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Principales exportations d'origine végétale (détail).

© Photo RMN-Grand Palais - Droits réservés

Agrandissement - Zoom

Titre : Principales exportations d'origine végétale (détail).

Auteur : Michel GEO
Technique et autres indications : Peinture à l'huile.
Lieu de Conservation : Musée du Quai Branly (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 87-000132 / 75.2005.0.757

  Contexte historique

La viticulture dans les colonies d’Afrique du Nord de la fin du XIXe siècle aux années 1930

De la fin du XIXe siècle aux années 1930, les exploitations agricoles du Maghreb, consacrées aux cultures maraîchères, aux vergers et à la vigne, connaissent leur âge d’or. Les travaux d’assainissement et d’irrigation ainsi que l’amélioration des transports vers la métropole qui garantissent un débouché pour des produits frais « primeurs », encouragent une importante augmentation de la production. Compagnies mettant en valeur de vastes terres, petits et moyens propriétaires (d’abord presque exclusivement des colons, puis de plus en plus d’indigènes) s’adonnent le plus souvent à la monoculture de produits vendus en métropole.

La viticulture est la principale de ces activités agricoles. Les découvertes de pasteur sur la fermentation du vin (années 1850) et sur la manière de réfrigérer les moûts pendant les grosses chaleurs (1867) rendent possible une meilleure vinification. Avec la crise du phylloxera qui débute en1864, et qui détruit le vignoble en métropole, les vins des colonies bénéficient d’un marché important. L’Etat aide alors au développement de la production. Si l’on compte des vignes assez importantes au Maroc, et encore plus en Tunisie, c’est bien en Algérie que se concentre l’activité. On y compte 15 000 hectares de vignes en 1878, 110 000 en 1890, 167 000 en 1903 et 396 000 en 1930. La production atteint entre 15 et 20 millions d’hectolitres en 1930 (l’Algérie est alors le 4e producteur mondial), qui représentent 45 % de la valeur de ses exportations.

  Analyse de l'image

La vigne, un exemple de l’excellence des produits coloniaux

L’image proposée est un détail de la toile Principales exportations d'origine végétale, œuvre de Michel Géo, né en 1885. Pour l’exposition de 1931, l’artiste réalise sept tableaux ayant pour thème l’économie coloniale et représentant les denrées végétales exportées par les terres d’Afrique et d’Asie.

Trois personnages figurent sur l’image retenue. Un homme de type maghrébin, vêtu d’un costume traditionnel blanc et beige, se tient debout et s’occupe avec soin des vignes. Au centre de la diagonale, une femme habillée elle aussi à l’indigène et voilée. Assise, elle tient et présente au spectateur qu’elle fixe droit dans les yeux une coupe pleine de henné. Enfin, un enfant nous montre son dos nu et hâlé. Autour d’eux, les différents produits coloniaux, dont le nom est inscrit en lettres jaunes. Les raisins et les vins sont en bonne place, presque en évidence, au premier plan. Ce sont ces produits que le regard du spectateur capte en premier, comme s’ils étaient représentatifs des autres.

L’artiste joue de la diversité des couleurs, en utilisant habilement la peinture à huile qui lui permet de figurer de manière lumineuse la variété, la diversité la luxuriance et l’abondance les produits coloniaux.

  Interprétation

Les bienfaits de la colonisation illustrés par la viticulture

L’œuvre cherche à présenter aux Français de métropole la réussite et les bienfaits de la colonisation, ici en matière agricole. Il s’agit de montrer tout ce que les colonies apportent à la France. L’abondance et la richesse des produits prouvent par le résultat que ces terres, pour peu qu’elles soient bien exploitées sont d’une grande richesse. Notons que ce sont des indigènes qui présentent leurs produits : au-delà du thème exotique, on peut supposer qu’il s’agit de montrer que les indigènes bien formés et encadrés sont capables, pour leur prospérité et celle de la métropole, de tout cultiver.

C’est alors le principe même de la colonisation qui vise à être légitimé. En effet, la récolte ici présentée suggère par les effets que la mission civilisatrice exercée par la France et par les colons sur place est bénéfique à tous. Les terres « exotiques » ont été domptées pour donner le meilleur. Les indigènes aussi, qui semblent surtout dociles, apaisés, confiants en leur travail et leur avenir (surtout l’homme). On peut certes déceler dans le regard fixe de la femme une dose de fierté presque insoumise, mais celle-ci procéderait de sa réussite dans le processus agricole et commercial induit par la colonisation plutôt qu’elle ne le contredirait.

La vigne et le vin (comme le blé ou les légumes d’ailleurs) ne sont certes pas des produits exotiques. Mais, véritables fruits d’un réel travail, ils méritent de figurer au tableau d’honneur des richesses agricoles que les colonies apportent à la France, pays de vin par excellence. Peut-être s’agit-il d’ailleurs ici de « répondre » aux viticulteurs métropolitains mécontents (grève de 1907 et nombreuses crises par la suite) de la concurrence des vins d’Algérie, en rassurant aussi les consommateurs. Ainsi ces régions sont différentes et mystérieuses (voile et beauté orientale, visages typés, produits exotiques comme le henné et le tizra) mais aussi françaises (blé et vin).

Auteur : Alban SUMPF


Bibliographie

  • Pierre GUILLAUME, Le monde colonial, Armand Colin collection U, Paris, 1999.
  • Gilbert GARRIER, Histoire sociale et culturelle du vin, Bordas Cultures, Paris, 1995.
  • Catherine HODEIR et Michel PIERRE, L’Exposition coloniale, Paris 1931, Paris-Bruxelles, Éditions Complexe, 1991.

Commentaires

Bonjour,
Je recherche depuis des mois des informations sur le peintre Michel Geo dont j'ai exécuté en tant que copiste une de ses toiles sur l'exploitation végétale.
Pourriez- vous m'aider ? De plus, pourriez-vous dans un cadre légal accepter de "complèter" mon travail sur ce peintre d'aprés ce que j'y ai découvert sur les exploitations coloniales. A bientôt !!!!
Sosso
Par Sosso le 15/10/13 à 18h45 - #1750
Bonjour,

Pour davantage d'informations sur ce peintre, je vous invite à consulter l'ouvrage de Lynne Thornton, Les Africanistes. Peintres voyageurs (1860-1960), 1990, Courbevoie : ACR Éditions (collection "Les Orientalistes", n° 9), 336 p. L'auteur y présente une courte biographie de l'artiste (p. 326) et renvoie au quatorzième volume du Livre des peintres exposants (1931). N'hésitez pas non plus à effectuer des recherches sur Gallica et sur le catalogue des oeuvres du musée du Quai Branly, qui conserve quelques toiles.

Bon courage pour vos recherches et à très bientôt sur notre site !

Aurélie
Histoire-image
Par Histoire-image le 30/10/13 à 12h15 - #1777

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