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La toilette d'Esther

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La Toilette d'Esther.

© Photo RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda

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Titre : La Toilette d'Esther.

Auteur : Théodore CHASSERIAU (1819-1856)
Date de création : 1841
Dimensions : Hauteur 45 cm - Largeur 35 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 02-012902 / RF3900

  Contexte historique

Rentré d’Italie l’année précédente, Chassériau qui venait de rompre définitivement avec son maître, Ingres, présenta plusieurs œuvres au Salon de 1842 dont ce petit tableau qui compte, aujourd’hui, parmi ses peintures les plus célèbres. Il suscita pourtant l’incompréhension de la critique qui souligna les qualités de coloriste de l’artiste (à dire vrai surprenantes chez un disciple d’Ingres, parangon de la défense de la primauté du dessin sur la couleur) mais s’émut du climat d’étrangeté qui caractérisait la composition. À 22 ans, Chassériau s’engageait un peu plus avant sur le chemin d’une rénovation de la peinture d’histoire (on hésite à parler de peinture religieuse ici) en s’inscrivant dans un érotisme onirique qui exhalait un capiteux parfum d’orient

  Analyse de l'image

Après avoir représenté Vénus, Suzanne et Andromède, Chassériau poursuivit son exploration des possibilités expressives du nu féminin « héroïsé » en s’intéressant au récit biblique figurant dans le Livre d’Esther qui avait été fréquemment mis à contribution par ses devanciers. Si ces derniers avaient plutôt privilégié l’audience décisive qu’accorde le roi Assuérus à sa belle épouse juive, laquelle risque sa vie pour sauver son peuple promis au massacre, Chassériau choisit de représenter un épisode antérieur et plus rare (Chap. 2).

Pupille de Mardochée, un juif déporté par Nabuchodonosor en Babylonie, Esther a rejoint l’appartement des femmes - La Toilette d’Esther est, au premier chef, une scène de harem avec servante impassible, peau de tigre et coffre à bijoux - dans le palais d’Assuérus qui cherche une nouvelle épouse depuis la répudiation de l’indocile Vashti. Favorisée par l’eunuque Égée (qui apparait ici sous les traits d’un Maure), Esther se pare pour apparaître dans toute sa beauté au cours d’une présentation qui fera d’elle la nouvelle souveraine (une autre scène très prisée des artistes) et l’instrument du salut de son peuple. La composition de Chassériau témoigne, au premier chef, d’une certaine horreur du vide, cette horror vacui qui conduit parfois les peintres à encombrer l’espace pictural jusqu’à l’excès (au point que la servante et l’eunuque se trouvent partiellement « hors champ » ici). Cette impression d’encombrement est encore accrue par l’absence de profondeur d’une scène qui ne se déroule ni véritablement à l’intérieur d’une pièce ni, à proprement parler, à l’extérieur. Au-delà, on relèvera un climat de grande sophistication qui se traduit d’abord par la subtilité du coloris jouant, notamment, sur les différentes valeurs de blanc, du corps nacré d’Esther au tissu, barré d’une étoffe saumonée, qui lui couvre les jambes. Ce climat de préciosité alanguie est amplifié par l’élongation volontaire des proportions (le cou, les bras) et les libertés prises avec l’anatomie qui ne sont pas sans rappeler l’esthétique maniériste durant la Renaissance et, plus près de Chassériau, les fascinantes extravagances et les torsions impossibles d’Ingres.

  Interprétation

Bien avant que Chassériau ne se rende en Algérie en 1846, l’Orient, cet horizon hétéroclite qui alimente alors une part toujours plus substantielle de la création littéraire et figurative occidentale, stimula l’imagination de l’artiste. L’appétit d’exotisme qui sous-tend cet orientalisme rêvé mais non vécu, puisant à toutes les sources (de manière significative, l’Esther du Louvre s’inspire peut-être une Toilette de Vénus de Rubens – coll. prince de Liechtenstein - ce qui expliquerait la blondeur de l’héroïne biblique…) fut aussi le ferment d’une subversion de la tradition artistique et le moyen de l’émancipation de la tyrannie de la « bienséance ». Les romantiques, qui témoignèrent d’un intérêt immédiat pour les thèmes orientaux, ne s’y tromperont pas. Il existe d’ailleurs une convergence profonde de l’Esther de Chassériau avec une autre « belle juive », celle de La Sultane favorite, le poème publié par Victor Hugo dans ses Orientales en 1829. Il est remarquable que la représentation sécularisée de la puissance de séduction de la femme tende nettement, chez Chassériau, à prendre le pas sur l’exaltation d’une Esther pieuse et vertueuse (anticipation de la Vierge dans la tradition chrétienne). Cet érotisme provocant, qui brouille la frontière entre peinture de genre et d’histoire, fait d’Esther une sœur des odalisques qui peupleront les compositions tardives du peintre (Bain au sérail, 1849, Louvre ; Femme mauresque sortant du bain au sérail, 1854, MBA Strasbourg) ou des Pompéiennes lascives de son Tepidarium (1853, Orsay).

Etude en partenariat avec le musée d'art et d'histoire du Judaïsme

Auteur : Alexis MERLE du BOURG


Bibliographie

  • SANDOZ Marc, Théodore Chassériau (1819-1856). Catalogue raisonné des peintures et estampes, Paris, 1974, n° 89.
  • PELTRE Christine, Théodore Chassériau, Paris, 2001, p. 90-92, 119-204.
  • PARIS, STRASBOURG, NEW YORK, 2002-2003, Chassériau – Un autre romantisme, Paris,
    Galeries nationales du Grand Palais, Strasbourg, Musée des beaux-arts de Strasbourg, New York, The
    Metropolitan museum of art, cat. coll. n° 66.

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