© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Louis-Philippe Ier, roi des Français, prête serment sur la Charte.
Auteur : François GERARD (1770-1837)
Date de création : 1834
Date représentée : 9 août 1830
Dimensions : Hauteur 222 cm - Largeur 156 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 89EE187/MV 5210
Les 27, 28 et 29 juillet 1830 _ les Trois-Glorieuses _ la révolution parisienne triomphait de l'autoritarisme et des ordonnances de Charles X. Le roi abdiqua. Malgré l'aspiration à la république proclamée par les insurgés, les membres de la bourgeoisie s’empressèrent d’en appeler aux Orléans, la branche cadette des Bourbons qui passait pour plus libérale. Le duc Louis-Philippe hésita puis accepta.
Le 31 juillet, à l’hôtel de ville de Paris, les représentants du peuple — La Fayette en tête — lui confièrent la lieutenance générale du royaume. La charte de 1814 fut modifiée : la monarchie n’était plus de droit divin mais de droit constitutionnel ; le drapeau tricolore, hérité de la Révolution et de l’Empire, remplaçait le drapeau blanc. Le régime devenait réellement parlementaire. Le 9 août, en présence des deux chambres, Louis-Philippe prêta serment de respecter cette nouvelle version de la charte. Il devenait le « Roi des Français ». Le 29 août suivant, à l’Ecole militaire, il remit solennellement ses drapeaux à la Garde nationale : le roi-citoyen affichait ainsi son souci de défendre la Patrie, une vertu que la Révolution avait illustrée et que lui-même avait défendue sur les champs de bataille de Valmy et de Jemmapes en 1792, avant d’émigrer.
C’est ces deux événements emblématiques de la fondation et des valeurs de la Monarchie de Juillet que concentre ce portrait de Louis-Philippe peint par le baron Gérard, trois ans après les événements de 1830.
Le trône est encore là, marqué du monogramme du nouveau roi et surmonté d'une couronne décorative. Mais tous les autres insignes traditionnels de la monarchie ont disparu. Du 9 août, a été retenu le geste du serment du roi, la main droite posée ostensiblement sur la Charte de 1830, l'inscription se détachant avec netteté sur la page blanche. Au 29 août a été emprunté l'uniforme du roi, celui de général de la Garde nationale.
Le baron Gérard, déjà peintre officiel de Louis XVIII et de Charles X, reprend ici la composition générale de la série des grands portraits royaux inaugurée par celui de Louis XIV par Rigaud. Le roi est repésenté en pied, grandeur nature, en bas des marches du trône.
Mais tous les insignes de la monarchie absolue de droit divin sont remplacés, presque cas par cas, par d'autres symbolisant le pouvoir royal dans la monarchie constitutionnelle. La couronne, le sceptre et la main de justice, jusque-là exhibés ou peints posés sur un coussin et un tabouret drapés de velours bleu ou violet, ont fait place à la seule Charte de 1830. Louis-Philippe a abandonné le manteau royal du sacre de Reims et ses lys pour revêtir l'uniforme de la Garde nationale où sont représentées en plusieurs endroits (manches, bicorne) les trois couleurs inventées lors de la première tentative de monarchie constitutionnelle en 1790.
Ainsi la nouveauté de la Monarchie de Juillet s'enracinait dans la forte tradition de la monarchie française. Au sourire que le roi esquisse, on peut mesurer son espérance que son surgeon fasse souche.
Auteur : Pierre SESMAT