© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Gil Blas - l'Argent.
Auteur : ANONYME
Date de création : 1890
Date représentée : 1890
Technique et autres indications : Lithographie coloriée.
Affiche prublicitaire, A partir du 29 novembre, lire dans le Gil Blas, l'Argent.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-509316 / 61.18.85.1F
La finance a pignon sur rue
Le XIXe siècle est pour la France celui de la Révolution industrielle, dont une des composantes est le développement de la finance. Ce bouleversement des structures d’une société traditionnellement agraire et artisanale va s’incarner à travers des symboles divers : dynasties industrielles (Wendel, Schneider) ou bancaires (Rothschild), mais aussi des lieux. Lancée en 1807 par Napoléon Ier, la construction de la Bourse de Paris, le Palais Brongniart, est ainsi achevée en 1825. Peintre du monde social de son époque, Émile Zola, dans le cadre de sa grande fresque des Rougon-Macquart, s’attelle en juin 1890 à l’écriture d’un roman centré sur la presse et les milieux financiers, thèmes auxquels il songe depuis plusieurs années. Il en situe l’action à la fin du Second Empire, mais ce sont bien des scandales comme le krach de l’Union Générale (1882) qui orientent son inspiration. Comme l’indique l’annonce en caractères rouges en haut de l’affiche, c’est à partir de fin novembre 1890 que ce roman, L’Argent, commence à être publié sous forme de feuilleton dans le quotidien Gil Blas. L’annonce en avait été faite dans ses colonnes le 16 novembre, ce qui permet de dater le document présenté de façon précise.
Une publicité pour roman-feuilleton
L’espace de l’affiche est divisé horizontalement en deux parties. La partie supérieure est dévolue au texte publicitaire, avec le titre du roman imprimé en lettres fantaisie, rouges et courbées. Ce choix, se voulant accrocheur, est complété, très classiquement, par le nom du journal dont la typographie est reprise pour une identification immédiate.
La partie inférieure est occupée par la façade néo-classique, aux colonnades de style corinthien, du Palais-Brongniart. Les ombres de la trentaine de personnages allant et venant sur les marches du grand escalier évoquent l’image typique des hommes de bourse en habit et chapeau noir, et l’arrivée d’une calèche renforce encore l’impression d’affairement. Les façades de l’édifice sont depuis 1852 ornée de statues allégoriques, visibles en arrière-plan, de l’Agriculture, de l’Industrie, du Commerce et de la Justice. C’est bien cette dernière qui est détournée au premier plan : yeux bandés mais animée, elle semble laisser pleuvoir sans discernement les pièces d’or sur les spéculateurs
La société au miroir de la littérature et des medias de masse
« Amuser les gens qui passent, leur plaire aujourd'hui et recommencer demain », telle était la devise du fondateur du Gil Blas, Auguste Dumont (1816-1885). L’affiche réalisée pour l’Argent de Zola traduit de fait la double vocation de cet organe, à la fois littéraire (il publie aussi Maupassant, par exemple) et de divertissement. Le choix artistique du romancier se combine aux options éditoriales pour faire sens dans l’histoire longue du traitement des évolutions sociales à travers la littérature. Le roman-feuilleton, initié au cours de la monarchie de Juillet par la publication des œuvres d’Eugène Sue notamment, en est au XIXe siècle le cadre privilégié. Entre 1870 et 1914, on passe de 1,5 à 5,5 millions d’exemplaires de journaux quotidiennement : un média de masse est établi, à même d’installer des représentations bien ancrées dans un lectorat toujours plus étendu.
Auteur : François BOULOC