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Le procès de Nuremberg

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Le banc des accusés au procès de Nuremberg.

Image Mémorial de Caen © US Army / Le Mémorial de Caen

Agrandissement - Zoom

Titre : Le banc des accusés au procès de Nuremberg.

Auteur : ANONYME
Date de création : 1945
Date représentée : 1945
Technique et autres indications : Photo de reportage, archives nationales américaines
Lieu de Conservation : Mémorial de Caen, cité de l'Histoire pour la paix (Caen) ; site web
Contact copyright : Photothèque du Mémorial de Caen. Le Mémorial de Caen, Esplanade Général Eisenhower B.P. 55026, 14050 Caen Cedex 4 ; site web

  Contexte historique

Le procès de Nuremberg

Intenté par les forces alliées contre vingt-quatre hauts responsables nazis, le procès de Nuremberg se tient du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946. Il est placé sous l’autorité du Tribunal militaire international instauré par les accords de Londres du 8 août 1945 et composé de quatre juges, quatre procureurs et quatre assesseurs soviétiques, français, américains et britanniques.

Pendant plus de dix mois, les accusés comparaissent pour complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Le procès est massivement couvert par la presse internationale (plus de quatre cents journalistes sont présents), et même filmé par le réalisateur américain John Ford. A l’instar de Le banc des accusés au procès de Nuremberg ici étudiée, les très nombreuses photographies de l’événement diffusées mondialement et très largement ancrent dans les représentations et les consciences l’image d’une justice légitime en acte et celle, corollaire, du châtiment des vaincus.

  Analyse de l'image

Les accusés au procès

Vue restreinte de l’ensemble du banc des accusés, l’image est structurée en trois plans horizontaux. Au premier plan, les avocats (on reconnaît les attributs de la fonction juridique) des accusés, dont certains suivent le procès à l’aide de casques de traduction, un procédé alors novateur – la langue des débats changeant selon les intervenants. Certains d’entre eux tournent le regard vers la droite (pour le spectateur), lieu de la prise de parole des témoins et de la projection des images sur l’écran spécialement placé en face de l’auditoire, tandis que d’autres examinent certains documents.

A l’arrière plan, trois militaires du Tribunal international (reconnaissables à leurs casques blancs et uniformes) surveillent, debout, les accusés qui figurent au centre de l’image. L’air grave, solennel et presque dur, deux regardent avec attention sur leur droite, alors que le dernier, plus martial, fixe droit devant lui.

Au centre, et comme encadrés par les deux autres ensembles, on reconnaît certains des vingt-quatre accusés. Au premier rang de gauche à droite : Hermann Göring, (le siège laissé vide à sa gauche ce jour là étant habituellement occupé par Rudolf Hess), Joachim von Ribbentrop, Wilhelm Keitel, Alfred Rosenberg. Au second rang de gauche à droite : Karl Dönitz, Erich Raeder, Baldur von Schirach, Fritz Sauckel et Alfred Jodl. A l’exception de Göring, dont le regard semble un peu errer, tous regardent sur la droite.

  Interprétation

La justice et les jugés

Le banc des accusés au procès de Nuremberg présente un moment scénographique intéressant : le face à face entre les accusés et les juges (en face d’eux) est suspendu, puisque ces derniers regardent en effet presque tous vers la droite, suivant vraisemblablement un témoignage (de victime ou de bourreau), un film sur les camps (tourné par les Alliés alors qu’ils les découvraient) ou encore l’intervention d’un expert. Le moment semble assez important, les visages tendus des soldats et l’attention des accusés révélant en tout cas un mélange de tension et d’émotion. Le hors-champ, qui focalise toute l’attention, structure notre image, dont il est peut-être l’élément le plus important.

La photographie montre aussi au monde entier une justice en marche qui suit son cours et sait respecter les procédures légales. Procès exceptionnel (notamment parce qu’il était filmé et photographié en permanence), Nuremberg reste cependant dans le cadre de la normalité juridique. Loin de la vengeance, à l’opposé de la barbarie qu’elle juge, une telle justice ne violente pas les accusés. Ceux-ci, habillés normalement et en relativement bonne santé, sont autorisés à suivre les débats (traduction) et à se défendre (présence des avocats). A l’exception de Göring, qui oscille entre inattention et manque d’intérêt, les jugés paraissent plutôt concentrés sur les débats. Ils se tiennent dans une posture défensive (bras croisés, sourcils froncés), tout en essayant de conserver une certaine dignité.

Au-delà de leur fonction documentaire, les images du procès possèdent toutefois une valeur accusatrice. Il s’agit bien de montrer au monde des criminels, leurs crimes et leur punition. Sereine et humaine, la justice est aussi implacable, comme le rappelle la présence des militaires à l’arrière plan. La dureté des regards des soldats (et même la brutalité chez le militaire de droite), leurs uniformes et leurs menottes témoignent du fait que si la force n’est ici que le bras armé de la loi, elle s’impose néanmoins à des vaincus qui ont perdu la guerre et qui doivent aujourd’hui répondre de leurs actes en tant que tels. Le droit d’assister à son procès et de se défendre devient alors une contrainte, une injonction.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • DE FONTETTE, François, Le procès de Nuremberg, PUF, Que-sais-je ? Paris, 1996.
  • DELAGE, Christian, La vérité par l’image, Denoël, Paris, 2006.
  • DOBKINE, Michel, Crimes contre l'humanité : extraits des actes du procès de Nuremberg, 18 octobre 1945-1er octobre 1946, Romillat, coll. » Retour au texte », Paris, 1992.
  • WIEVIORKA, Annette (dir), Les procès de Nuremberg et de Tokyo, Editions Complexe, Paris 1996.

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