Tourisme à la fin du XIXe (4 oeuvres)
© Ministère de la Culture - Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / Jean Gilletta
Titre : La Croisette : hôtels, plage et cabines de bains.
Auteur : Jean GILETTA (1856-1933)
Technique et autres indications : négatif verre au gélatino-bromure d'argent
Lieu de Conservation : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 10-514711 / GLT01522
Naissance de la Croisette
Petite bourgade au début du XIXe siècle, la ville de Cannes devient célèbre lorsque le Grand Chancelier d’Angleterre Lord Brougham and Vaux décide de s’y faire construire une résidence en 1834. A partir de l’inauguration de sa villa Eleonore en 1836, le petit port de pèche attire l’aristocratie anglaise puis européenne et devient un lieu de villégiature hivernale très réputé. Dans le vieux centre existant ou dans de nouveaux quartiers, les demeures, villas et châteaux transforment la cité, tandis que la croisette, aménagée entre 1856 et 1863 accueille ses premiers hôtels et établissements de luxe.
Avec l’inauguration de la ligne de chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée qui relie Cagnes-sur-mer en 1863 et le développement d’un tourisme d’été moins sélectif, Cannes voit sa population comme son activité augmenter considérablement et régulièrement durant toute la première partie du XXe siècle, notamment pendant les « années folles » de 1920 et 1930. C’est de cette époque que date de la photographie ici à l’étude La Croisette : hôtels, plage et cabines de bain, réalisée par le photographe et éditeur de cartes postales, Jean Gilletta (1856-1933).
Véritable image de carte postale et d’ailleurs largement diffusée sous ce format en France et partout dans le monde, cette photographie contribue à ancrer dans les représentations et les esprits l’image d’une ville moderne, festive, mondaine et luxueuse.
Plage et palaces
Pour représenter la Croisette dans son ensemble, Gilletta choisit un point de vue élevé (terrasse du toit d’un hôtel ou d’un grand bâtiment) offrant une belle perspective. Sur la gauche de l’image, on aperçoit les palaces construits à la fin du XIXe siècle : le célèbre Carlton (début d'inscription visible sous un des deux dômes) datant de 1911, le Miramar (inscription visible aussi), l’Hôtel Gonnet, l’Hôtel Martinez, le Grand Hôtel le Cercle Nautique ainsi que des villas.
Bordée de palmiers, la promenade s’étend le long de la plage, en léger arc de cercle. Si elle est fréquentée par quelques automobiles et quelques promeneurs, elle reste assez vide comparée à la plage. Une sorte de parking accueille les voitures des touristes, tandis que le bord de mer est littéralement recouvert de parasols, de cabines et d’estivants.
Délimitées par des pontons, les zones de baignade laissent voir une eau claire et lumineuse, dans laquelle se plongent de nombreuses personnes.
Le cœur de Cannes
En choisissant de représenter le cœur et le symbole de la ville, l’auteur de La Croisette : hôtels, plage et cabines de bain entend signifier et montrer à tous l’essence de Cannes. Les éléments visibles (plage, avenue, palaces ostentatoires), la situation de la scène (une journée d’été), ainsi que le choix de la prise de vue permettent ainsi de symboliser une destination qui se veut à la fois urbaine, moderne et fastueuse.
Une modernité notamment perceptible dans la forme des bâtiments les plus récents et dans la présence assez importante d’automobiles. Assez luxueuses, ces dernières rappellent aussi que les touristes, même estivants (les aristocrates et les plus fortunés continuant de venir surtout l’hiver) sont encore issus des classes les plus aisées.
A travers cette vue de la Croisette et de la plage « en activité » Gilletta présente enfin une ville au développement dynamique. Alors qu’une série de constructions et d’aménagements (tramway, casino) engagées dans les années 1920 achèvent d’en faire un haut lieu de loisirs, de jeu et de soirées mondaines, le photographe suggère assez habilement qu’elle est à la fois un lieu de détente (la plage) et une cité d’énergie ou d’effervescence.
Auteur : Alexandre SUMPF