© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : La famille Bellelli.
Auteur : Edgar DEGAS (1834-1917)
Date de création : 1858
Dimensions : Hauteur 200 cm - Largeur 250 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 99DE12625/RF 2210
Au milieu du XIXe siècle, la grande bourgeoisie, à la fois actrice et bénéficiaire de la révolution industrielle, cherche à laisser à la postérité l’image de sa réussite économique et sociale. A défaut d’appartenir à une lignée prestigieuse du passé, elle célèbre la famille, clé de voûte de ce nouveau modèle. Au moment où la photographie n’est qu’une technique et un art naissants, le portrait de famille est particulièrement en vogue dans la peinture et n’échappe pas alors à l’assaut de la modernité.
A l’occasion d’un séjour en Italie, Degas s’attelle à un portrait de sa tante paternelle Laure, avec son mari, Gennaro Bellelli, baron engagé dans les affaires, et leurs deux filles, Giovanna et Guilia, installés à Florence.
Représentée dans son intérieur cossu – tout, du papier peint au mobilier en passant par le cordon de la sonnette pour appeler les domestiques, renvoie au rang social élevé des Bellelli –, la famille est répartie en deux groupes : d’un côté, la mère, jeune encore mais rigide, domine entourée de ses filles, l’une sage, déjà prisonnière des conventions liées à son rang, et l’autre turbulente, peut-être attirée par le chien. De l’autre côté, le père, ramassé dans un fauteuil, tourne un moment la tête vers ses filles. Les vêtements sombres de la mère et des filles, bien que rehaussés de tabliers blancs, renvoient au récent deuil du père de la baronne, toujours présent à travers la sanguine faite de lui par Degas, et renforcent le climat pesant, presque angoissant de la scène.
Ce tableau ambitieux, auquel il a consacré plusieurs années de travail et de recherche, exprime d’une part la lucidité affectueuse de Degas devant sa famille, d’autre part l’admiration du peintre pour le dessin des maîtres anciens et d’Ingres en même temps que son attrait pour une composition et une technique réalistes modernes.
Lui-même issu de la bourgeoisie, Degas est un guide privilégié pour nous faire découvrir le milieu qui lui est familier, avec ses conventions, ses intérieurs, ses costumes, ses attitudes. Ce tableau, initialement appelé Portrait de famille[1], exprime particulièrement bien la position de la mère dans la famille bourgeoise : pleine de dignité et de froideur, elle règne à la fois sur son intérieur et sur sa famille sous les yeux du maître de maison, ici indifférent. Justement, La Famille Bellelli rompt avec l’illustration traditionnelle de la famille bourgeoise triomphante pour évoquer ses drames, en l’occurrence une banale mais douloureuse mésentente conjugale. Ce chef-d’œuvre des années de jeunesse de Degas contient la promesse de toutes ses audaces futures.
Auteur : Fleur SIOUFFI
Ce tableau prend le nom définitif de La Famille Bellelli après l'identification des personnages dans les premières décennies du XXe siècle.
La jeune fille a les jambes croisées, une au sol, l'autre repliée sous la robe. C'est ceci qui caractérise, quelque part, son attitude distraite et "moins sage" que sa soeur, déjà pliée aux règles rigides de la mère et par extension, de l'ancienne société.