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Catherine II de Russie avec les Allégories de l'histoire et du temps.

© Photo RMN-Grand Palais - M. Bellot

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Titre : Catherine II de Russie avec les Allégories de l'histoire et du temps.

Auteur : Giovanni Battista LAMPI (1751-1830)
Dimensions : Hauteur 58 cm - Largeur 42 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Vers 1792-1793
Lieu de Conservation : Musée historique de la Révolution française, Vizille (Vizille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 91-001779 / Inv1991-99

  Contexte historique

Une Autrocrate, financière des Lumières puis de la Contre-Révolution

Depuis 1762, Catherine II règne en autocrate (unique détentrice d’un pouvoir dit de droit divin) sur une population essentiellement composée de serf de l’immense empire russe. Admiratrice des Lumières françaises, surnommée la « Sémiramis du Nord » par Voltaire, elle finance l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Lectrice de l’Esprit des lois (où Montesquieu considère que son prédécesseur Pierre le Grand avait donné « les mœurs et les manières de l’Europe » à la nation russe), elle s’atèle à promouvoir les valeurs d’ordre public, de progrès matériel et d’éducation pour définitivement encrer le pays à l’Europe occidentale.
C’est cette image de despote éclairé que peint le portraitiste de la cour d’Autriche Johann Baptist Lampi à Saint-Pétersbourg en 1793.

Mais la France, de berceau des Lumières, est alors devenue le foyer de ferments révolutionnaires agitant toute l’Europe. En proclamant l’égalité des droits selon le principe moral de la loi naturelle, la Révolution française ébranle jusqu’au pouvoir de Catherine II, qui tente alors d’organiser une réaction.

  Analyse de l'image

La « Sémiramis du Nord »

Placée de trois quarts sous un dais de velours cramoisi, Catherine II vient de se lever de son trône. Elle porte le manteau impérial, décoré des cordons des ordres russes, sur un costume blanc et bleu, et tourne vers nous sa tête ornée d’un diadème et d’une petite couronne. Tout en s’appuyant au fauteuil de sa main droite qui tient le sceptre, elle semble nous inviter de sa main gauche levée à étudier les deux figures allégoriques placées devant elle au pied du trône : le Temps, vieillard portant une faux et un sablier, apparaît comme foudroyé par elle, tandis qu’une jeune femme, l’Histoire, admire Catherine en écrivant ses fastes dans les annales. Les trois figures sont unies par l’accord chromatique de leurs vêtements bleu, rouge et vert.

À gauche, la couronne et le globe impériaux sont posés sur un piédestal. Le trône est décoré d’un lion à sa base, de la figure de la Justice au dossier et couronné de deux anges tenant un serpent enroulé, symbole d’éternité.
Dans une colonnade située au second plan sont placées les statues de la Prudence (avec un miroir, un serpent enroulé autour d’une flèche et un cerf pour attributs) et de la Constance (tenant une colonne et portant une main au feu, en signe de courage selon l’exemple antique de Mucius Scaevola).

  Interprétation

En croisade contre L’hydre jacobine

Ce petit tableau serait une des esquisses préparatoires à un grand portrait d’apparat (Ermitage, Saint-Pétersbourg). Sur celui-ci, les deux figures allégoriques sont remplacées par un autel (décoré du portrait de Pierre le Grand) où sont posés deux livres symbolisant l’activité législatrice de la souveraine.
Alors que Catherine II s’affiche comme une souveraine gouvernant son empire, guidée par la justice, en France, la constitution de 1793 proclame un nouvel état de droit s’appuyant sur la déclaration des droits de l’homme.

Pour lutter contre « l’hydre jacobine », Catherine signe un oukase le 8 février 1793 qui met un terme aux relations entre les deux pays. Les résidants français en Russie doivent jurer « devant Dieu Tout-Puissant et sur son Saint Evangile, que n’ayant jamais adhéré de fait ni de volonté aux principes impies et séditieux introduits et professés maintenant en France [, doivent regarder] le gouvernement qui s’y est établis comme une usurpation et une violation de toutes les lois, et la mort du Roi Très-Chrétien Louis XVI comme un acte de scélératesse abominable et de trahison infâme. »
Durant cette même année, alors que la Terreur s’établit en France, Catherine II tente d’endiguer les idées révolutionnaires en Russie comme en Pologne et offre son soutien aux princes émigrés, accueillant notamment le comte d’Artois, frère du défunt Louis XVI.
En 1794, Lampi réalise un nouveau portrait de Catherine (Ermitage) où l’impératrice est debout, le sceptre à la main, près d’un fauteuil et d’une table décorée d’un vase de fleurs et d’une pendule : la Révolution française aurait-elle mis à bas pompe et allégorie ?

Auteur : Guillaume NICOUD


Bibliographie

  • Philippe BORDES, Alain CHEVALIER, Musée de la Révolution française : catalogue des peintures, sculptures et dessins, Vizille, Musée de la Révolution française ; [Paris], Réunion des musées nationaux, 1996.
  • Isabel DE MADARIAGA, La Russie au temps de la Grande Catherine [trad. de l'anglais par Denise Meunier], Paris, Fayard, 1987.

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