Tourisme à la fin du XIXe (4 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Titre : La Bouée rouge, Saint-Tropez.
Auteur : Paul SIGNAC (1863-1935)
Date de création : 1895
Dimensions : Hauteur 81 cm - Largeur 65 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00-007693 / RF1957-12
La découverte de Saint-Tropez
En 1892, Paul Signac (1863-1935) découvre Saint-Tropez à bord de son yacht l’Olympia, avec lequel il parcourt régulièrement les bords de mer et les ports de la côte méditerranéenne. Très vite, il s’attache à ce petit village de pêcheurs et y achète une maison, dont il fait rapidement son atelier.
Bientôt fréquenté par de nombreux peintres comme Derain ou Matisse, Saint-Tropez acquiert un début de notoriété. A l’instar de La Bouée rouge, Saint-Tropez exécutée en 1895, les nombreuses toiles du site (ainsi que la présence d’artistes) contribuent en effet à faire connaître le petit port « pittoresque » : si l’endroit reste encore peu fréquenté au tournant du XXe siècle, il devient peu à peu une étape mondaine.
Plus largement, de telles représentations participent à « l’invention de la côte d’azur » dans les représentations et les imaginaires. Lieu authentique de détente, de couleurs, de soleil, d’inspiration et de vie artistiques, Saint-Tropez s’impose ainsi progressivement comme une destination à part entière dans des imaginaires récemment éveillés aux loisirs et au tourisme.
Vue du port
Structurée par le jeu des contrastes et une habile composition, La Bouée rouge, Saint-Tropez est à la fois lumineuse, dense et joyeuse. Le bleu azur du ciel qui constitue le fond de la scène est comme barré au second plan par la rangée des maisons de couleurs ocres, orangée et rose, rappelées par ailleurs dans la voile d’un des bateaux.
Plus proche de nous, l’étendue d’eau bleutée qui occupe une large partie de la surface du tableau n’est pas uniforme, puisque les reflets des habitations continuent d’en rompre la couleur (de manière nette à droite, plus diffuse à gauche) rejouant ainsi le contraste déjà évoqué.
Au premier plan, la bouée rouge orangé (troisième rappel de ce ton) attire le regard et organise la vue de l’ensemble.
Saint-Tropez revisité
Avec La Bouée rouge, Saint-Tropez, Signac signe l’une des ses plus grandes toiles néo-impressionniste. Théorisée par l’artiste lui-même, l’approche picturale se veut « scientifique », qui ne rend plus l’impression directe, spontanée et première, mais la recrée en atelier à partir d’études. Usant de la division des tons et du « mélange optique » de touches colorées (le mélange des couleurs se faisant uniquement par le regard du spectateur), la technique est ici déjà divisionniste et presque pointilliste.
En traduisant de la sorte l’espace et la lumière, l’artiste donne une représentation inédite et étonnamment moderne d’un site « traditionnel », serein et paisible. A travers le décalage entre le motif banal et classique de la scène (un petit port et sa bouée, où rien ne semble se passer et où rien ne semble devoir changer) et la manière dont elle est traitée, Saint-Tropez est comme revisité, réinventé.
S’il dispose de tous les attributs symboliques associés au lieu (azur, mer, bateaux, bouée, maisons et couleurs attendues du sud), le village intemporel et pittoresque n’est pas pour autant un « cliché » usé, et dispose donc d’un fort potentiel imaginaire.
Auteur : Alexandre SUMPF