© Photo RMN-Grand Palais - T. Le Mage
Titre : La médecine pour tout le monde (Ou conseils hygiéniques).
Dimensions : Hauteur 45.7 cm - Largeur 35.3 cm
Technique et autres indications : Lithographie rehaussée au pochoir.
Imprimerie Gangel
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-526364 / 38.6.92D
L’imagerie populaire et la lutte pour l’hygiène
En France, la « question de l’hygiène » connaît d’importants développements à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. Ensemble, les progrès de la médecine, l’émergence de courants hygiénistes, et l'émergences de politiques de santé publiques concernant aussi bien l’urbanisme que les soins ou la prévention la placent en effet de plus en plus au cœur des préoccupations et des représentations.
Dans le cadre de cette éducation à l’hygiène, « l’imagerie populaire » des lithographies imprimées à de nombreux exemplaires (dans les journaux, les almanachs, sous forme d’affiches ou de cartes-réclame) jouent un grand rôle. Dans ce domaine comme dans tant d’autres, ces imprimés contribuent à façonner les consciences et à déterminer les pratiques d’une partie croissante de la population.
A cet égard, La médecine pour tous ou conseils hygiéniques est paradigmatique. Editée entre 1852 et 1858, elle traduit, accompagne et promeut un message de prévention qui s’adresse « à tous », parfaite expression du contexte précédemment évoqué ainsi que des volontés politiques et sociales de l’époque « nouvelle ».
Des conseils d’hygiène en images
Réalisée et imprimée dans les ateliers de la célèbre maison Gangel située à Metz, La médecine pour tous ou conseils hygiéniques présente tous les aspects de la lithographie « populaire » très diffusée à l’époque. Les traits sont simples, avec une tendance à la caricature (voir les visages des personnages). Les couleurs sont vives et très variées, qui attirent facilement l’attention.
Sous forme de petites saynètes (17, réparties en 5 rangées horizontales) humoristiques, elles représentent et suggèrent des conseils hygiéniques divers, qui concernent tous la vie quotidienne et semblent faciles à appliquer. Autre caractéristique très répandue dans les estampes de l’époque, elles sont chacune associées à un petit texte (dialogues ou descriptions) que l’on trouve en dessous de chaque image.
L’influence de la farce est visible dans les situations, les costumes et les expressions, comme dans une certaine crudité (présence de sang, d’excréments, coup de pied au derrière, etc.), confinant parfois à une certaine vulgarité. On note aussi la diversité des situations (intérieurs, extérieurs, au travail, à domicile), des classes sociales (paysans, ouvriers, bourgeois) et des personnages (présence de « turcs » et de noirs, de femme, d’hommes et d’enfants).
Une pédagogie pour tous
La médecine pour tous ou conseils hygiéniques se présente comme une tentative de pédagogie « démocratique ». La variété des motifs suggère une visée universaliste rappelée par le titre : ces conseils doivent valoir pour chacun, quelle que soit sa condition, son activité et sa localisation. Il y aurait là une sorte d’égalité devant la question, susceptible de plaire aux destinataires privilégiés de la lithographie.
En effet, cette dernière s’adresse clairement aux populations les plus humbles, en choisissant la référence humoristique et burlesque pour instruire de manière simple. L’hygiène n’est pas une science austère, mais elle passe par des pratiques bien concrètes et pleines d’un bon sens populaire. Rattachée à la médecine puisqu’elle permet la santé, elle ne dépend pas de médecins dont on se méfie encore dans ces milieux depuis, justement, les farces théâtrales et Molière. Accessible à tous, elle doit peu à peu intégrer les consciences et les pratiques du quotidien.
Auteur : Alexandre SUMPF