Les voix de l’Opéra au milieu du XIXe (3 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet
Titre : Baroilhet.
Auteur : Charles VOGT
Technique et autres indications : Série Galerie de la Presse, de la Littérature & des Beaux-Arts.
Titre porté : Baroilhet [sic].
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Compiègne (Compiègne) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 97-024124 / C.53.049/27
Le XIXe siècle, siècle des interprètes
Le XIXe siècle est celui de l’opéra, une sorte d’âge d’or au cours duquel cet art connaît un succès considérable. Lieu de sociabilité, la salle de spectacle possède ses codes et ses habitudes. Elle est aussi un temple adorant ses propres divinités, les solistes. Loin de n’être que les prêtres destinés à prêcher la bonne parole des musiciens, ce sont les véritables idoles dont les maestri mettent en valeur les talents. Ceci est d’autant plus vrai sur une scène aussi prestigieuse que celle de l’Académie royale de Musique, nom de l’Opéra sous la monarchie de Juillet, à l’époque où Paul Barroilhet y chante. Le baryton est alors celui qui, aux côtés de Gilbert Duprez et de Rosine Stoltz, assume les plus grands rôles du répertoire.
La Galerie de portraits, une tradition
Cette lithographie fait partie d’une galerie de portraits publiée de 1839 à 1841 par Louis Huart et Charles Philipon sous le titre de Galerie le la presse, de la littérature et des beaux-arts. Chaque illustration est accompagnée d’une notice biographique. Cette Galerie paraît par livraisons puis, partiellement, sous forme reliée à la fin de chaque année. Seule cette dernière collection, composée de trois albums, est conservée et Barroilhet (1810-1871) ne s’y trouve pas. On ignore donc l’année exacte de parution de son portrait, même si on peut logiquement la situer en 1841, son engagement à l’Opéra ayant lieu en décembre 1840. Il est ici lithographié par Charles Vogt, élève de l’école des Beaux-Arts. Le chanteur, dont on ne voit que le buste, pose le plus simplement du monde, en tenue de ville, les bras croisés et légèrement tourné vers la droite. Sa mise élégante et son attitude calme contrastent avec les caricatures habituelles du chanteur, qui ironisent sur l’agitation et l’exagération de son jeu.
Une idole tombée dans l’oubli
Le portrait de Paul Barroilhet (et non Baroilhet), par Vogt, le représente à l’aube de sa carrière parisienne. Quoique Français de naissance et élève du Conservatoire de Paris, il a débuté en Italie et ne revient en France qu’après plusieurs années de succès de l'autre côté des Alpes (création de plusieurs rôles notamment pour Donizetti et Mercadante). C’est cette notoriété qui lui vaut d’être engagé sur la scène la plus prestigieuse de France. Il y débute dans La Favorite, le 2 décembre 1840, et devient très vite l’une des coqueluches du public.
En 1841, il a déjà créé le personnage de Lusignan dans La Reine de Chypre, mais c’est celui de Charles VI qui devient rapidement son rôle phare. Cette popularité immédiate justifie amplement sa présence dans cette Galerie, aux côtés des plus grands chanteurs de son temps : son ami Nourrit, mais aussi Lablache, Rubini ou Duprez.
Etrangement, et en dépit de ses succès, il est loin d’avoir aujourd'hui la renommée de ce dernier. Il est même difficile de trouver des ouvrages qui lui consacrent quelques pages. Sa gloire est donc à la fois immense et éphémère certainement parce que sa vie privée et son talent ont été bien moins débattus que ceux de Duprez et de la Stoltz. En outre, grand amateur d’art, après 1847 c’est à sa collection de tableaux qu’il se consacre de plus en plus.
Auteur : Stella ROLLET