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La manufacture des Gobelins

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Visite de Louis XIV à la Manufacture des Gobelins, le 15 octobre 1667.

© Photo RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Christian Jean / Jean Schormans

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Titre : Visite de Louis XIV à la Manufacture des Gobelins, le 15 octobre 1667.

Auteur : Charles LE BRUN d'après (1619-1690)
Dimensions : Hauteur 375 cm - Largeur 580 cm
Technique et autres indications : Basse lisse, laine, soie et fil d'or
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 79-000453 / Vmb14197;GMTT9810;V38412

  Contexte historique

Le début du règne personnel de Louis XIV

En 1667, la manufacture des Gobelins est transformée en « manufacture royale des meubles de la Couronne » sous l’impulsion de Colbert, devenu contrôleur général des finances deux ans plus tôt. Confiée au peintre Charles Lebrun, elle s’inscrit dans l’élaboration d’un mécénat d’Etat.
Son objectif est double. D’une part, il s’agit de produire du mobilier, des gravures, des ouvrages d’argenterie et des tapisseries à destination des résidences royales et de l’exportation, répondant ainsi aux principes du colbertisme.
D’autre part, elle doit alimenter la consolidation de la figure monarchique. En effet, la décennie correspond au début du règne personnel de Louis XIV, inauguré en 1661, et à la fixation d’un répertoire de symboles, de références, telles que le soleil et Apollon à partir de 1662. Cette tapisserie illustre donc la visite du roi, le 15 octobre 1667, peu de temps après le changement de statut de la manufacture des Gobelins.

L’exécution de cette œuvre s’est réalisée en deux temps. Le premier moment, correspond au milieu des années 1660 avec l’esquisse de Charles Lebrun. Le second moment correspond aux années 1729-1734, sous le règne de Louis XV. Cette tapisserie place ainsi le nouveau souverain dans une filiation symbolique avec Louis XIV.

  Analyse de l'image

La valorisation de l’artisanat somptuaire français

Cette tapisserie est de basse lisse, technique fondée sur un métier à tisser horizontal permettant une grande précision du dessin. Cela peut expliquer la profusion et la minutie des détails de l’œuvre. Un premier plan occupant presque les deux-tiers de l’image expose pêle-mêle les différents corps de métiers existant aux Gobelins. L’impression de désordre qui émane de cette scène, alimentée par le non-respect de la perspective dans la représentation des personnages et des objets, permet la présentation de multiples saynètes de déménagements. Les uns déplacent des pièces d’orfèvrerie ou d’argenterie, d’autres une pièce d’ébénisterie, d’autres une tapisserie roulée sous le bras.
A l’arrière-plan, un tableau monumental représentant vraisemblablement une scène de bataille, occupe la moitié du mur du fond. Entre les deux plans sur la gauche, un petit groupe isolé attire le regard du spectateur.
Louis XIV est représenté accompagné de son ministre Colbert vers lequel il se tourne, et de deux autres personnages. La figure royale est mise en valeur par le rouge ainsi que par l’effet de vide créé à ses pieds. Il est sensiblement plus grand que les autres hommes situés sur le même plan que lui, signe de sa majesté.

Enfin, la bordure vient enchâsser la manufacture dans un déploiement de guirlandes fleuries sur fond damassé, tout en rappelant la dimension royale de l’entreprise dans l’écusson supérieur qui représente l’ordre de saint Michel et le bleu royal fleurdelisé.

  Interprétation

Une glorification de la figure royale et de la France

Cette tapisserie n’existe pas seule. Elle s’intègre dans un ensemble plus vaste de 14 pièces, constituant la tenture de l’Histoire du roi, destinée à illustrer les hauts faits militaires, civils et diplomatiques du monarque. La visite de Louis XIV à la manufacture des Gobelins témoigne donc de la modernité du roi, qui fait cet art un instrument de communication politique. Or, dans ce contexte de centralisation du pouvoir monarchique, la célébration de la symbolique royale a tendance à se confondre avec la célébration de l’Etat. Le roi, représenté au fond, l’activité prolifique du premier plan, tout comme la somptuosité de la réalisation, sont métonymiques d’une France conquérante. Le prestige des Gobelins est d’ailleurs tel que le nom devient synonyme des tapisseries françaises dans plusieurs langues européennes, inscrivant l’entreprise dans le temps long d’une monarchie triomphante, qui doit également s’exprimer sous les traits de son héritier, Louis XV. Au-delà de Louis XIV, c’est la figure royale dans son ensemble qui est mise à l’honneur.

Auteur : Myriam DENIEL TERNANT


Bibliographie

  • CORNETTE Joël, Absolutisme et Lumières, 1652-1783, Paris, Hachette, 1993.
  • DAUMAS Maurice, Images et Sociétés dans l’Europe moderne, XVe-XVIIIe siècles, Paris, A. Colin, 2000.
  • PETITFILS Jean-Christian, Louis XIV, Paris, Fayard, 1999.
  • BLUCHE François (dir.), Dictionnaire du Grand Siècle, Paris, Fayard, 2006 (rééd.).

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