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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Le café au carrefour social

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Les Joueurs de cartes.

© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

Agrandissement - Zoom

Titre : Les Joueurs de cartes.

Auteur : Paul CEZANNE (1839-1906)
Dimensions : Hauteur 47.5 cm - Largeur 57 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Vers 1890-1895.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 03-014337 / RF1969

  Contexte historique

Le café au cœur de la société

Durant tout le XIXe siècle, le café, sous des appellations très diverses (cabaret, marchand de vin, mastroquet), draine toutes les catégories sociales, tous les corps de métier. À partir de la loi très libérale du 17 juillet 1880, le flux de la marée cabaretière augmente inexorablement : 349 000 débits de boissons aux premiers temps de la IIIe République, 418 000 au début des années 1890, soit un débit pour quatre-vingt-douze habitants, hommes, femmes et enfants compris. Lieu de lumière, de chaleur et de rencontre, le café est devenu un carrefour social obligé. Entre les murs, « on » parle, « on » joue, « on » boit, « on » fume, dans l’anonymat et la sociabilité.

  Analyse de l'image

Scène de la vie rurale 

Cézanne installe deux hommes à une table rectangulaire. Le café, sans qu’il soit possible de l’identifier, paraît des plus modestes : table de bois couverte d’une nappe courte, chaises ordinaires, simple bouteille de vin. Seul un miroir mural donne de l’éclat au décor. Cézanne prend pour modèles des paysans du Jas de Bouffan, sa propriété proche d’Aix-en-Provence. Les deux hommes, endimanchés, n’ont pas quitté leur chapeau. Ils paraissent figés et concentrés sur leur jeu. La pipe en terre de l’un d’eux n’apparaît que comme un prolongement de son visage. Le peintre semble s’intéresser beaucoup plus à la composition de son tableau qu’aux figures. Vus en gros plan, les deux hommes sont mis en scène selon une structure pyramidale dont le plateau de la table forme la base. Même les visages sont angulaires, et les chapeaux cylindriques. Mais, pour leur donner le moins d’expressivité possible, le peintre leur impose l’immobilité et ne pense qu’à travailler la couleur.

Il écrit alors : « Le dessin et la couleur ne sont point distincts, au fur et à mesure que l’on peint, on dessine. Plus la couleur s’harmonise, plus le dessin se précise. » Un croquis préparatoire à la mine de plomb, aujourd’hui conservé au musée Boymans de Rotterdam, montre qu’il avait orné la bouche d’un joueur d’une cigarette : il y a renoncé, comme pour réduire l’homme à une forme sans intériorité. « Quand, enfin, l’homme est en vue, il l’envisage comme le paysage, isolément en lui-même. Portraits, figures de buveurs, joueurs de cartes […]. De nouveau, le volume, rien que le volume qui est intimement mêlé à la chair, aux nerfs, au sang, est substance lui-même. C’est par la forme seule que Cézanne prétend l’exprimer », écrit l’un des premiers critiques du peintre, le poète Ramuz.

  Interprétation

Belle Époque 

Inspiré par le thème des joueurs de cartes cher au XVIIe siècle (cf. Le Tricheur de Georges de La Tour), Cézanne quitte là ses paysages (L’Estaque, vue du golfe de Marseille en 1878, Les Bords de la Marne en 1888) et ses natures mortes (Nature morte au rideau en 1899) pour s’adonner à la scène de genre. La Belle Époque est illustrée dans ce tableau où Cézanne veut montrer les loisirs ouvriers. Avec Les Joueurs de cartes, il choisit d’illustrer un moment de détente que deux hommes partagent dans l’insouciance et la quiétude.

Auteur : Didier NOURRISSON


Bibliographie

  • Luc BIHL-WILLETTE, Des tavernes aux bistrots. Une histoire des cafés, Lausanne, L’Âge d’homme, 1997.
  • Jean-Claude BOLOGNE, Histoire des cafés et des cafetiers, Paris, Larousse, 1993.
  • Ursula HEISE, Histoire du café et des cafés les plus célèbres, Paris, Belfond, 1988.
  • Henri-Melchior de LANGLE, Le Petit Monde des cafés et débits parisiens au XIXe siècle. Évolution de la sociabilité citadine, Paris, P.U.F., coll. « Histoires », 1990.
  • Didier NOURRISSON, Le Buveur du XIXe siècle, Paris, Albin Michel, coll. « L’Aventure humaine », 1990.
  • Didier NOURRISSON, Cigarette. Histoire d’une allumeuse, Paris, Payot, 2010.

Commentaires

super!
Laura
Par Laura le 07/10/11 à 11h17 - #285

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