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Une utilité pour l’aviation ? Usages guerriers de l’aéronautique

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Revue du 14 juillet.

© Cliché Bibliothèque Nationale de France

Agrandissement - Zoom

Titre : Revue du 14 juillet.

Date de création : 1912
Date représentée : 14 juillet 1912
Dimensions : Hauteur 13 cm - Largeur 18 cm
Technique et autres indications : Département Estampes et photographie; BnF
Lieu de Conservation : Bibliothèque nationale de France (Paris) ; site web

  Contexte historique

L’avion comme nouvel objet technique n’a, à ses débuts, aucune utilité préétablie. Non seulement il ne remplace pas réellement une fonction remplie auparavant d’une autre manière, mais surtout, sa technologie encore rudimentaire ne lui permet pas d’accomplir d’office particulier. Les moteurs sont lourds et de faible rendement, limitant la charge que l’appareil peut supporter et la distance qu’il peut parcourir. La fragilité des machines, qui demandent une mise au point approfondie avant chaque départ, rend les vols extrêmement risqués et réclame des pilotes chevronnés ayant des compétences avancées de mécanicien et d’ingénieur. Les infrastructures (hagards, pistes) inexistantes doivent êtres créées de toute pièce.

La viabilité de l’aviation et notamment la possibilité de trouver des débouchés économiques à cette invention dépendent ainsi de l’amélioration des performances des appareils et de la mise en place d’une filière industrielle et technique nouvelle. Les spécificités de l’aéronautique nécessitent en effet le développement de technologies et de matériaux inédits adaptés aux contraintes de la navigation aérienne : des moteurs légers, mais puissants et fiables, et peu gourmands en combustible ; des structures porteuses et un fuselage à la fois souples, pour absorber les remous et les tiraillements, extrêmement résistants, pour supporter les pressions et le choc de l’atterrissage, et de faible poids afin de ne pas alourdir inutilement l’appareil ; des commandes permettant de jouer et se déplacer dans trois dimensions ; des formes aérodynamiques augmentant la stabilité et la portance de l’avion...

  Analyse de l'image

C’est de la sorte l’armée qui offre un des premiers débouchés à l’aviation. Dans le contexte de la montée des nationalismes et de la militarisation qui précède la Première Guerre mondiale, la navigation aérienne présente un nouvel atout à ne pas négliger. Dès 1909, l’armée achète quelques appareils par curiosité puis investit rapidement des moyens financiers, humains et techniques pour perfectionner l’invention et l’adapter à un usage militaire. Après des essais pendant les manœuvres et autres exercices, elle met en scène cette arme nouvelle lors des revues destinées à exhiber la puissance militaire de la nation.

Le cliché de la parade 14 juillet 1912, montre ainsi un avion passant dans le ciel, en même temps que deux dirigeables, au dessus d’une troupe de cavaliers. La « quatrième arme » est présentée aux cotés de la cavalerie, de l’infanterie et de l’artillerie, témoignant bien de son intégration au sein des forces militaires. La monstration simultanée des produits de l’aérostation et de l’aviation est significative : les avions étaient conçus pour rendre les mêmes services que les dirigeables. Ils devaient surtout effectuer des missions d’observation et de reconnaissance à distance courte, pour orienter les offensives et les tirs sur les champs de bataille, et longue, pour anticiper les mouvements de l’ennemi et élaborer des stratégies d’attaques ou de riposte. L’armée expérimentait également l’avion comme arme de combat en embarquant des mitrailleuses ou des fusils afin de faire la chasse à la flotte aérienne ennemie ou venir en aide aux troupes. Enfin, la possibilité de raids aériens visant à bombarder des cibles stratégiques était aussi étudiée.

  Interprétation

La déclaration de la Première Guerre mondiale donne à l’aviation l’occasion d’améliorer ses performances et de prouver ses mérites militaires. Bien que les premiers essais aient été peu concluants en raison de problèmes logistiques, de la fragilité des appareils et de leur vulnérabilité aux tirs, les aéroplanes apparaissent, après de multiples adaptations et perfectionnements, supérieurs aux dirigeables : plus rapides, mobiles et discrets, ils possèdent un rayon d’action supérieur et sont, avec leur blindage, moins vulnérables.

Si l’aviation n’a pas été une arme décisive de la guerre, qui est restée terrestre et a engagé essentiellement les fantassins et l’artillerie, son action eut néanmoins un fort retentissement. Le bombardement de l’usine chimique de Ludwigshafen-su-Rhin en 1915, en réponse à l’attaque de nuit de Londres par des dirigeables allemands, frappe en particulier les esprits, laissant présager le futur danger aérien tandis que les pilotes de chasse, à l’image de Guynemer, sont de véritables héros aux yeux de la population. Cet écho permet à la navigation aérienne de s’installer durablement dans les esprits, après l’effervescence née des premiers vols humains, et de poursuivre son insertion dans le tissu social et économique.

Il y a ainsi, pour un regard contemporain, un caractère prémonitoire dans cette photographie : l’usage guerrier de l’aviation qui y est mis en scène fait écho à son devenir et son importance future dans les conflits armés – pendant et surtout après la guerre de 14-18 – tandis que la place minuscule de cavalerie, surplombée par ces géants des airs, paraît à la fois incongrue et dérisoire, comme si le photographe avait pressenti la fin d’un type de combat, celui des batailles rangées à cheval, que signe précisément la Grande Guerre.

Auteur : Claire LE THOMAS


Bibliographie

  • AUDOIN-ROUZEAU Stéphane, BECKER Annette : 14-18, retrouver la guerre, Paris, Gallimard, 2000.
  • CHADEAU, Emmanuel : Le rêve et la puissance. L’avion et son siècle, Paris, Fayard, 1996.
  • L’épopée de l’aviation, Histoire d’un siècle, 1843-1944, Paris, DEFAG, L’Illustration, « Les grands dossiers de l’Illustration », 1987.

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