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Louis XVIII préside l'ouverture de la session des Chambres, le 4 juin 1814.

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot

Agrandissement - Zoom

Titre : Louis XVIII préside l'ouverture de la session des Chambres, le 4 juin 1814.

Auteur : Auguste VINCHON (1789-1865)
Date de création : 1841
Date représentée : 4 juin 1814
Dimensions : Hauteur 421 cm - Largeur 576 cm
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-522921 / MV1954

  Contexte historique

En avril 1814, la chute du régime impérial est consommée. Talleyrand, le « diable boiteux », l’homme de tous les régimes et de toutes les trahisons, multiplie les manœuvres pour persuader le tsar Alexandre Ier que le retour des Bourbons est la seule voie qui s’offre à la France. Le 6 avril, le Sénat et le Corps législatif appellent Louis XVIII, alors en exil en Angleterre, à la tête du pays. Toutefois, les Alliés ne souhaitent pas restaurer la monarchie absolue d’avant 1789. Ils estiment nécessaire l’élaboration d’une Constitution. Ils en confient la rédaction à une commission de sénateurs dont les membres s’apparentent au courant libéral. Le texte, dans lequel le Sénat met au premier rang la conservation de son existence politique et des traitements et dotations de ses membres, suscite rapidement l’opposition des royalistes les plus intransigeants. Le 2 mai 1814, à Saint-Ouen, Louis XVIII rejette ce projet : il estime qu’il est « Roi de France par la grâce de Dieu » depuis le 8 juin 1795 – date de la mort de Louis XVII au Temple ; il considère qu’il ne peut revenir sur le trône de France par l’appel du peuple et qu’aucun pouvoir ne peut lui imposer une Constitution. Néanmoins, la Déclaration de Saint-Ouen promet aux Français la rédaction d’une charte qui est enfin promulguée le 4 juin 1814 et que le nouveau souverain date de la dix-neuvième année de son règne.

  Analyse de l'image

Élève de Serangeli et de David, Auguste Vinchon (1789-1855) obtient le Grand Prix de Rome en 1814. Surtout connu pour ses portraits et ses scènes mythologiques, historiques ou religieuses, il participe à la décoration de la Bourse de Paris, bâtiment dont Napoléon Ier confie la construction à Théodore-Alexandre Brongniart en 1807. Il y peint notamment l’allégorie L’Abondance récompensant l’Industrie. Nombre de ses œuvres viennent également enrichir le musée de l’Histoire de France, créé par le roi Louis-Philippe en 1837, musée que le souverain avait souhaité dédier « à toutes les gloires de la France ».

Le tableau Louis XVIII présidant l’ouverture des Chambres le 4 juin 1814 fait partie des collections de ce musée. Il s’agit d’une œuvre de commande apocryphe, la scène n’ayant pas été peinte sur le vif, mais représentée a posteriori. Entouré de ses principaux ministres, le roi est assis sous un dais pourpre, au sommet d’une haute estrade. Debout devant lui, un homme lit un texte, vraisemblablement la Charte constitutionnelle qui entre en vigueur ce même jour. De part et d’autre de l’escalier monumental siègent les membres du Corps législatif et d’une fraction du Sénat.

La toile date de 1841. Commande officielle du roi Louis-Philippe, elle met en évidence la filiation incontestable de la monarchie de Juillet avec le régime précédent, la Charte de 1830 n’étant qu’une version rénovée de la Charte constitutionnelle de 1814. La représentation de cet acte politique majeur de Louis XVIII a donc toute sa place dans le musée de l’Histoire de France créé par le roi-citoyen.

  Interprétation

La Charte constitutionnelle promulguée le 4 juin 1814 est un texte de compromis. Elle conserve de nombreux acquis de la Révolution et de l’Empire tout en rétablissant la légitimité de la dynastie des Bourbons. Le terme de « charte » fait référence à l’Ancien Régime. Il a été préféré au mot « Constitution », qui rappelle un passé révolutionnaire que Louis XVIII souhaite oublier. En vertu de cette charte organique, le roi, dont la personne est inviolable et sacrée, incarne la souveraineté nationale. Il a l’initiative des lois et détient le pouvoir exécutif, mais il n’est aucunement responsable devant le Parlement. Inspirée du bicamérisme anglais, l’institution comporte deux Chambres : la Chambre des pairs dont les membres sont nommés à vie par le roi, et la Chambre des députés, élue pour cinq ans au suffrage censitaire et renouvelée par cinquième chaque année. La représentation nationale est cependant extrêmement limitée : le régime censitaire n’accorde le droit de vote qu’aux Français mâles de plus de trente ans et acquittant au moins 300 francs de contribution directe, soit 110 000 électeurs sur neuf millions d’adultes en 1817 ! Néanmoins, les ministres peuvent être choisis parmi les députés élus et ils sont responsables devant le Parlement. Cette pratique permet de constituer une amorce de parlementarisme à l’anglaise. Cependant, cette Charte constitutionnelle ne sera effectivement appliquée qu’en juin 1815, après les Cent-Jours.

Auteur : Alain GALOIN


Bibliographie

  • Guillaume BERTIER DE SAUVIGNY, La Restauration, Paris, Flammarion, 1955.
  • Georges BORDONOVE, Louis XVIII : le Désiré, Paris, Pygmalion, 1989.
  • Francis DEMIER, La France du XIXe siècle, Paris, Le Seuil, coll. « Points Histoire », 2000.
  • Évelyne LEVER, Louis XVIII, Paris, Fayard, 1988.
  • Pierre ROSANVALLON, La Monarchie impossible : les chartes de 1814 et 1830, Paris, Fayard, 1994.
  • Jean VIDALENC, La Restauration 1814-1830, Paris, P.U.F., coll. « Que sais-je ? », 1983.
  • Emmanuel de WARESQUIEL et Benoît YVERT, Histoire de la Restauration. Naissance de la France moderne, Paris, Perrin, 1996.

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