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Le sauvetage des malades de l'hôpital de l'Ancienne Charité

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Le sauvetage des malades de l'hôpital de l'Ancienne Charité.

© Photo RMN-Grand Palais - Bulloz

Agrandissement - Zoom

Titre : Le sauvetage des malades de l'hôpital de l'Ancienne Charité.

Auteur : A. BOULANGER
Dimensions : Hauteur 97.5 cm - Largeur 116 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée Carnavalet (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00-022120 / P2290

  Contexte historique

L’inondation et l’évacuation de l’hôpital de l’Ancienne Charité

Du 20 au 29 janvier 1910, la ville de Paris subit une crue centenaire de la Seine. Plus de la moitié de la capitale est touchée par des inondations. Parmi les 20 000 bâtiments immergés à des degrés divers, plusieurs hôpitaux, dont celui de l’Ancienne Charité. Situé à l'angle du boulevard Saint-Germain et de la rue des Saints-Pères, à la limite des actuels 6e et 7e arrondissements, et assez proche de la Seine, le bâtiment voit rapidement (dès le 21 janvier) ses caves et sous-sols envahis par les eaux. Si les malades ne sont pas réellement menacés de noyade, c’est tout le fonctionnement de l’hôpital qui devient impossible : manque d’eau potable, de chauffage, d’électricité, mais aussi de linge propre et de nourriture qu’il est impossible de faire venir en quantité suffisante. Le 25 janvier, la décision est prise d’évacuer certains patients vers d’autres hôpitaux de la capitale. L’opération est rendue difficile par la topographie et le type de rues du quartier latin, mais elle est finalement menée à bien.

  Analyse de l'image

L’évacuation

La peinture, intitulée Le sauvetage des malades de l'hôpital de l'Ancienne Charité (inondations de 1910) est l’œuvre de Boulanger, peintre assez méconnu de la fin du XIXe et du début du XXe siècles et mort en 1922 (le tableau a donc été exécuté entre 1910 et cette date).

L’hôpital de la Charité est pris par les eaux boueuses et grisâtres de la Seine en crue qui, haute jusqu’à l’encolure des chevaux, a inondé la rue. La façade beige du bâtiment est partiellement immergée, réduisant considérablement la hauteur de l’entrée encore praticable : les gens qui sont massés là, et notamment la femme qui s’apprête à sortir, ne semblent pas pouvoir s’y tenir tout à fait debout. Si l’on devine derrière le fronton orné du drapeau le reste de l’édifice (qui doit former une cour, elle aussi inondée), le peintre a choisi de centrer la scène sur la rue et les murs qui bouchent l’horizon.

Dans une atmosphère sombre, à peine éclairée par une lumière d’hiver blême, le sauvetage s’organise. Une première charrette, située au niveau de l’entrée, permet le transport d’un patient alité et recouvert entièrement d’un drap, dont le blanc, même un peu sali, fait contraste. De nombreuses personnes (on devine des visages) semblent attendre leur tour, ou aider à l’évacuation. Une seconde charrette, tirée par deux chevaux eux-mêmes conduits par deux hommes qui ne sont que des ombres, s’apprête à recueillir une femme pâle et souffrante, drapée d’un blanc assez éclatant, que trois personnes font sortir par la fenêtre, à l’aide d’une sorte de brancard. Plusieurs bras la réceptionnent avant de l’installer dans la charrette.

Au premier plan à gauche pour le spectateur, une barque passe, presque totalement plongée dans l’ombre. Menée d’une longue rame par un homme debout à peine perceptible dans l’obscurité, elle transporte un couple, dont la femme serre un bébé contre elle, et qui est également en train d’évacuer le quartier comme l’atteste le balluchon posé derrière eux.

  Interprétation

Une scène symbolique

Le peintre crée une atmosphère dramatique et même apocalyptique pour mieux exprimer un symbolisme à la fois mythologique, républicain et religieux. Il peut ainsi retrouver à partir d’un événement contemporain, certains thèmes et motifs de la peinture classique. Paris peut aussi, en 1910, connaître des événements « légendaires ».

Les couleurs sales et sombres, la lumière blême, les contrastes et l’absence d’horizon (qui concentre l’attention sur le seul sauvetage) entretiennent un climat d’oppression. Les visages presque indiscernables qui se pressent sous le fronton renforcent ce sentiment, dramatisant aussi la scène : on se demande presque s’ils vont tous réussir sortir de et être sauvés. Oppression, urgence et mort : les ombres des deux hommes qui encadrent les chevaux rappellent les figures de la faucheuse, tandis que la barque au premier plan et son passeur évoquent la mythologie du Styx. D’ailleurs, le patient évacué n’est-il pas entièrement recouvert d’un drap blanc comme le sont les cadavres ?

Face au danger presque apocalyptique, la solidarité, sous le drapeau français qui la signifie aussi : tous s’affairent pour évacuer la femme, dans une sorte de chaine humaine qui regroupe hommes et femmes de toutes conditions (comme le suggèrent les costumes différents, ouvriers ou plus bourgeois). Peut-être pourrait-on lire ici un symbole républicain.

Enfin, le sauvetage de la jeune femme livide rappelle le thème pictural de la Descente de Croix. En effet, on retrouve la même position du corps presque sans vie et le même attroupement auprès de celle qui semble souffrir une passion moderne. Le blanc assez lumineux de son habit évoque une certaine sainteté, celle de la vie que l’on sauve, et celle de l’entraide des hommes dans ce moment si sombre.

Auteur : Alban SUMPF


Bibliographie

  • Marc AMBROISE-RENDU, 1910, Paris inondé, éditions Hervas, Paris 1997.
  • R. MARTI et T. LEPELLETIER, L’hydrologie de la crue de 1910 et autre grandes crues du bassin de la Seine, in La Houille Blanche, n°8, 1997.
  • Frédéric CAILLE, La figure du Sauveteur : naissance du citoyen secoureur en France, 1780-1914, Rennes, PUR, 2006.

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