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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Plaisirs aux Barrières

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Barrière de Clichy.

© Photo RMN-Grand Palais - F. Raux

Agrandissement - Zoom

Titre : Barrière de Clichy.

Date de création : 1839
Technique et autres indications : Photolithographie
Decaux, Ch., et Aubert et Cie, imprimeurs à Paris
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-569404 / 50.9.97C

  Contexte historique

Paris des Barrières

Dans le premier tiers du XIXe siècle, Paris grandit vite : 547 000 habitants en 1801, le million est atteint en 1841 (936 000 habitants, 1 060 000 avec la petite banlieue). Il s’agit de Paris intra muros, encore enfermé dans ses barrières du XVIIIe siècle, dit « mur des fermiers généraux ». Les barrières sont des points de passage dans le mur. Un bureau d’octroi y est installé afin de taxer les marchandises qui rentrent en ville. L’Assemblée constituante avait supprimé ces octrois par la loi des 19-25 février 1791. Le Directoire les rétablit par la loi du 26 germinal an V ; le Consulat les confirme par la loi du 24 avril 1806. Désormais les caisses toujours percées de l’Etat et de la Ville se remplissent avec ces contributions indirectes pesant sur la consommation (boissons et liquides, comestibles, combustibles, fourrages et matériaux).

Le « mur murant Paris rend Paris murmurant » disait-on au XVIIIe siècle et l’on sait que la Révolution a commencé par la mise à sac de plusieurs bureaux d’octroi. La barrière est donc une porte dans la ligne du mur, un point sensible entre taxation et libre circulation, entre oppression et liberté. Tout au long de ce premier XIXe siècle, agité par des crises sociales et économiques à répétition et une crise politique récurrente, la barrière ne peut être qu’un lieu sensible. Ainsi, au Nord-Ouest, en direction de Clichy-la-Garenne, s’élève une barrière de 1400 mètres de long entre les forts Philippe et Clichy, que l’on passe par une porte dite « barrière de Fructidor », grand bâtiment à la grecque avec deux péristyles de 6 colonnes chacun. Ce lieu a connu un épisode fameux de résistance à la progression des alliés anti-napoléoniennes : la garde nationale du général Moncey a tenu face au contingent russe en mars 1814 (le tableau d’Horace Vernet date de 1820) . Sous Louis-Philippe, avant la barrière, se développe au pied du mur, tout un commerce non imposé, fait de débits de boissons, marchands de vin, épiceries, toutes « guinguettes », accompagnées de manifestations d’émotions collectives – discours, danses, chants, fumeries, alcoolisations – en plein air, en pleine liberté, quand ce n’est pas en pleine licence.

  Analyse de l'image

Liberté et licence

L’inscription « sortie de la prison pour dettes vers la liberté. Que la vie est jolie ! » dit tout. L’homme au centre de la composition vient donc de sortir de la prison, dans laquelle ses créanciers l’ont fait tomber. Il s’agit sans doute de l’annexe de la prison de Sainte-Pélagie, surpeuplée de prisonniers politiques, sise justement au 70 de la rue de Clichy. Bien habillé, il célèbre en bonne compagnie sa remise en liberté. Ce pourrait être une nouvelle forme du personnage populaire de Robert Macaire, un fripon qui a du bagout. De l’autre côté de la barrière symbolique, la verte nature symbolise la liberté retrouvée.

La vie libre est « jolie » car elle est fête. Tous les plaisirs sont représentés à l’image : le jeu (avec les cartes), la beuverie (flutes et bouteilles de champagne), la fume (l’homme tient un cigare, une femme porte cigarette aux lèvres), l’amitié ou du moins le compagnonnage (l’homme au chapeau haut de forme), le sexe avec ces deux « grisettes », lingères (le sac de linge est à terre) qui se laissent aller aux plaisirs faciles, qui se laissent griser dans tous les sens.

  Interprétation

Le désordre ambiant – chaise renversée, bouteille décolletée, habit à terre, nappe froissée – indique sans doute qu’une fois passée la barrière, on peut passer les bornes de la bienséance et que la licence voisine la liberté. Elle veut peut-être signifier aussi que le peuple prétend au bonheur, à la belle vie, refusant d’être enfermé et taxé dans ses produits de plaisir. Au delà de l’octroi commence la démocratie et la fraternité. Bien des dessinateurs du temps, comme Daumier, Gavarni ou Bertall, les réclament non à cor et à cris, mais à palette et pinceaux. La question sociale ne peut être posée par l’imposition de la censure après 1835 ; elle réapparaît donc dans la satire des mœurs. D’ailleurs en 1848, la révolution naîtra d’une nouvelle revendication d’égalité et de liberté.

Auteur : Didier NOURRISSON


Bibliographie

  • ALLARD, Paul, « Satire des mœurs et critique sociale dans la caricature française de 1835 à 1848, in P. Régnier (dir.), La caricature entre République et censure. L’image satirique en France de 1830 à 1880 : un discours de résistance ?, Lyon, Presses Universitaires (PUL), 1996, p.171-181.
  • JARDIN, André, TUDESQ, André-Jean, la France des notables, 1815-1848, t.1 : évolution générale, t.2 : la vie de la nation, Paris, le Seuil, coll. Points Histoire, 1973.
  • Le véritable conducteur parisien (Richard, édition de 1828).
  • ROBERT, Hervé, La monarchie de juillet, Paris, Presses Universitaires de France (PUF), coll. Que sais-je ?, 2000.

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