Les emprunts nationaux et les banques (4 oeuvres)
© Ministère de la Culture / Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais - © RMN-Grand Palais - Gestion droit d'auteur François Kollar
Titre : « Vous êtes tranquilles... » publicité pour la Banque nationale du commerce er de l'industrie.
Auteur : François KOLLAR (1904-1979)
Dimensions : Hauteur 24 cm - Largeur 18 cm
Technique et autres indications : Tirage photographie d'après négatif noir et blanc.
Pour une publicité de la Banque nationale du commerce er de l'industrie ,"Vous êtes tranquilles...", vers 1938
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 10-506095 / 71L00325
La méfiance à l’égard des banques dans les années trente
La Banque Nationale de Crédit (B.N.C.), institution de la place financière parisienne, est rapidement entraînée au bord de la faillite par les contrecoups du Krach de 1929. En 1931, la défiance à son égard est telle qu’elle a perdu 75 % de ses dépôts. Afin d’éviter un écroulement en chaîne, elle est placée en liquidation et reconstituée sous le sigle B.N.C.I. (Banque Nationale pour le Commerce et l’Industrie) en 1932. Cependant, du fait de la combinaison des incertitudes de la crise et de réalités plus troubles comme les scandales financiers ou « la vénalité du journalisme financier » (Jean-Noël Jeanneney, L’argent caché. Milieux d’affaires et pouvoirs politiques dans la France du XXe siècle, pp. 205-230), les banques demeurent avant-guerre sujettes à caution aux yeux des déposants, ce qui se traduit notamment par une forte volatilité des dépôts. L’enjeu est donc majeur, pour les banquiers, de communiquer sur la confiance qu’il est possible d’accorder à leurs établissements.
Cliché de l’épargnant serein
La photographie est une vue prise dans un intérieur citadin cossu, avec porte à moulures et cheminée ornée de rosaces et surmontée d’un miroir utilisé ici pour un intéressant jeu de champ-contrechamp. François Kollar a utilisé ce procédé ailleurs, par exemple pour le portrait de Coco Chanel dans sa suite du Ritz (publicité de 1937). Dans le reflet, on distingue une fenêtre voilée, une table de travail inutilisée, ainsi qu’un projecteur électrique, élément moderne dans une décoration plutôt conventionnelle. Le centre de l’image est occupé par un homme d’une cinquantaine d’années, pris en légère plongée, confortablement installé, fumant la pipe, dans un fauteuil club en cuir usé. Il est vêtu de façon bourgeoise : veston gris à rayures, nœud papillon, lunettes fines, souliers vernis. L’éclairage, de trois-quarts face et de dessus, met en valeur le journal lu par le personnage. Il s’agit d’un exemplaire de Paris-Soir, journal de très grande diffusion dont le tirage avoisine, vers 1938, les deux millions. Le contenu visible du journal met en évidence ses singularités : voisinage des informations de toute nature, gros titres accordés aux faits divers (page de gauche : « Dans un vieux seau plein de ferraille, un homme a-t-il fait de l’or ? ») et surface importante dédiée à la publicité (page de droite).
Un trompe-l’œil historique
« Vous êtes tranquilles… » : le slogan de la publicité veut rassurer l’honnête épargnant client de la B.N.C.I., lecteur placide de Paris-Soir et non petit porteur affolé. Cette présentation des choses est assez étonnante quand on connait les origines de la B.N.C.I. et ses méthodes d’expansion agressives : cette firme « entretient » en effet depuis sa création « une réputation sulfureuse de société irrespectueuse des positions acquises, des accords de cartel, des bonnes mœurs interbancaires » (Hubert Bonin, Le monde des banquiers français au XXe siècle, p.97). La tonalité du message publicitaire, assurément décalée en regard de la situation géopolitique d’alors, le fait plus largement entrer en résonance avec toutes les expressions, sinon d’un déni, du moins d’une légèreté vis-à-vis des périls s’accumulant. Comme le chantait Ray Ventura en 1935, la France de l’époque n’est-elle pas le pays où l’on rassure à toute force de « Tout va très bien, Madame la Marquise » ?
Auteur : François BOULOC