© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Agar chassée par Abraham.
Auteur : Horace VERNET (1789-1863)
Date de création : 1837
Dimensions : Hauteur 82 cm - Largeur 65 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée des Beaux-Arts de Nantes (Nantes) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00-012832 / INV1213
Vernet exerçait en 1833 les fonctions de directeur de l’Académie de France à Rome lorsqu’il découvrit l’Algérie dont la France amorçait la conquête. Parti découvrir des « sujets d’actualité », il y eut surtout l’intuition quelque peu hallucinée d’une immuabilité absolue du monde arabo-musulman le plaçant encontact immédiat avec le décor, les physionomies et les tenues de la Bible du temps des patriarches ou du Christ. Réitérée par plusieurs voyages en Afrique du Nord et au Moyen-Orient entre 1837 et 1854, cette expérience fondatrice qui lui faisait écrire de retour de son premier voyage au Maghreb « Rien ne peut mieux donner une idée de nos pères dans les plaines de Canaan. C’était Jacob et toute la Genèse (…) si j’avais le talent d’en tirer parti, quel beau tableau on pourrait faire ! » le conduisit à s’engager sur la voie d’un renouvellement de la peinture religieuse à la fois revivifiée et rendue plus authentique au contact d’un Orient immuable. Faisant œuvre de théoricien, Vernet défendit ses vues contre ses détracteurs dans son essai artistico-ethnographique « Des rapports qui existent entre le costume des anciens Hébreux et celui des Arabes modernes » publié en 1848 dans L’Illustration et lu à l’Académie des Beaux-Arts en janvier de la même année.
Tirée d’un épisode biblique (Genèse, XVI, XXI) fréquemment représenté par les artistes entre le XVIIe et le XIXe siècles, le tableau représente la répudiation par Abraham d’Agar et de leur fils Ismaël. Longtemps demeurée stérile, Sarah femme d’Abraham a encouragé l’union de son mari avec sa servante égyptienne Agar. Une intervention divine donne finalement un enfant légitime au couple - Isaac - ce qui entraine le bannissement de la servante et de son fils vers le désert où les anges les sauveront de la mort. Après cet autre sujet de l’Ancien Testament qu’était Rébecca à la fontaine présenté au Salon de 1835 immédiatement consécutif à l’expérience du voyage en Algérie, Vernet approfondit avec sa Répudiation d’Agar le processus dit « d’arabisation » de la Bible dont il se fera le plus ardent défenseur en France.
Rien ne manque ici, ni la tente bédouine, ni les types et les costumes pittoresques (particulièrement celui d’Abraham, copié sur celui d’un « beau Scheyck [sic] de Bédouins »), qui susciteront l’admiration de Prosper Mérimée. En bon peintre d’histoire, très au fait de la grande tradition académique, Vernet explore la psychologie des protagonistes du drame et joue fortement sur les oppositions en construisant sa composition de part et d’autre d’une grande ligne verticale qui divise la scène en deux. À gauche, du côté de Sarah qui veille jalousement sur Isaac, les élus, l’ordre, la lignée, l’héritage. À droite, promis à la solitude du désert sinon à la mort, Agar et le fils adultérin d’Abraham qui tournent vers ce dernier des regards où se lisent la détresse et l’incompréhension de l’enfant et la douleur muette (et quelque peu dédaigneuse ?) de la concubine trahie. Entre les élus (à la droite d’Abraham) et les réprouvés (à sa gauche) se tient la haute figure du patriarche dont l’attitude inflexible est - à peine - tempérée par l’ombre d’un regret qui passe.
L’opposition entre un Occident réputé essentiellement dynamique et modelé par la notion de progrès et un Orient statique conduit à une répétition perpétuelle, compte certainement parmi les préjugés les mieux ancrés dans la pensée européenne du XIXe siècle. Si elle justifia à certains égards l’entreprise coloniale, elle incita aussi les artistes à interroger sans relâche les formes et les figures de contrées qui offraient la promesse stimulante d’une translation temporelle autant que géographique. L’Orient avait restitué aux yeux de Delacroix « l’Antiquité vivante », Vernet y discerna l’occasion d’une rénovation de la peinture religieuse offrant une alternative au courant néo-gothique, revival médiéval qu’il abhorrait.
Etude en partenariat avec le musée d'art et d'histoire du Judaïsme
Auteur : Alexis MERLE du BOURG