© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Tepidarium.
Auteur : Théodore CHASSERIAU (1819-1856)
Date de création : 1853
Dimensions : Hauteur 171 cm - Largeur 258 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 99-012629 / RF71
Une représentation néoclassique du bain antique à l’orée du Second Empire
Elève de Jean-Auguste-Dominique Ingres, mais aussi influencé par Eugène Delacroix et Paul Delaroche, Théodore Chassériau (1819-1856) est vite reconnu comme l’un des plus grands peintres de son époque. Exposant dès 1836 au Salon, il opère une certaine synthèse entre l’académisme, le néoclassicisme, l’orientalisme et le romantisme, acquérant une grande renommée pour ses portraits, ses peintures de genre et ses scènes historiques.
A cet égard, Le Tepidarium est sans doute son œuvre la plus célèbre et la plus caractéristique. Présentée avec un grand succès au Salon en 1853 et acquise peu après par l’Etat, elle figure parfaitement un genre et un style chers au Second Empire qui connaît alors ses débuts.
Par le thème choisi et l’esthétique de la représentation, cette toile nous renseigne aussi sur une certaine vision des bains et de l’hygiène caractéristique de la « nouvelle époque », entre référence classique et modernité.
Au centre était le bain
A l’occasion d’un voyage effectué dans les années 1840, Chassériau découvre Pompéi et les vestiges des bains de Vénus Génitrix. Conçu par son auteur comme une véritable « fresque antique dérobée au mur de Pompéi », le tableau présente donc clairement une scène antique où de nombreuses femmes de la cité s’adonnent au plaisir des bains dans Le Tepidarium, c’est-à-dire la partie des thermes où l’on peut prendre des bains tièdes (tepidus), se reposer et se sécher.
La structure croisée de la composition permet de mesurer rapidement du regard l’ensemble de l’œuvre. Dans la salle spacieuse du Tepidarium (profondeur de la perspective, hauteur du plafond) richement décorée par des fresques et des gravures murales, deux rangées symétriques de femmes (alignées dans le sens de la profondeur le long des murs) : celles qui viennent aux bains (nues ou vêtues d’étoffes légères) et celles qui les servent (debout, habillées et portant des mets ou des amphores). Croisant horizontalement cette double rangée, le centre de la toile est occupé par le bain (sur pieds et posé sur le sol) et par un groupe constitué d’une jeune fille s’étirant et se séchant et d’une autre qui la regarde, assise.
La leçon antique à l’heure « moderne » du Second Empire
L’antiquité de Chassériau est aussi un peu orientale, qui évoque aussi bien l’exotisme et la douceur d’un harem d’Afrique du Nord. Alors que l’ambiance légèrement érotique, les postures nonchalantes et sensuelles, la langueur, la blancheur et la ligne pure des corps rappellent sans équivoque Ingres et ses femmes au bain, l’usage de la couleur et la sensualité de l’ensemble doivent plus à Delacroix.
Propre au néoclassicisme comme au romantique qui influencent également Chassériau, ce mélange à la fois artistique et historique des références antiques et orientales est très caractéristique de la vision de l’époque. En effet, on considère alors que les usages raffinés de l’époque romaine en matière d’hygiène se prolongent dans le monde arabe, ce que confirment à Paris les récits des riches voyageurs français de plus en plus nombreux à goûter sur place aux joies des bains. Le succès à la fois public et officiel du Tepidarium exprimerait et contribuerait alors à diffuser l’idée que l’hygiène, qui devient justement une préoccupation de santé publique adressée au plus grand nombre sous le règne de Napoléon III, peut aussi être perçue et vécue comme un délice, un mode de vie digne et aisé réservé à quelques happy few (dont l’Empereur et sa famille, grands amateurs de thermes). Le rapport au corps et à sa propreté, ainsi que la conscience naissante de la nécessité de l’hygiène prendraient alors un double visage, comme d’autres éléments de cette « modernité » du Second Empire.
Auteur : Alexandre SUMPF