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Marguerite Steinheil

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Portrait de Madame Steinheil.

© Photo RMN-Grand Palais - R. G. Ojeda

Agrandissement - Zoom

Titre : Portrait de Madame Steinheil.

Auteur : Léon BONNAT (1833-1922)
Date de création : 1899
Date représentée : 1899
Dimensions : Hauteur 96 cm - Largeur 76 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée Bonnat (Bayonne) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00-030101 / Inv.586

  Contexte historique

Femme savante et scandaleuse

Au début de l’année 1899, Félix Faure, sixième président de la Troisième République, se trouve pris dans la tourmente de l’« Affaire Dreyfus » après s’être opposé à la révision du procès du capitaine. Dès lors, il n’apparaît plus dans l’opinion publique comme l’homme méritant et énergique, qui a réussi à sceller une alliance avec la Russie puis à éviter un affrontement sanglant avec l’Angleterre au moment de la crise de Fachoda, mais comme un viveur, amateur de demi-mondaines. Le 16 février 1899, il trouve la mort dans les bras de Marguerite Steinheil, fille de l’industriel Édouard Japy et femme du peintre Adolphe Steinheil, son aîné de vingt ans. Si, pour les journaux d’opposition, le chef de l’État a péri dans un « excès de santé » (Le Gil Blas), pour La Presse et les organes nationalistes, il a été assassiné à cause de son attitude trouble dans l’« Affaire Dreyfus ».

Dix ans plus tard, en 1908, Marguerite Steinheil sera à nouveau impliquée dans deux décès très médiatisés : sa mère et son mari sont retrouvés morts à son domicile, impasse Ronsin. Accusée de ce double meurtre , « la connaissance du Président » sera jugée aux Assises de la Seine et acquittée en novembre 1909, sous les applaudissements d’une foule subjuguée par sa beauté.

  Analyse de l'image

Un portrait psychologique

Cette huile sur toile est signée de Léon Bonnat, qui réalisa, durant un demi siècle, plus de deux cents portraits des célébrités de son temps. Dans chacun d’eux, l’artiste a cherché à traduire le mode de vie et le caractère de son modèle. Il a peint, par exemple, Victor Hugo assis à son bureau, le coude posé un livre, et Gambetta débout, les mains dans les poches, prêt à haranguer la foule.

Dans ce tableau, Léon Bonnat exprime la personnalité complexe de son modèle. Vêtue d’une robe en tulle d’un bleu céleste qui contraste avec le fond brun, les cheveux sagement relevés en chignon et un mince collier de perles autour du cou, Madame Steinheil est la jeune épouse élégante d’un peintre renommé. Le regard attentif et le discret sourire, rappellent que « Meg » tient chez elle un salon fréquenté par des personnalités littéraires et politiques de premier plan. Mais, à l’inverse, l’éventail et les quatre grosses bagues, trahissent la demi mondaine, maîtresse depuis deux ans du président Félix Faure.

  Interprétation

Du Salon à la prison

Dès qu’elle se trouve, en 1908, au centre d’une affaire judiciaire, Marguerite Steinheil est représentée de façon bien différente : les artistes ne la montrent plus qu’en veuve ou en prostituée. Le 13 décembre 1908, dans l’illustration du Petit Journal, « Madame Steinheil dans sa prison » est vêtue de noir, la tête dans les mains, en proie aux remords et aux visions — peintes dans des phylactères — de son mari et de sa mère assassinés. Le 7 novembre 1909, elle reparaît debout et en grand deuil, pénétrant dans le box des prévenus, pour « Les débuts d’un procès sensationnel ». Le 23 novembre, dix jours après la fin du procès, dans Le Rire, le caricaturiste Léandre n’hésite pas à transformer l’acquittée en Olympia de Manet.

La fille de l’industriel Japy ne sera réhabilitée par l’image qu’en 1959, dans la série En votre âme et conscience. En effet, le scénariste, Pierre Dumayet, fait siennes les thèses d’Edmond Locard et d’Armand Lanoux selon lesquelles la mère de Marguerite serait morte de peur à la vue d’un amant étranglant son gendre, qui l’avait surpris. Le meurtrier étant le grand duc de Russie, l’affaire aurait été étouffée par le préfet de police Lépine, sur ordre du ministre de l’Intérieur Georges Clemenceau.

Auteur : Myriam TSIKOUNAS


Bibliographie

  • Pierre DARMON, Marguerite Steinheil, ingénue criminelle ? Paris, Perrin, 1996, 224 p.
  • Armand LANOUX, Mme Steinheil ou la connaissance du Président, Paris, Grasset, 1983, 322 p.
  • Benjamin MARTIN, « The Steinheil affair 1908-1909 », Laurels, American Society of the Legion Honor Magazine, New-York, 1979, p. 137-152.
  • Marguerite STEINHEIL, Mes Mémoires, Paris, Edmond Ramlot, 1912, 414 p.

Commentaires

Article sur Marguerite Stenheil:
Félix Faure, 6e président de la République? Non, c'était le 7e (il vient après: 1. LN Bonaparte ; 2. Thiers ; 3. McMahon ; 4. Grévy ; 5. Carnot et 6. Casimir Périer).
Clio
Par Clio le 17/04/12 à 17h40 - #714

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