© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski
Titre : Les Fugitifs.
Auteur : Honoré DAUMIER (1808-1879)
Date de création : 1862
Dimensions : Hauteur 28 cm - Largeur 66 cm
Technique et autres indications : bas-relief; moulage ; plâtre
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 98CE17124/RF 2830
La signification des Fugitifs est assez mystérieuse. On invoque le plus souvent, pour expliquer l'irruption de ce thème dans l'œuvre de Daumier, la déportation dans les territoires coloniaux de plus de 4 000 individus, parfois accompagnés de leur famille, qui suivit les journées révolutionnaires de 1848 (loi du 8 juin 1850) et les proscriptions de républicains consécutives au coup d’Etat de 1851. On peut penser aussi aux grandes migrations européennes, à l’exode des ruraux vers les villes ou aux départs en masse vers le Nouveau Monde. L’émigration est d’ailleurs un thème sur lequel le journal Le Charivari, auquel Daumier collabore, se penche à diverses reprises en 1852.
Le thème des Fugitifs ou des Emigrants auquel il consacra au moins cinq peintures et plusieurs dessins inspira également à Daumier la composition d'un bas-relief dont on connaît trois états sous la forme de moulages en plâtre. La genèse de ces œuvres, qui semblent remonter aux lendemains de la révolution de 1848, est assez confuse.
Le premier point de repère possible que l’on ait concerne le bas-relief et se trouve dans la relation d'une visite que l'éditeur Auguste Poulet-Malassis fit avec Baudelaire à Daumier en janvier 1852, où il est fait mention d’une « grande bacchanale en cire ».
Dix ans plus tard, le critique d’art Philippe Burty voit dans l’atelier du sculpteur Geoffroy-Dechaume « un bas-relief en cire et un bas-relief en terre cuite de Daumier exécutés il y a quelques années » et qui représentent « une sorte de départ, de fuite de personnages nus, emportant sur leurs épaules, sur leur tête, sur la hanche, des paquets volumineux et pesants ». On notera enfin que la figure de l’homme portant un ballot sur la tête est peut-être empruntée à l’une des peintures de Delacroix pour la bibliothèque du Palais-Bourbon, Attila, suivi de ses hordes barbares, foule aux pieds l’Italie et les Arts (1843-1847).
Bien que Daumier ait été certainement très sensible à une telle actualité, rien ne permet d'affirmer que les tableaux et les bas-reliefs intitulés Emigrants ou Fugitifs, dépourvus de tout élément anecdotique et qui frappent au contraire par leur intemporalité, en soient la transposition plastique. Il est sans doute plus juste de dire que ces événements, parmi tant d'autres auxquels fut confronté le caricaturiste politique et dessinateur satirique des mœurs de son temps, attentif au monde par instinct et par profession, lui auraient inspiré ici une sorte d’allégorie des tribulations de la vie humaine, de l’exode, de la fuite, du déracinement…
Auteur : Robert FOHR