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Franz Liszt au piano : le culte de Beethoven

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Franz Liszt au piano.

© BPK, Berlin, Dist RMN-Grand Palais - Jürgen Liepe

Agrandissement - Zoom

Titre : Franz Liszt au piano.

Auteur : Josef DANHAUSER (1805-1845)
Date de création : 1840
Dimensions : Hauteur 119 cm - Largeur 167 cm
Technique et autres indications : Huile sur bois
Lieu de Conservation :
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 04-500015 / F.V.42

  Contexte historique

Danhauser et Liszt en 1838

En 1840, le peintre autrichien Josef Danhauser (1805-1845) reçoit une commande du grand facteur de piano viennois Conrad Graf : réaliser un portrait du pianiste et compositeur Franz Liszt (1811-1886) que Graf avait rencontré à Vienne en 1838 et à qui il avait fourni plusieurs de ses instruments. A cette époque, Liszt est une vedette internationale : enfant prodige, il a vécu à Paris de 1823 à 1835, avant de quitter la France avec son amante la comtesse Marie d’Agoult pour gagner la Suisse et l’Italie. Il interrompt cependant ses voyages pour donner des récitals à Paris en 1837 et à Vienne en 1838, où il provoque l’enthousiasme des auditeurs.

Danhauser, qui avait été marqué, comme la plupart de ses contemporains, par le jeu puissant et virtuose de Liszt lors de ses concerts viennois, imagine de représenter non seulement le pianiste devant son instrument, mais une société idéale réunissant des musiciens et des écrivains dans une communion intellectuelle et spirituelle créée par la musique de Beethoven, que Liszt interprète avec révérence. Autour du pianiste ont donc pris place Victor Hugo, Alexandre Dumas, George Sand, Niccolo Paganini, Gioacchino Rossini, Marie d’Agoult. Le tableau de Danhauser regorge ainsi de symboles et d’allusions, qui ont tous pour objectif de livrer une image idéalisée des artistes romantiques, réunis par le plus romantique de tous les arts : la musique.

  Analyse de l'image

La communion des artistes dans la musique

La scène, qui ne s’est sans doute jamais produite dans la réalité, se déroule vraisemblablement dans l’appartement parisien de Liszt. Typique du salon romantique est l’amoncellement d’objets hétéroclites témoignant du goût du compositeur et de ses contemporains pour l’Orient (le narguilé dans le coin gauche du tableau), pour le Moyen Age (statue de Jeanne d’Arc à gauche sur le manteau de la cheminée), pour la poésie de Lord Byron (portrait à l’arrière-plan au-dessus de Rossini)… A noter aussi, le désordre des partitions, négligemment posées sur la queue du piano, dans un amoncellement confus pouvant évoquer une forme d’exaltation.

Au centre du tableau se trouve le pianiste : c’est lui qui est le « mage » suscitant le recueillement de l’assistance devant Beethoven. La partition sur le pupitre du piano (un instrument Graf) porte l’indication « Marcia funebre sulla morte d’un Eroe de Beethoven » (troisième mouvement de la sonate pour piano n°12 opus 26). Le morceau est évidemment choisi pour sa teneur symbolique : le héros mort célébré par la marche funèbre, c’est Beethoven lui-même, dont le buste surplombe Liszt et ses auditeurs. Un échange entre le pianiste et la sculpture s’établit, Liszt ne regardant pas la partition mais plongeant son regard dans les yeux vides de Beethoven. Liszt rend hommage à Beethoven, qu’il admirait profondément et dont il était l’un des plus grands interprètes : il avait organisé notamment à partir de 1835 des concerts de Beethoven dans toute l’Europe. Notons enfin que le peintre, pour suggérer la filiation de Beethoven avec les jeunes artistes romantiques, a placé le buste du compositeur devant une fenêtre ouverte, d’où l’on aperçoit un ciel orageux (allusion à la Symphonie pastorale ?) et une aurore, symbole de la musique nouvelle que Liszt, après Beethoven, s’attache à promouvoir dans ses récitals et ses propres compositions.

De ce dialogue idéal rendu possible par la musique, l’assistance est témoin : les deux femmes, George Sand et Marie d’Agoult, par leurs poses alanguies, expriment le ravissement dans lequel les plonge l’art de Franz Liszt. George Sand, de face, dont les vêtements ressemblent à ceux de Liszt, paraît particulièrement touchée par les sons du piano. Marie d’Agoult, de dos, regardant le pianiste, appuyant langoureusement sa tête sur l’instrument, communie visiblement avec lui dans une ferveur intense. Danhauser évoque ainsi l’effet profond que le jeu de Liszt exerçait sur les femmes : les couleurs intenses et chaudes qui leur sont associées (manteau rouge de Sand, châle brun de Marie d’Agoult) sont comme des équivalents picturaux de leur émotion.

Les personnages masculins paraissent eux aussi sensibles à la musique, mais dans une moindre mesure : assis à la droite de George Sand, le romancier Alexandre Dumas, un livre entre les mains, est plongé dans une semi-obscurité contrastant avec la lumière qui éclaire le visage de sa voisine, qui semble lui enjoindre de poser son ouvrage. En revanche, Victor Hugo, poète, romancier, dramaturge, est mieux éclairé, comme pour souligner sa supériorité. Il s’appuie sur les dossiers des fauteuils de Sand et de Dumas : le créateur du drame romantique, domine de sa stature les deux autres écrivains ; le foulard rouge est peut-être une allusion à la bataille d’Hernani en 1830, entre les partisans d’une rénovation dramatique et les conservateurs, et au cours de laquelle Théophile Gautier avait arboré un gilet rouge éclatant.
Enfin, à gauche de Hugo figurent les deux musiciens italiens les plus fameux de l’époque : le compositeur d’opéra Rossini et le violoniste virtuose Paganini. Rossini, rubicond, tient par l’épaule son compatriote, figure famélique et inquiétante qui, comme Liszt, était considéré comme un virtuose à l’habileté diabolique. Paganini est représenté parce qu’il avait aussi profondément impressionné Liszt, qui l’avait entendu en 1832 dans un concert parisien : celui-ci avait décidé de rivaliser avec le violoniste en inventant une nouvelle technique pianistique, « transcendante ».

  Interprétation

Une vision idéale de l’art romantique

Le tableau de Josef Danhauser illustre plusieurs thèmes essentiels du romantisme. Tout d’abord, Danhauser suggère tout à la fois la dimension européenne de l’art romantique : Byron, Hugo, Beethoven, Paganini, Liszt sont de nationalités différentes, mais elles s’effacent toutes dans le culte de la musique. Liszt, en particulier, est le plus représentatif de ces artistes ouverts aux autres nations européennes : de Budapest à Paris, de Weimar à Rome, son existence est une succession de périodes créatrices attachées à divers lieux. D’autre part, l’œuvre de Danhauser évoque la synthèse de tous les arts, thème cher aux artistes du dix-neuvième siècle : par le biais de la peinture, il montre que la musique et la littérature sont réunies dans le culte de génie romantique par excellence, Beethoven. Finalement c’est lui, en définitive, qui apparaît ici comme le véritable inspirateur de l’art romantique : Liszt, Berlioz, Wagner, Schumann, Hugo lui-même, ne cesseront de le proclamer.

Auteur : Christophe CORBIER


Bibliographie

  • STRICKER Rémy, Liszt. Des ténèbres à la gloire, Gallimard, 1992.
  • BUCH Esteban, La IXe Symphonie de Beethoven. Une histoire politique, Gallimard, 1999.

Commentaires

j'aime ce tableau même s'il ne correspond pas à la réalité. Il donne un aperçu de la vie du temps de Liszt et Sand.
paturage
Par paturage le 03/05/12 à 11h56 - #755

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