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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Les déportés contraints au travail chez Siemens.

© BPK, Berlin, Dist RMN-Grand Palais - image BPK

Agrandissement

Titre : Les déportés contraints au travail chez Siemens.

Auteur : Rudolf LIPUS (1893-1961)
Date de création : 1959
Date représentée : 1943
Technique et autres indications : Crayon
Lieu de Conservation : Bildarchiv Preussischer Kulturbesitz (BPK) (Berlin (Allemagne)) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 04-505733

  Contexte historique

Le travail forcé dans les camps

Dès les premiers camps de concentration, l’utilisation du travail forcé est au centre du système concentrationnaire et s’inscrit dans l’idéologie et le projet politique du national-socialisme. Cette politique connaît cependant un tournant au printemps 1942 avec l’intégration des camps dans une économie de guerre totale. La mobilisation de toutes les capacités de travail des internés vient au premier plan pour alimenter la machine de guerre nazie et le régime met l’accent sur la fonction de rentabilité des camps de concentration selon une méthode planifiée d’exécution lente.

Des entreprises allemandes contrôlées par la SS ou privées, comme Siemens, bénéficiaient de l’utilisation à bas coût de cette main d’œuvre captive pour soutenir l’effort de guerre. Plusieurs usines Siemens ont employé des déportés, notamment dans des commandos de travail attenants aux camps de Sachsenhausen, d’Auschwitz, ou de Ravensbrück, le camp de concentration pour femmes qui est ici représenté.

L’auteur, très vraisemblablement Rudolf Lipus, s’est illustré pendant la Seconde Guerre mondiale par l’importance de sa production artistique dans les services de la propagande de la Wehrmacht. C’est pourtant à la demande des autorités communistes est-allemandes que cet artiste a illustré le travail forcé des détenues du camp à l’usine Siemens pour la première exposition du Mémorial de Ravensbrück en 1959, camp libéré par l’URSS le 30 avril 1945 et dont elle a fait un symbole. Ainsi, le contexte de la répression antinazie à l’Est et le souhait de la RDA de se démarquer de l’Allemagne de l’Ouest accusée de complaisance envers les nazis ont contribué à accélérer la conversion de Rudolf Lipus, illustrateur de la propagande nazie très actif jusqu’en 1945.

  Analyse de l'image

Exploitation et déshumanisation

L’accent est mis sur la foule des déportées qui, encadrée et contrainte par les SS et leurs chiens, pénètre dans l’usine Siemens. Silhouettes longilignes, marchant toutes vers le même point, dos courbé, tête baissée, bras le long du corps, en costume rayé de prisonnier, en un cortège serré comme si elles étaient entravés par des chaînes invisibles, les prisonnières ont presque toutes le regard fixé vers le sol, par contraste avec leurs gardiens. Aucun attribut particulier ne permet de les distinguer les unes des autres, exprimant la disparition de l’individu. Le dessin traduit ainsi la déshumanisation systématique dont étaient victimes les déportés, considérés comme des sous-hommes par les nazis, accablés par leur travail et leurs conditions de détention.

En arrière-plan, on distingue un paysage industriel caractérisé par de grands bâtiments et des cheminées, qui accentue encore l’horizon chargé et les teintes sombres du dessin. Il s’agit ainsi de montrer les conditions de travail et d’internement dont étaient victimes les déportés, main d’œuvre servile exploitée pour obtenir le plus grand rendement au service de grands complexes industriels allemands pendant la période cruciale de la guerre.

  Interprétation

De la propagande à la dénonciation

Ancien acteur de la propagande de l’armée nazie pendant la guerre, Rudolf Lipus s’est reconverti dès le lendemain de la guerre, n’hésitant pas à dénoncer un système qu’il avait auparavant exalté. L’œuvre créée pour l’exposition de 1959 a une vocation ambiguë : illustrer l’exploitation dont ont été victimes les prisonnières au profit du complexe industriel allemand, main d’œuvre méprisée, chosifiée, dominée, utilisée comme du matériel humain et vouée à l’extinction, dénoncer le travail forcé dans les camps de la mort lente et son rôle dans le processus de dépersonnalisation et d’avilissement de l’univers concentrationnaire.

Cette œuvre conçue pour le Mémorial avait pour vocation d’aider les visiteurs à mieux comprendre le fonctionnement et la réalité du camp de Ravensbrück. Enfin, elle a aussi une dimension personnelle particulière au vu de l’itinéraire de l’auteur qui semble vouloir faire oublier sa contribution à la propagande nazie par un dessin dénonciateur.

Auteur : Anaïs GUILPIN


Bibliographie

  • AZEMA Jean-Pierre, BEDARIDA François (dir.), 1938-1948, Les Années de tourmente. De Munich à Prague : Dictionnaire critique, Paris, Flammarion, 1995.
  • BEDARIDA François, GERVEREAU Laurent (dir.), La déportation. Le système concentrationnaire nazi, Nanterre, BDIC, 1995.
  • BILLIG Joseph, Les camps de concentration dans l’économie du Reich hitlérien, Paris, PUF, 1973.
  • STREBEL Bernhard, Ravensbrück. Un complexe concentrationnaire, Paris, Fayard, 2005.

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