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Fête juive à Tétouan

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Fête juive à Tétouan.

© Photo RMN-Grand Palais - J.-G. Berizzi

Agrandissement - Zoom

Titre : Fête juive à Tétouan.

Auteur : Alfred DEHODENCQ (1822-1882)
Dimensions : Hauteur 120 cm - Largeur 90 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 98-013690 / MAHJ95.13.1

  Contexte historique

Face à une Algérie investie par la France depuis 1830, le Maroc reste jusqu’à la fin du siècle une terre peu connue des Occidentaux, hormis Tanger où se trouvent les ambassades. Le jeune Alfred Dehodencq, blessé lors des événements de 1848, part en convalescence dans les Pyrénées, puis s’installe en Espagne, où il s’enflamme pour la lumière et la couleur. L’Espagne est alors à la mode dans les arts. Mais c’est un périple qu’il a l’occasion de réaliser en 1853 au Maroc qui est pour lui une révélation, à l’instar d’Eugène Delacroix, dont le séjour de 1832 a durablement marqué l’œuvre. Installé à Cadix avec son épouse espagnole, Dehodencq retourne fréquemment au Maroc et réalise de nombreuses peintures à Tanger et à Tétouan, dans le nord du pays. À l’exemple de Delacroix, la communauté juive marocaine l’inspire particulièrement. Au XIXe siècle, elle était l’une des plus importantes dans le monde arabe. Ses membres vivaient souvent dans des mellah, quartiers clos qui leur étaient réservés, comme à Tétouan. Comme dans les autres pays arabes, les juifs marocains étaient soumis à la dhimma, c’est-à-dire à des règles contraignantes et vexatoires. Dehodencq peignit plusieurs scènes de mariages juifs, une Exécution de la juive et d’autres scènes comme La Justice du pacha (1866, Bagnères-de-Bigorre, musée des Beaux-Arts Salies), dont les protagonistes juifs sont reconnaissables à leur costume sombre.

  Analyse de l'image

La scène se passe dans la rue principale du mellah, aisément reconnaissable puisqu’elle figure sur des gravures et photographies contemporaines. La peinture représente une procession annuelle des juifs de Tétouan, autorisés à parcourir la ville en raison d’un service rendu. Le cortège festif est emmené par quelques musiciens : le personnage central joue d’un instrument à cordes frottées appelé « rebab », son voisin l’accompagne à l’oud, tandis que, derrière eux, deux hommes font sonner des sortes de tambourin. Une foule nombreuse et agitée les entoure, tandis que des femmes se sont massées sur les terrasses qui bordent la rue pour assister au spectacle.

Cette fête a inspiré une autre œuvre à Dehodencq en 1859. La scène a lieu dans la même rue, mais un cadrage plus large montre quelques gardes arabes armés de fusils qui encadrent la manifestation – et révèlent la surveillance dont les juifs faisaient l’objet dans la société marocaine. Ici, le peintre a concentré toute son attention sur l’exubérance de la fête, dont le mouvement et les couleurs viennent souligner une musique et des cris que l’on pourrait presque entendre.

  Interprétation

La force d’expression de la peinture de Dehodencq fut soulignée par Théophile Gautier qui, à propos d’un des premiers tableaux marocains (Concert juif chez le caïd marocain) de l’artiste, notait « une étonnante aptitude ethnographique, un sentiment profond des races ». Jugeant « les têtes des musiciens juifs […] d’une vérité surprenante », le critique relevait combien les voyages avaient permis aux artistes de s’éloigner des « types de convention » qui fixaient « le même caractère aux Grecs, aux Turcs, aux Espagnols, aux Arabes, aux Allemands, aux Hollandais ». Cette expressivité des physionomies, ainsi que les mouvements des personnages, les couleurs vives et contrastées, décrivent une société juive nord-africaine vivante, exubérante, dont le peintre a souhaité rendre tout le piquant.

Étude en partenariat avec le musée d’Art et d’Histoire du judaïsme

Auteur : Nicolas FEUILLIE


Bibliographie

  • SEAILLES Gabriel, Alfred Dehodencq, l’homme et l’artiste, Paris, Société de propagation des livres d’art, 1910.
  • Les Juifs dans l'Orientalisme, Paris, Musée d'art et d'histoire du Judaïsme / Skira Flammarion, 2012.

Commentaires

Très belles images. Ce qui est encore plus intéressant c'est l'approche que vous apportez aux différents tableaux que vous proposez.
vici421
Par vici421 le 16/05/15 à 20h40 - #3096

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