Le Grand Siècle (16 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Droits réservés
Titre : Révocation de l'Edit de Nantes en 1685.
Dimensions : Hauteur 28 cm - Largeur 36.3 cm
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 66-004132 / invgravures134
Le 18 octobre 1685, Louis XIV signe à Fontainebleau la révocation de l’édit de Nantes de 1598. Compte tenu de l’importance de l’événement à célébrer, on comprend qu’on ait fait appel à la gravure pour en répandre l’annonce. L’estampe est en effet le meilleure moyen de diffuser à cette époque une information : elle peut être répandue à des milliers d’exemplaires et se vend à un faible prix : quelques sous pour une image pieuse de petit format, jusqu’à une livre ou même deux pour une scène plus importante. Le peintre qui a composé la scène ni le graveur qui l’a gravée ne sont connus, mais on peut supposer, qu’on est ici très près de la révocation de 1685.
Promulgation de la Révocation en présence du roi
Dans une immense salle, qui s’ouvre vers la cour du château par trois grandes baies, le roi est assis à droite sur son trône, couronne en tête. Il est isolé de ses sujets par une estrade de deux marches. Au-dessus de lui, un énorme dais délimite l’espace du prince. Le trône est drapé d’une tenture fleurdelisée. Derrière lui, des pages et des gardes.
De tous les présents, seuls les gardes, d’ailleurs peu nombreux, portent chapeau. Devant le roi, est dressée une grande table où sont assis les conseillers du roi, tête nue, comme tous les assistants. Seuls trois ecclésiastiques portent leur calotte. Debout du côté du roi, un évêque tient en main les feuillets de l’édit. Au-delà, une foule dense suit cette cérémonie avec respect, consciente de l’importance de la décision royale.
La Révocation et ses conséquences
Au XVIe siècle, les guerres de religion ont représenté un immense traumatisme. Sans l’habileté et le courage politique de Henri IV, elles auraient pu aboutir à une partition de la France : au nord une France catholique, au Sud, une France protestante. Le compromis de l’édit de Nantes, signé le 13 avril 1598 et imposé aux deux camps épuisés par trente ans de guerres fratricides, aboutit à une forme de concorde qui n’est pas encore la vraie tolérance.
Dans l’Europe de ce temps, la Pologne mise à part, la règle veut que les sujets pratiquent la religion du prince. L’application de ce principe a mis l’Allemagne à feu et à sang pendant trente ans. Elle a provoqué des transferts massifs de population, les protestants fuyant vers les Etats des princes protestants et les catholiques vers ceux des princes catholiques. La Bohème a ainsi perdu la moitié de sa population.
La révocation de l’édit de Nantes est l’aboutissement d’une politique de réunification religieuse qui commence dès le règne de Louis XIII et qui est poursuivie de façon systématique sous Louis XIV. Les guerres de Louis XIII contre ses sujets protestants (1618-1629) aboutissent à un compromis, accordé en 1629 par la grâce d’Alès qui donne reconnaissance aux protestants de l’exercice de leur religion, mais sans plus aucun droit politique.
Dès le ministère de Richelieu, commence une reconquête catholique systématique, que Louis XIV poursuit et même intensifie. Pour mâter ses sujets rebelles, on fait loger chez eux des troupes de « dragons », autorisés à ne rien respecter chez leurs hôtes, lesquels sont brutalisés, violés et même tués quelquefois en toute impunité. Ces « dragonnades » provoquent des départs et, pour ceux qui ne peuvent partir des conversions peu sincères.
En 1685, les informations qui remontent jusqu’à Versailles affirment qu’il n’y a plus de réformés en France. C’est presque vrai pour certaines provinces, la Normandie par exemple, mais ce l’est beaucoup moins pour la Guyenne et le Languedoc. Dans les Cévennes, les protestants se réunissent dans les assemblées du « Désert » et continuent à pratiquer leur religion. Mais pour le roi, à Versailles, l’unification religieuse représente un immense succès en un temps où le religieux ne se sépare pas du politique. En 1685, mal informé des réalités, Louis XIV décide la révocation de l’édit de Nantes de 1598 devenu, croit-il, sans objet. L’édit de révocation est signé de façon solennelle à Fontainebleau le 18 octobre 1685 en présence de la cour.
La Révocation, célébrée à Versailles comme un grand succès, est, en fait, la plus grande erreur politique du règne. Elle braque contre la France les Etats protestants d’Europe, elle provoque un exil massif des protestants français (entre 100.000 et 200.000) vers la Suisse, l’Allemagne, les Provinces-Unies et même l’Amérique. Dans les Cévennes, les protestants continuent de pratiquer leur culte. En 1702, les Camisards prendront les armes, exigeant qu’une armée toute entière soit occupée à cette répression, alors même que l’Europe coalisée pour contester la succession d’Espagne impose de défendre les frontières.
Auteur : Hélène DUCCINI