Réunion des Musées Nationaux - Grand Palais
Ministère de la Culture

L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
S'abonner à
L'Histoire par l'image
Ajouter à un album

Albums liés

Figures de criminels au XIXe siècle (4 études)

Condamnation et exécution de Jean-Baptiste Troppmann
Condamnation et exécution de Jean-Baptiste Troppmann

Découvrez aussi

L'assassinat du duc de Berry

Les derniers moments du duc de Berry dans la salle de l'ancien opéra.
Les derniers moments du duc de Berry dans la salle de l'ancien opéra.
Alexandre MENJAUD

L'Arbre d'Amour

L'Arbre d'Amour.
L'Arbre d'Amour.

Marguerite Steinheil

Portrait de Madame Steinheil.
Portrait de Madame Steinheil.
Léon BONNAT

Jean-Baptiste Troppmann

Condamnation et exécution de Jean-Baptiste Troppmann
Condamnation et exécution de Jean-Baptiste Troppmann

Hélène Jégado, la Brinvilliers bretonne

commentaires 3 commentaires commentaires
L'empoisonneuse Hélène Jégado.

© Photo RMN-Grand Palais - F. Raux

Agrandissement - Zoom

Titre : L'empoisonneuse Hélène Jégado.

Dimensions : Hauteur 41 cm - Largeur 33 cm
Technique et autres indications : Estampe imprimée par Jean-Charles Pellerin (1756-1836) xylographe-imprimeur d'images.
Vers 1852.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-517449 / 72.83.18

  Contexte historique

Un procès en marge du coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte

Statistiquement parlant, les empoisonneuses sont particulièrement nombreuses sous la monarchie de Juillet et durant le Second Empire. En 1840 et 1844, les procès retentissants de Marie Lafarge et d’Euphémie Lacoste, toutes deux accusées d’avoir tué leur encombrant mari au moyen d’arsenic, réactivent l’image de la sorcière et laissent croire, à tort, que l’empoisonnement, arme des faibles et des sournois, a été, de tout temps, un crime féminin. Cette conviction est encore renforcée en 1851 avec l’arrestation et le jugement d’Hélène Jégado, une servante bretonne accusée de vingt-cinq homicides par empoisonnement à l’arsenic et de six tentatives de d’assassinat. 

Le procès de cette domestique analphabète, qui s’exprime dans un mélange de français et de breton, s’ouvre à la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine le 6 décembre 1851. En dépit du vibrant plaidoyer contre la peine capitale de son jeune avocat, maître Magloire Dorange, l’audience se clôt, le 14, sur la condamnation à mort de l’inculpée, qui continue de clamer son innocence. À une époque où Rennes n’est pas encore accessible par le chemin de fer, le coup d’État réalisé par Louis Napoléon Bonaparte le 2 décembre empêche les journalistes parisiens de se rendre au prétoire. Il prive également la défense de plusieurs témoins, notamment le chimiste Raspail, qui vient d’être incarcéré, et le médecin-député Jean Baptiste Baudin, tué sur une barricade. Hélène Jégado est guillotinée sur le champ de Mars de Rennes le 26 février 1852. La légende veut que, juste avant de mourir, elle ait confessé ses nombreux forfaits à l’aumônier de la prison, l’abbé Tiercelin, qui l’accompagna jusqu’à l’échafaud.

  Analyse de l'image

« La Brinvilliers » bretonne 

Cette estampe, augmentée d’une complainte et datée de 1852, est l’un des derniers imprimés périodiques réalisés par l’Imagerie Pellerin d’Épinal. En effet, quelques mois plus tard, un décret réglementant sévèrement le colportage amorce le déclin de ces feuilles volantes. 

Bien qu’elle se trouve au tribunal, « la Jégado » a gardé ses habits de servante. Son tablier bleu rappelle qu’elle fut, durant dix-huit ans, cuisinière dans des presbytères et des maisons bourgeoises. C’est penchée sur ses fourneaux qu’elle versait l’arsenic, sous forme de « mort-aux-rats », dans les potages et soupes de légumes appréciés de ses employeurs. 

Dès son procès, Hélène Jégado a été comparée à la marquise de Brinvilliers qui, elle aussi, n’hésita pas à empoisonner des victimes de tous âges et de toutes conditions, y compris des membres de sa propre famille. Il n’est donc pas étonnant que le dessinateur spinalien retraite le croquis à la pierre noire de Charles Le Brun, connu sous le titre La Marquise de Brinvilliers : les deux femmes portent la même coiffe fortement nouée sous le menton, comme pour signifier leur décapitation prochaine ; toutes deux ont la main droite sous la poitrine, posée sur la main gauche, pour exprimer une quête de miséricorde. Seul change l’instant du drame : Hélène Jégado, debout devant un banc sur lequel est posée une robe noire d’avocat, encadrée par deux gendarmes, attend le verdict, alors que la marquise, à qui l’on a tendu un crucifix, est sur le point d’être exécutée.

  Interprétation

Une « anomalie de la nature » 

Curieusement, dans ce dessin, colorié au pochoir, les ombres des deux gendarmes se projettent précisément sur le mur tandis que celle de l’accusée ne correspond pas à sa silhouette. L’artiste voudrait-il nous dire, comme l’avocat de la défense et les experts aliénistes convoqués à la barre, qu’Hélène Jégado est « une monstruosité », « une anomalie de la nature » (docteur Pitois, témoin à charge, Gazette des tribunaux du 9 décembre 1851) qui tue sans remords tout rival et toute personne lui ayant fait une remontrance ou ayant contrarié ses projets ? 

En France, depuis la création des cours d’assises, en 1810, et l’instauration d’un jury populaire, l’immense majorité des femmes criminelles a bénéficié, contrairement aux hommes, des circonstances atténuantes. Hélène Jégado a été condamnée à la peine capitale, car elle n’a pas hésité à tuer les enfants qui lui étaient confiés, deux prêtres et deux parentes, sa tante et sa sœur. Elle a également empoisonné d’autres jeunes servantes, aussi déshéritées qu’elle. Elle est donc apparue à ses juges comme « un être monstrueux et pervers ».

Plus insidieusement, les contemporains semblent avoir reproché à la meurtrière de refuser la place qui était assignée aux femmes au milieu du XIXe siècle. À en croire les comptes-rendus d’audience, les articles de presse consacrés à l’affaire ou cette estampe à visée édifiante et moralisatrice, l’accusée n’a rien de féminin. Décrite comme laide et sans formes, alcoolique et sale, sans mari ni enfant à près de cinquante ans, Hélène Jégado s’apparente à une sorcière qui donne la mort au lieu de dispenser la vie. Humble domestique née dans une Bretagne encore arriérée, elle est aussi la victime émissaire idéale que nul, lorsqu’elle sera sacrifiée, ne cherchera à venger.

Auteur : Myriam TSIKOUNAS


Bibliographie

  • Pierre BOUCHARDON, Hélène Jégado. L’empoisonneuse bretonne, Paris, Albin Michel, 1937.
  • Anne-Emmanuelle DEMARTINI, « La figure de l’empoisonneuse. De Marie Lafarge à Violette Nozière », in Figures de femmes criminelles, Paris, Publications de la Sorbonne, 2010.
  • Myriam TSIKOUNAS (dir.), Éternelles coupables. Les femmes criminelles de l’Antiquité à nos jours, Paris, Autrement, 2008.

Commentaires

1851, dernières images de Pellerin, c'est une bêtise
sadion
Par sadion le 07/10/11 à 09h07 - #284
Bonjour,
Vous avez tout à fait raison.
Nous avons corrigé cette erreur.
Merci pour votre œil avisé.
Bien cordialement
Anne-Lise
Histoire-image
Par Histoire-image le 19/10/11 à 16h05 - #292
je m'étonne que vous ne citiez pas le livre LA JEGADO de Peter Meazay, paru depuis un certain temps.
mandarine
Par mandarine le 25/03/13 à 23h18 - #1404

Laisser un commentaire :

twitter

facebook










Haut de page