© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet
Titre : Lecture de la tragédie de "l'orphelin de la Chine" de Voltaire dans le salon de madame Geoffrin.
Auteur : Anicet Charles Gabriel LEMONNIER (1743-1824)
Dimensions : Hauteur 129 cm - Largeur 196 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Malmaison (Rueil-Malmaison) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94-042049 / MM.59-3-1
Une sociabilité aristocratique et mondaine
Commande de Joséphine Beauharnais, ce tableau du peintre Lemonnier a été exposé au Salon de 1814. Le but de ce portrait de groupe est de fixer pour la postérité tous ceux qui ont compté sur la scène mondaine, philosophique et artistique parisienne au cours du siècle des Lumières, bien au-delà des membres qui ont effectivement formé la société de Mme Geoffrin.
Les salons qu’on nomme alors significativement « sociétés » sont en effet l’une des principales composantes de la sociabilité mondaine du XVIIIe siècle dont le XIXe siècle cultive la nostalgie. Si le divertissement lettré et la recherche du bon mot sont au cœur de cette sociabilité aristocratique, la maîtrise de soi et du savoir vivre mondain sont essentiels au bon fonctionnement de la société salonnière. Chacun doit s’y faire valoir et reconnaître tout en respectant les autres invités. Lorsque les conversations s’échauffent, l’hôtesse intervient pour mettre fin aux débats et changer de conversation. Dans ces conditions, certaines figures des Lumières, comme le mathématicien d’Alembert, coéditeur des premiers tomes de l’Encyclopédie avec Diderot, sont autant recherchées pour leur sens de l’humour et leur bonne compagnie que pour la fulgurance de leur esprit. Comme le reconnaît lui-même d’Alembert, « en Angleterre, on se contentait que Newton fût le plus grand génie de son siècle ; en France, on aurait aussi voulu qu’il fût aimable ». Les salons ne décident pas des carrières académiques ni des positions dans la République des Lettres, mais ils font et défont des réputations (dans le cas de Jean-Jacques Rousseau qui n’arrive pas à se soumettre à leur jugement en termes de bon goût et de performances).
Portrait de groupe des Lumières
La scène se situe dans un salon richement décoré de tableaux et de tapis, celui de Mme Geoffrin, épouse du directeur de la manufacture des glaces (Saint-Gobain). L’hôtesse, que l’historiographie américaine nomme également salonnière, accueille dans le cadre confortable du salon les habitués de sa « société ». Elle y convie les visiteurs de marque, notamment dans le cas des salons parisiens, les voyageurs étrangers de conditions qui ont pris soin de se munir de lettres de recommandation. Les hôtesses les plus célèbres associent aux hommes de lettres et aux artistes, des puissants –ici des ministres comme Turgot, Malesherbes ou des figures de l’aristocratie comme le maréchal duc de Richelieu. Elles ont aussi le souci de réunir des invités dont les caractères sont compatibles. On reconnaît ici notamment : Georges Louis Leclerc comte de Buffon, Mlle de Lespinasse (autre salonnière célèbre), Jean le Rond d'Alembert, Carle Van Loo, Claude Adrien Helvetius (dont l’épouse tenait un salon réputé), le prince de Conti, le baron de Montesquieu, Dortous de Mairant, Anne Robert, Louis Turgot, Denis Diderot, François Quesnay, le comte de Caylus (célèbre amateur), Jacques Germain Soufflot, le duc de Choiseul, Jean Philippe Rameau, Jean-Jacques Rousseau, l’abbé Raynal, Marivaux, Françoise de Graffigny, René Antoine Réaumur ou encore Mme du Bocage.
Dans ce tableau de groupe des Lumières à leur zénith, le buste du patriarche de Ferney, Voltaire, au génie duquel les participants payent ici un tribut symbolique en lisant sa tragédie L’Orphelin de Chine, trône au centre de la scène.
Histoire des Lumières et fiction artistique
Cette œuvre souvent dénommée « Le salon de Madame Geoffrin en 1755 » est l’une des représentations des Lumières européennes les plus fréquemment sollicitées. L’espace privé rencontre l’espace public, les gens de lettres et du monde prennent la pose pour immortaliser un commerce de société épanoui, où le divertissement lettré et la chronique mondaine s’associent harmonieusement, sans que chacun ne se sente contraint par des normes de comportement et d’être en société auquel il se soumet librement. L’identification des présents et des absents, des figures attendues du cosmopolitisme des lettres et de l’aristocratie rassure : les Lumières sont à leur apogée, Paris est leur scène de prédilection, ses salons sont courtisés par toute l’Europe des Lettres et du goût. Pourtant cette scène n’a jamais eu lieu, c’est une reconstruction a-posteriori des Lumières en majesté, à la gloire d’un des principaux salons du XVIIIe siècle.
Auteur : Pierre-Yves BEAUREPAIRE
Ce tableau, dont j'ai une copie dans mon salon, je l'ai vu à Malmaison. Il a été fait avec la nostalgie des temps passés (comme chez Hoody ALLEN dans son "Midnight in Paris"). Il faut que l'on se retrouve ensemble, pas dans lo nostalgie, mais dans le désir sincère et pur, intellectuel et créateur, énergique et inspiré de remettre à l'heure les horloges de la vie de ce continent magnifique, malade, mais plein de ressources qu'il faut sauver.