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Titre : Le baiser de la libération.
Auteur : Tony VACCARO (1922-)
Date de création : 1944
Dimensions : Hauteur 35.1 cm - Largeur 26 cm
Technique et autres indications : Photographie
Lieu de Conservation : Musée national de la Coopération Franco-américaine (Blérancourt) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 98-007143 / MNBPH96-139
Un GI photographe dans la campagne de libération
Le débarquement allié en Normandie marque le début de la libération de la France, qui s’échelonne entre le 6 juin 1944 et le 8 mai 1945. Photographes indépendants ou travaillant pour une agence ou un organe de presse, correspondants de guerre et services photographiques des armées réalisent des images qui documentent ces instants.
L’organisation de la production des images est peu contrôlée mais les photographies réalisées devaient être visées par la censure des armées pour pouvoir être publiées. Le GI Tony Vaccaro, fait partie de la 83ème division d’infanterie des troupes du général Patton. Il débarque en France fin juin avec son appareil photo autour du cou. Dès lors, il ne cessa de capturer les images de la guerre tout en redoublant d’ingéniosité pour pallier aux défaillances technique et au manque de produits, pellicules, et papier.
Il participe à la campagne de libération et couvre toute les opérations militaires menées par sa troupe. Appelé à libérer la ville de Saint-Briac-sur-Mer dans le cadre de la libération de la Bretagne, le jeune soldat enregistre ces instants dont il est un des acteurs.
Le baiser au libérateur
Le photographe et GI s’attache à mettre en scène l’allégresse qui parcourt la fête improvisée par les villageois pour marquer la libération de Saint-Briac. Devant la poste du village, les jeunes femmes forment une farandole et sourient à l’objectif. Elles encerclent ainsi le soldat américain qui, au premier plan, embrasse sur les joues une petite fille. Le soldat porte autour du cou un foulard que la jeune Noëlle avait sur les yeux. « La petite fille avait un foulard sur les yeux et les autres tournaient autour d'elle. Au moment où elle allait toucher quelqu'un, sa main rencontra le soldat Gene Constanzo. Quand je vis la scène, je courus vers eux […] J'ai pris le cliché juste au moment du troisième baiser. Si il n'y avait eu que deux baisers, j'aurais tout raté. Mais en Bretagne ils s'embrassent toujours trois fois. »
Pourtant, le mouchoir posé sous les genoux de la petite Noëlle laisse penser que le geste est moins spontané que mis en scène. La fillette, symbole d’innocence et de pureté, semble représenter sa gratitude à l’armée des libérateurs. Le GI se prête à l’exercice, enserrant la jeune Noëlle de ses deux bras. Son uniforme vient contraster avec la fraîcheur des robes d’été de la petite fille et des jeunes femmes. L’image se focalise ainsi sur la reconnaissance manifestée au libérateur et sur la liesse qui succéda au départ des Allemands et à l’entrée des chars américains.
La construction d’un symbole de la Libération
« Quand j’ai pris cette image, je savais déjà que je détenais une photographie exceptionnelle : l’amour des hommes les uns pour les autres dans le monde entier… » commente plus tard Tony Vaccaro, devenu un photographe renommé. Bien que postérieurs, tout comme le titre qu’il donne à sa photographie, « Le baiser de la libération », ses propos traduisent sa conscience d’assister à un moment historique et son souci de faire de son image un symbole des scènes de fête et de fraternisation qui ont pu avoir lieu à la Libération, tout en suggérant l’espoir et l’attente des populations avant l’arrivée des Alliés.
D’une certaine manière, le soldat dont la photographie n’était qu’une activité secondaire sur le terrain construit ici une véritable icône de la campagne de libération. Topos des scènes de libération, le baiser au libérateur est accentué par le contraste des genres entre le soldat, représentant de l’Amérique et des Alliés et la petite fille et les jeunes femmes, allégorie de la France libérée. Acteur de la Libération, en première ligne car simple soldat de 1ère classe, le GI photographe livre ainsi une image empreinte d’une approche documentaire qui a fonction de témoignage mais qui privilégie aussi l’émotion.
Auteur : Anaïs GUILPIN