© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais - Photo musée de l'Armée
Titre : Populations abandonnées, faites confiance au soldat allemand !
Auteur : Theo MATEJKO (1893-1946)
Date de création : 1940
Dimensions : Hauteur 123 cm - Largeur 87 cm
Technique et autres indications : Papier, impression
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-541603 / Gg 1
La première affiche de la propagande allemande diffusée en France
L’armistice du 22 juin 1940 rend officielle la défaite de la France face aux nazis. La « zone occupée » qui correspond à la moitié nord et à la côte atlantique passe sous occupation allemande, tandis que la « zone libre », située au sud de la Loire, relève directement du Gouvernement de Vichy. Si la Souveraineté française s’exerce en principe sur l’ensemble du territoire (sauf en Alsace et en Moselle), la puissance occupante soumet dans les faits le pays à sa domination et à ses décisions.
La propagande allemande peut donc désormais s’exercer sur le territoire. Réalisée et diffusée à grande échelle dès les premiers jours de l’occupation, l’image "Populations abandonnées, faites confiance au soldat allemand!" ici étudiée constitue justement la première affiche éditée en France par la puissance occupante.
A ce titre, elle présente une valeur documentaire inappréciable, qui nous renseigne sur la politique de diffusion idéologique que le IIIème Reich entend mettre en œuvre pour conserver et organiser son nouveau pouvoir en France. Hautement significative, elle nous permet aussi de mieux comprendre la réalité immédiate impliquée dès les premiers jours de la défaite. Le graffiti « Et quoi encore ? EC 1940 » qui lui est ajouté pose quant à lui la question de la réaction de la population française à ce nouvel état de fait.
Une scène idéalisée et « familiale »
Dessinée par l’illustrateur Théo Matejko (1893-1946), l’affiche "Populations abandonnées, faites confiance au soldat allemand!" est imprimée en grand format (123X87 cm) et placardée sur de nombreux murs dès la fin du mois de juin 1940.
Le dessin central est accompagné d’un slogan écrit en grandes lettres noires et rouge écrit en français, disposé en haut (Populations abandonnées,) et en bas (faites confiance au soldat allemand!) de l’image. Cette dernière représente un soldat allemand (vêtu de son uniforme de la Wehrmacht) en compagnie de trois petits enfants français (voir le béret). Beau, grand, solide, les cheveux et les yeux clairs, ce soldat « idéal » selon les critères nazis est aussi souriant et bienveillant. Il porte dans ses bras un garçonnet qui mange avec joie une tartine, tandis que deux fillettes à la fois timides et désormais rassurées se tiennent à ses côtés. On remarque par ailleurs que ces deux dernières regardent le garçon (et la tartine) avec convoitise. Ecrite à même l’affiche avec du charbon, Le graffiti « Et quoi encore ? EC 1940 » est l’œuvre d’E. Criks, bijoutier à Paris, qui l’a conservée jusqu’à la fin de la guerre.
De l’ennemi au recours
Ecrit en Français et directement destinée à la population, l’affiche "Populations abandonnées, faites confiance au soldat allemand!" entend faire comprendre à cette dernière que le soldat allemand ne doit désormais plus être considéré comme un ennemi, mais comme un recours protecteur et nourricier pour les familles françaises « abandonnées » par leurs « chefs ».
Populations abandonnées (le constat accablant constitue, en haut, la première partie du message) en effet, puisque la défaite de juin a entraîné la retraite désorganisée de l’armée ainsi que l’exode massif de civils fuyant les nazis (faisant des routes du Nord de la France un gigantesque chaos) tandis que le gouvernement, les administrations et les autorités locales fuyaient ou tentaient de fuir vers le sud, laissant les populations démunies et désorganisées face à l’occupant.
Soucieux de rétablir l’ordre au plus vite, les autorités allemandes entendent donc engager rassurer les civils (faites confiance au soldat allemand!, deuxième partie du message en diptyque, qui intervient comme la réponse à la première, en bas) en montrant par l’image que l’occupation peut être bénéfique, bienveillante (et même préférable à la situation antérieure) pour peu que l’on fasse confiance (au lieu de se révolter) aux allemands, nouveaux chefs plus solides (carrure du soldat) et plus fiables que les anciens.
Sans être forcément représentatif de l’état d’esprit de l’ensemble des français, le graffiti « Et quoi encore ? EC 1940 » montre, quant à lui, que les populations encore stupéfaites considèrent encore les allemands avec défiance, n’acceptant l’occupation que par contrainte.
Auteur : Alexandre SUMPF