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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Une sentinelle allemande devant le château de Chambord.

© BPK, Berlin, Dist. RMN-GP - Hanns Hubmann

Agrandissement

Titre : Une sentinelle allemande devant le château de Chambord.

Auteur : Hanns HUBMANN (1910-1996)
Date de création : 1940
Date représentée : 1940
Technique et autres indications : Photographie
Lieu de Conservation : Bayerische Staatsgemäldesammlungen: Neue Pinakothek (Munich (Allemagne)) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-515657 / Hu U/2034-4

  Contexte historique

Le château de Chambord sous l’occupation.

Au début de la Seconde Guerre Mondiale, le château de Chambord est choisi pour protéger de nombreuses pièces d’art des collections françaises d’éventuels bombardements. Après la victoire nazie et durant toute l’Occupation, Chambord demeure un centre de triage et d’accueil de nombreuses œuvres, constituant le principal dépôt des musées nationaux durant la période 1939-1945.

Comme de nombreux monuments historiques ou lieux symboliques de la zone occupée, le château est placé sous le contrôle direct des Allemands, devenant un lieu de pouvoir stratégique et symbolique protégé à part entière, comme le montre la photographie Une sentinelle allemande devant le château de Chambord, prise par Hanns Hubmann à l’automne 1940.
Photographe et journaliste proche du régime, Hubmann a suivi la campagne militaire allemande en France, avant de réaliser de nombreuses images des débuts de l’occupation, qui accompagnent souvent des films d’actualité ou des films de commande du régime. Si de telles photographies ont évidemment une fonction de propagande (surtout auprès du public allemand), elles ont aussi la valeur documentaire caractéristique du « photo journalisme » et du reportage de guerre.

  Analyse de l'image

Caméra embarquée.

Prise sur le vif d’une situation concrète, Une sentinelle allemande devant le château de Chambord montre une scène d’arrivée au château de Chambord.

Embarqué dans le véhicule qui se rapproche de l’édifice, le photographe a composé son image sur trois niveaux de profondeur.

Au premier plan à droite, la roue et le rétroviseur de la voiture à l’arrêt signalent donc la position et la condition du reporter. A partir de cette prise de vue, on aperçoit, décalé sur la gauche, la jeune sentinelle qui stoppe (et/ou salue) l’équipage. Vêtu d’un uniforme de simple soldat et armé d’un fusil, il fixe l’objectif (et donc le spectateur), un léger sourire au coin des lèvres. Au second plan, l’esplanade (quasi déserte, une seule silhouette apparaissant près de l’entrée) puis le château lui-même, dont Hubmann a choisi de représenter toute la façade principale.
Bénéficiant d’une luminosité assez exceptionnelle, le photographe joue du contraste entre blancheur (du sol et de la pierre du château) et tons plus sombres (uniforme de la sentinelle et détails du véhicule) pour renforcer la disposition et la structure découlant de la prise de vue.

  Interprétation

Le réel et le classique.

Sur cette photographie, la situation d’Occupation n’est signalée que par le soldat qui fait signe au conducteur. Seul, il devrait en effet apparaître presque anodin en comparaison du vaste panorama dessiné par l’esplanade et la façade du château. Ces derniers ne portant aucune marque inhabituelle, la tradition et l’identité du monument (symbolisées par cette vue « classique ») seraient donc comme inchangées par le caractère spécifique du contexte.

Pourtant, la manière dont Hubmann représente la scène suggère au contraire que l’actualité (les Allemands ont investi les lieux) prime sur l’histoire du lieu. Cadré d’assez près, la sentinelle est en effet le véritable sujet du cliché, dont elle occupe l’espace central, reléguant l’édifice au second plan (au sens propre et figuré). Chambord devient ainsi une sorte de repère, un lieu qui permet de symboliser l’occupation de la France plutôt que renvoyer à lui-même ou de faire référence à François Ier. La sentinelle « s’oppose » et « s’impose » ainsi au château, comme symbole de la domination (aisée et tranquille) de l’homme allemand sur la culture française.

Par une sorte de juxtaposition de plans et de tons, le soldat et les éléments du véhicule opposent leur modernité et leur réalité immédiate, presque performante (mécanique bien lustrée, uniforme, fusil) au château renaissance. Presque facile et insouciante (voir le visage détendu du soldat, et le fait que ce dernier soit seul pour garder le passage), cette occupation n’est donc pas pour autant insignifiante : Une sentinelle allemande devant le château de Chambord renvoie bien à la présence victorieuse et tranquille de la modernité militaire, concrète et technique sur un territoire de « culture » archaïque et dépassé.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • AZEMA, Jean-Pierre, De Munich à la Libération, 1938-1944, Paris, Éditions du Seuil, 1979.
  • AZEMA, Jean-Pierre et WIEVIORKA, Olivier, Vichy, 1940-1944, Paris, Perrin, 1997.
  • CORCY, Stéphanie, La vie culturelle sous l’occupation, Paris, Perrin, 2005.
  • LABORIE, Pierre, Les Français sous Vichy et l'Occupation, Paris, Milan, 2003.
  • PAXTON, Robert, La France de Vichy, 1940-44, Paris, Éditions du Seuil, 1973.

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