant ironiquement allusion à la noirceur des ombres : « Il ressemble à un conspirateur descendant par la cheminée. »

  Interprétation

De fait, ce véritable « portrait d’artiste » eut un succès immense auprès du public, à commencer par Chateaubriand lui-même qui devait écrire dans ses Mémoires d’outre-tombe : « Girodet avait mis la dernière main à mon portrait. Il le fit noir comme j’étais alors ; mais il le remplit de son génie. » Il déclina par la suite toute nouvelle proposition de portrait, soucieux de demeurer pour la postérité sous l’apparence qui lui avait été ainsi donnée. L’œuvre fut exposée dans le salon de Madame Récamier à l’Abbaye-aux-Bois en 1849, en pendant du portrait de Madame de Staël par Madame Godefroid et non loin de la Corinne au cap Misène (1822, Lyon, musée des Beaux-Arts) de François Gérard. On reconnaît dans cette effigie contemporaine des Révoltés du Caire l’immense talent de synthèse de Girodet, qui, tout en suivant l’exemple parfait de son maître David, entre de plain-pied dans une ère nouvelle de la peinture en faisant sentir, par la liberté de la pose et l’intensité du regard de Chateaubriand, l’inspiration de l’écrivain, et, à travers la vue de Rome, sa relation à l’histoire. Image d’épouvante, la Scène de déluge de 1806 (Louvre) annonçait bien ce changement stylistique qui mène tout droit au romantisme : l’invasion de la forme par la puissance du sentiment, nuancée par l’exotisme – autre tentation grandissante de Girodet –, d’une méditative évocation du crépuscule méditerranéen.

Auteur : Robert FOHR et Pascal TORRÈS


Bibliographie

  • Paul BENICHOU, Le temps des prophètes : doctrines de l’âge romantique, Paris, Gallimard, 1977.
  • André CHASTEL, L’art français. Le temps de l’éloquence : 1775-1825, Paris, Flammarion, Réed. 2000.
  • Jean-Paul CLEMENT, Chateaubriand Politique, Paris, Hachette coll. « Pluriel », 1982.
  • Ghislain de DIESBACH, Chateaubriand, Perrin, 1998.

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