Banques et argent au XIXe siècle (3 oeuvres)
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Titre : Epargne et prévoyance.
Auteur : Jules Clément CHAPLAIN (1839-1909)
Date de création : 1885
Dimensions : Hauteur 5.8 cm - Largeur 5.8 cm
Technique et autres indications : Médaille uniface en bronze argenté, frappée.
Avers de la médaille de la Caisse d'Epargne de Paris
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 90-005862-01 / MEDOR187
La question sociale et le livret de caisse d’épargne
Les caisses d’épargne apparaissent dans divers pays européens à la fin du XVIIIe siècle (Allemagne, Royaume-Uni, Suisse, France…). Le principe qu’elles adoptent très vite, et de façon assez unanime, est celui du dépôt libre, dont le montant et la périodicité sont déterminés par l’épargnant. Un intérêt défini est par suite servi au déposant, qui conserve le droit de retirer tout ou partie de ses économies n’importe quand. Gage de succès, cette souplesse de fonctionnement vise à transférer les « bas de laine » vers le secteur bancaire, en même temps qu’à accoutumer à ce dernier de larges parts de la population. L’usage du fameux livret de caisse d’épargne – qui n’a été dématérialisé qu’assez récemment – permet de rendre concret, palpable, l’acte d’épargne, et par là de lui conférer des vertus supérieures. La loi de 1835 fait ainsi des caisses d’épargne des établissements privés d’utilité publique, ce qui traduit le consensus institutionnel autour de leurs vertus moralisatrices.
Un condensé des valeurs philanthropiques
Ici, Jules-Clément Chaplain fait tenir dans l’espace d’une médaille l’essentiel des fondements philosophiques et sociaux du mouvement des caisses d’épargne. La succursale qui tient ici lieu d’arrière-plan est un endroit propre et accueillant, doté d’un luminaire. La scène proprement dite est une illustration des termes gravés au bas de la pièce, « Épargne et Prévoyance ». L’Épargne est tout à la fois figurée par le paysan, reconnaissable à son tablier et ses outils, venu remettre une bourse en cuir gonflée des économies familiales, et par la plume et l’urne de la figure allégorique féminine. Reprenant les poncifs antiquisants du néo-classicisme, elle est vêtue d’une toge et installée sur un siège surélevé, sa mine grave achevant d’inspirer la confiance nécessaire au dépôt. La référence à la Prévoyance est quant à elle suggérée par l’épouse du travailleur, qui embrasse le nourrisson dans ses bras. La finesse de la gravure de Chaplain, membre de l’Académie des Beaux-Arts depuis 1881, contribue ici à procurer l’impression de clarté sereine recherchée.
Des « classes laborieuses » qui ne seraient plus « dangereuses »
« Tâchons de faire comprendre au peuple les bienfaits, on peut presque dire les miracles, de l’économie » (Cité par Daniel Duet, Les Caisses d’épargne, p. 18) : cette injonction formulée par Benjamin Delessert, fondateur de la Caisse d’Épargne de Paris en 1818, rend bien compte de la nature du mouvement des caisses d’épargne, adossé dès le départ à la question du paupérisme et des mutations économiques et sociales du XIXe siècle. La solution envisagée en son sein repose sur un ni-ni caractéristique : ni retour aux formes politiques traditionnelles, ni prise en charge de la condition des plus modestes par l’État. L’effort doit être individuel, familial, et nécessite de faire la promotion de comportements sains quant aux finances domestiques. La banalisation du dépôt d’espèces prélevés sur l’allocation de ressources attribuée au foyer (salaires et revenus divers) induit des habitudes bénéfiques tant pour l’individu que pour la société : tempérance, prévoyance… Ceci a trait à la fameuse notion de gestion de « bon père de famille », par opposition aux comportements immoraux prêtés alors aux classes populaires.
Auteur : François BOULOC