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Le cardinal Lavigerie

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Cardinal Charles Lavigerie Cardinal-Primat-d'Afrique.

© RMN-GP (Château de Versailles) / Daniel Arnaudet / Gérard Blot

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Titre : Cardinal Charles Lavigerie Cardinal-Primat-d'Afrique.

Auteur : Léon BONNAT (1833-1922)
Date de création : 1888
Dimensions : Hauteur 239 cm - Largeur 164 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 81-000493 / MV6020

  Contexte historique

Évêque de Nancy, Charles Martial Allemand Lavigerie fut nommé archevêque d’Alger en 1867. Il créa alors les Pères blancs (1868) et les Sœurs missionnaires d’Afrique (1869), qu’il envoya en Afrique noire en vue de son évangélisation après le concile d’Alger en 1873. Cette seule action lui vaudrait déjà une grande renommée, mais il la doit plus encore au fameux « toast d’Alger » qu’il prononça en 1890 sur le conseil du pape Léon XIII en vue du ralliement de l’Église à la République. La stratégie de Léon XIII, au lendemain de l’échec du boulangisme auquel avaient adhéré les monarchistes, et en dépit de l’hostilité d’une grande partie du clergé, était d’endiguer la politique anticléricale des opportunistes par une attitude de conciliation pour défendre la liberté des catholiques français au sein même de la République, et non contre elle. Cette ouverture se solda par l’encyclique Inter sollicitudines du 16 février 1892, dont l’accueil fut mitigé parmi les catholiques français. Présentée comme le « besoin suprême de la France », la république, définitivement triomphante autour de 1890, ne tint cependant pas ses promesses puisqu’en 1905 sera proclamée la séparation des Églises et de l’État. Ce toast, qui fit l’effet d’un coup de tonnerre, valut au cardinal Lavigerie les foudres des droites, lui-même ayant longtemps été proche des milieux légitimistes.

  Analyse de l'image

Bonnat a représenté le cardinal Lavigerie deux années avant le « toast d’Alger », à l’époque où celui-ci se battait pour l’abolition définitive de l’esclavage et où il apparaissait encore comme l’un des pivots du courant légitimiste. Le personnage en impose par sa corpulence, et sous son air bonhomme perce une certaine ironie laissant deviner le grand commis de l’Église autant que de l’État. Pourtant, malgré l’ample pose, le personnage, conscient de son importance, et qui semble saisi dans un moment de travail la plume à la main, paraît comme indisposé par le regard qui se pose sur lui. Il paraît esquisser un léger recul qui montre qu’il n’aime pas la promiscuité. Dans cet intérieur dépouillé qui convient à un prélat et que seule une croix domine, sa simplicité n’est qu’apparente, et les couleurs vives de l’habit révèlent, tout comme la lumière directe qui l’éclaire, la grande considération dont jouit alors le cardinal.

  Interprétation

L’évolution politique du cardinal Lavigerie se mesure au fait que ce portrait fut exposé au Salon de 1888 en même temps celui de Jules Ferry, dont on sait qu’il fut l’un des artisans de l’ancrage républicain de la France. Peindre ces deux portraits révélait les opinions politiques et religieuses de Bonnat, mais l’association de ces deux tableaux évoquait certains rapprochements en cours entre les hommes d’Église et les politiciens de gauche. Or ce portrait, très simple dans sa conception, montrant plus l’homme que le prélat, ressortit à la vision bourgeoise du portrait conçue par Bonnat. Le peintre est en ce sens l’héritier d’Ingres qui, avec son Portrait de M. Bertin (Louvre), ouvrit la voie à ce genre de portraits où le personnage en impose au spectateur par sa lourdeur comme par son regard directement posé sur lui. De ce fait, ce portrait n’a rien d’officiel et n’est que l’image d’un homme très populaire et animé de profondes convictions.

Auteur : Jérémie BENOÎT


Bibliographie


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