© Musée des beaux-arts de la ville de Troyes - Photo J.-M. Protte
Titre : Juive d’Alger.
Auteur : Charles CORDIER (1827-1905)
Dimensions : Hauteur 91 cm - Largeur 64 cm
Technique et autres indications : Bronze, bronze émaillé, marbre, onyx et porphyre
Lieu de Conservation : Musée des Beaux-Arts (Troyes) ; site web
Contact copyright : Musée des beaux-arts de la ville de Troyes. Rue de la Cité 10000 Troyes ; site web
Référence de l'image : D.879.2
Après la campagne d’Égypte de Bonaparte (1798-1801), le début de la conquête de l’Algérie (1830), la France et la Grande-Bretagne étendent progressivement leur influence sur le sud de la Méditerranée. L’expansion coloniale facilite le développement des études des populations exotiques, ce que l'on appelle alors des « races ». En 1839 est créé la Société ethnologique à Paris, puis en 1859 la Société d’anthropologie. Naturalistes, géographes, médecins s’intéressent aux peuples d’ailleurs. Si l’esclavage est officiellement aboli en France en 1848, le débat sur la place des peuples est toujours vif. L’Essai sur l’inégalité des races de Gobineau, qui marque le début du « racisme » moderne, est publié en 1853-1855, tandis que L’Origine des espèces de Darwin, dont les thèses seront reprises et déformées par les théories de l’inégalité entre les peuples à la fin du siècle, est traduit en France en 1862. L’épopée de la « Vénus hottentote » (de son vrai nom Saartjie Baartman), exhibée dans toute l’Europe en 1814, prélude au développement des zoos humains tout au long du siècle. La « galerie d’anthropologie » qui ouvre au sein du Museum d’histoire naturelle dans les années 1850 se veut une vitrine pour les nouvelles découvertes. Des artistes voyageurs sont alors sollicités pour ramener des portraits d’hommes et de femmes des contrées qu’ils foulent. C'est dans ce contexte que Charles Cordier obtient en 1856 une mission en Algérie, afin d’y « étudier, du point de vue de l’art, les différents types de race humaine indigène ». Suite à ce séjour, il produit douze bustes d’Algériens, qu’il expose au Salon de 1857. Poursuivant sur sa lignée ethnographique, il réalise quelques années plus tard cette Juive d'Alger.
L'emploi d'une forme en buste pour ce portrait de femme n'éloigne guère Charles Cordier de la tradition classique, non plus que la pose du modèle, la tête légèrement inclinée sur la droite. L'emploi de la polychromie représente une innovation plus importante, résultant d'un assemblage savant de différentes pierres, marbre, onyx et porphyre, et du bronze pour la tête, lequel est émaillé sur la coiffe et la robe. Mais surtout, à l'instar de ses autres bustes d'Algériens, Cordier s'est attaché à rendre, dans tout son particularisme et ses détails, la physionomie autant que le costume de son modèle. On pourra ainsi admirer le vêtement minutieusement rendu grâce en particulier au travail de l’émail de cette Juive d'Alger.
Charles Cordier vantait ses portraits exotiques en disant : « le beau n’est pas propre à une race privilégiée ; j’ai émis dans le monde artistique l’idée de l’ubiquité du beau. Toute race a sa beauté qui diffère des autres races. » Dès son premier portrait d'un Noir africain, Saïd Abdallah, de la tribu Mayac, royaume du Darfour, et dans ses figures d'Algériens, l'artiste sut rendre la noblesse des caractères de ses modèles, en valorisant leur exotisme, loin des considérations méprisantes qui avaient souvent cours. En choisissant une femme pour représenter la communauté juive d'Algérie, il sacrifiait sans doute à l'image répandue d'une « beauté hébraïque » (l'expression est de Théophile Gautier), mystérieuse et lointaine. En l’occurrence, ce sont les traits extrêmement classiques de cette figure qui frappent, donnant corps à l'idée, souvent énoncée par les voyageurs, d'une antiquité biblique restée vivante en Orient.
Etude en partenariat avec le musée d'art et d'histoire du Judaïsme
Auteur : Nicolas FEUILLIE