© Musée d'Orsay, en dépôt au Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon (France) / Cliché C. Choffet
Titre : Les paysans de Flagey revenant de la foire.
Auteur : Gustave COURBET (1819-1877)
Date de création : 1850
Dimensions : Hauteur 208 cm - Largeur 275 cm
Technique et autres indications : peinture à l'huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon (Besançon) ; site web
Contact copyright : Musée d'Orsay, 62 rue de Lille.75007 Paris ; site web
Référence de l'image : RF 1959-9/inv.D.959.1.1
Au milieu du XIXe siècle, le département du Doubs, où se trouvent Flagey et Ornans, village natal de Courbet, est majoritairement artisanal et paysan. En 1846, ces villages comptent 30 % d’artisans et de boutiquiers, tandis que les travaux des champs occupent 40 % de la population. Le département, où les petits propriétaires sont majoritaires, s’est spécialisé dans une agriculture viticole, pastorale et fromagère. Avec grosso modo les mêmes caractéristiques, le pays d’Ornans est relativement dynamique : plus de dix foires s’y tiennent annuellement. En l’immortalisant dans Les Paysans de Flagey revenant de la foire, Gustave Courbet rend ainsi hommage à la région qui l’a vu naître.
Le tableau représente un moment de la vie quotidienne de la paysannerie franc-comtoise : à la nuit tombante, des paysans, hommes et femmes confondus, reviennent de la foire de Salins avec leurs achats. Certains rapportent des victuailles dans leurs paniers, d’autres ont acquis des bêtes à engraisser. Les plus riches sont à cheval, les plus modestes les suivent à pied. La composition de cette toile, d’un style qui rappelle à certains égards l’imagerie populaire, a quelque chose d’artificiel : en marge de cette étrange procession de paysans, l’homme au cochon semble rajouté, collé par-dessus l’ensemble une fois le tableau achevé. Le goût du détail vrai chez Courbet (la pipe de l’homme au cochon, son parapluie, le panier en équilibre sur la tête de la paysanne) témoigne d’un souci de réalisme, mais aussi de la valeur sentimentale que des objets de la vie quotidienne possèdent encore pour un enfant du pays.
Les Paysans de Flagey revenant de la foire est envoyé au Salon de 1851 avec L’Enterrement à Ornans et Les Casseurs de pierre. Si ce tableau met le public mal à l’aise, c’est qu’il montre sans chercher à l’embellir une réalité fort banale, voire triviale, et qu’il hisse une scène de genre au rang de peinture d’histoire. Mais ce parti pris ressortit à son esthétique, tant il est vrai que le chef de file de l’école réaliste se définit aussi comme un peintre du terroir qui, attaché à sa " petite patrie ", assume cet enracinement local. La paysannerie instruite du Doubs, composée en majorité de petits et moyens propriétaires, constitue le pilier d’une « démocratie égalitaire portée aux limites de l’aisance » (J.-L. MAYAUD, Les Secondes Républiques du Doubs, Annales littéraires de l’université de Besançon, Les Belles Lettres, Paris, 1986, p. 123 et 84). Dans ce tableau, Courbet s’est fait le peintre d’une petite paysannerie presque aisée, amie de la propriété, " masse de granit " d’une société stable et modérée.
Auteur : Ivan JABLONKA