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Allégorie relative au siège de Lille en 1792.

© Photo RMN-Grand Palais - J. Quecq d'Henripret

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Titre : Allégorie relative au siège de Lille en 1792.

Auteur : François Louis Joseph WATTEAU (1758-1823)
Date de création : 1795
Date représentée : 1792
Dimensions : Hauteur 87.5 cm - Largeur 71.5 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Palais des Beaux-Arts de Lille (Lille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00-007286 / Inv.P.1411

  Contexte historique

Le 20 avril 1792, sur la proposition du roi Louis XVI, l’Assemblée législative déclare la guerre à l’empereur d’Autriche et engage ainsi la France dans une guerre qui, hormis la paix de Lunéville (9 février 1801), va durer vingt-deux ans. Les révolutionnaires ont pour objectif premier de libérer la Belgique, placée sous la dépendance de la Maison d’Autriche, mais les idées de la Révolution française – notamment en matière de religion – choquent une population catholique qui n’est pas prête à se soulever, et les patriotes belges ne sont guère qu’une minorité.

Le 28 avril, les troupes françaises passent à l’offensive, mais les opérations militaires tournent aussitôt à la catastrophe : à Mons, les troupes de Biron, duc de Lauzun, rebroussent chemin et s’enferment dans Valenciennes ; celles du général Théobald Dillon, en chemin pour Tournai, se replient sur Lille ; Dillon est massacré par ses soldats pendant la retraite ; La Fayette, qui marche sur Namur, regagne ses arrières. La désorganisation de l’armée, l’inertie et l’incompétence du haut commandement sont à l’origine de ces échecs cuisants.

L’incurie de l’état-major français, l’inefficacité d’une armée composée de mercenaires et de patriotes volontaires mais inexpérimentés convainquent les Autrichiens et les Prussiens de leur supériorité militaire. Le 19 août 1792, les armées de la coalition franchissent les frontières de l’Est. Surprises par les pluies de septembre, décimées par la dysenterie, elles s’enlisent dans les boues de l’Argonne et sont arrêtées à Valmy par Kellermann et Dumouriez le 20 septembre 1792. Néanmoins, le 23 septembre, 13 000 Autrichiens commandés par Albert de Saxe-Teschen mettent le siège devant Lille et, le 29, commencent à bombarder la ville.

  Analyse de l'image

Né à Lille le 18 août 1758, François Louis Joseph Watteau est issu d’une lignée d’artistes lillois. Il est l’arrière-petit-neveu de Jean Antoine Watteau (1684-1721), le peintre des fêtes galantes. Peintre, mais surtout dessinateur, il a produit une œuvre graphique considérable. Le siège de Lille l’a particulièrement inspiré. En 1794, il a peint le quartier Saint-Sauveur bombardé par les Autrichiens et a composé cette allégorie du siège en 1795.

Dans la partie supérieure du tableau, trois personnages au visage menaçant sont debout sur une muraille de la ville. Coiffé d’un bicorne orné de la cocarde tricolore, un soldat de la garnison lilloise brandit un sabre dans la main droite et un bâton surmonté du bonnet phrygien dans la main gauche. Sur sa gauche, un homme et une femme du peuple illustrent la mobilisation citoyenne de la population lilloise. La poitrine nue, la femme précipite des charbons ardents sur l’ennemi. Derrière le soldat, un autre citoyen monte sur le mur. D’une main, il brandit son bicorne et, de l’autre, il tient un drapeau tricolore dont les bandes sont encore à l’horizontale et où se lit l’inscription « Les Lillois ont bien mérité de la patrie ».

Dans la partie inférieure de l’œuvre sont figurés des Autrichiens, dans un désordre indescriptible, qui tournent vers les Lillois des yeux terrorisés. Un officier à cheval, en uniforme rouge, est sur le point de s’écrouler. Deux soldats sont accroupis à proximité d’un canon, tandis qu’un troisième lève les yeux et joint les mains, comme pour implorer la pitié des défenseurs de la cité. Il s’agit bien entendu d’une allégorie républicaine à la gloire de la résistance héroïque de la population lilloise.

  Interprétation

Dans la guerre qui oppose la France à la coalition austro-prussienne, Lille est en première ligne et ne se trouve nullement dépourvue lorsque l’archiduc Albert de Saxe-Teschen vient y mettre le siège. La garnison française, commandée par le maréchal de camp Ruault, est forte d’environ 10 000 hommes, renforcés par les 132 canonniers de la garde nationale sédentaire citoyenne de la ville, et par la population lilloise activement mobilisée.

Le 29 septembre 1792, à 15 heures, bombes et boulets rouges incendiaires commencent à pleuvoir sur la cité, notamment sur le quartier Saint-Sauveur et sur la Grand-Place. Le 30 septembre, le maire de Lille, François André, lance un appel désespéré aux villes voisines : « Exposés au bombardement le plus vif de la part de l’ennemi qui ne cesse de tirer sur notre ville à boulets rouges et à bombes […] nous vous prions au nom de la Patrie de nous envoyer vos pompes… », appel dont l’écho est entendu par Béthune qui met tout en œuvre pour aider les assiégés à éteindre les incendies et à repousser les assauts de l’ennemi. Au terme d’une résistance acharnée, l’armée autrichienne doit se replier sur Tournai le 8 octobre. Elle laisse une ville sévèrement endommagée, avec notamment plus de 400 maisons totalement détruites dans le quartier populaire de Saint-Sauveur.

Le 12 octobre 1792, la Convention nationale vote à l’unanimité le décret proclamant que « Lille a bien mérité de la Patrie ». La colonne de la Déesse, érigée en 1845 sur la Grand-Place, est le témoignage de cette reconnaissance nationale. Sur son socle est gravée la réponse du maire de Lille à l’ultimatum d’Albert de Saxe-Teschen : « Nous venons de renouveler notre serment d’être fidèles à la nation, de maintenir la liberté et l’égalité, ou de mourir à notre poste. Nous ne sommes pas des parjures ! »

Auteur : Alain GALOIN


Bibliographie

  • Jean-Paul BERTAUD, Atlas de la Révolution française, tome III, « L’armée et la guerre », Paris, Éditions de l’E.H.E.S.S., 1989.
  • Jean-Paul BERTAUD, Les Soldats-citoyens de la Révolution française, Paris, Robert Laffont, 1979.
  • Albert SOBOUL, Les Soldats de l’An II, Paris, Le Club français du Livre, 1959.
  • Georges SORIA, Grande histoire de la Révolution française, Paris, Bordas, 1988.
  • La Révolution française et l’Europe (1789-1799), catalogue de l’exposition du Grand Palais, Paris, 16 mars-26 juin 1989, Paris, R.M.N., 1989.

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