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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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François-Marie Arouet, dit Voltaire nu.

© Photo RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

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Titre : François-Marie Arouet, dit Voltaire nu.

Auteur : Jean-Baptiste PIGALLE (1714-1785)
Date de création : 1776
Dimensions : Hauteur 150 cm - Largeur 89 cm
Technique et autres indications : Sculpture en marbre
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 01-018457 / ENT1962-1

  Contexte historique

François Marie Arouet dit Voltaire (1694-1778) est le Philosophe des Lumières par excellence. Son succès littéraire public débute grâce aux pièces de théâtre qu’il écrit dès 1718. La Henriade, créée en 1723 et inspirée par les grandes tragédies épiques, assoit sa position en tant que grand auteur national. Sa connaissance des pratiques sociales et économiques anglaises lors de son exil en Grande-Bretagne donne naissance aux Lettres Philosophiques et engendre une identité philosophique et de défenseur qu’il préserve durant toute sa longue carrière.

Honoré de son vivant (on se déplace à Ferney, en Suisse pour voir le maître), les représentations variées de ce philosophe, écrivain, historien, poète sont la preuve de la fascination qu’il exerce et d’une volonté de fixer pour l’Immortalité les traits du Grand Homme. A l’origine de la création d’une statue en pied (d’autres portraits de l’artiste avaient été réalisés en buste par Houdon), se trouvent dix-sept intellectuels des Lumières dont Denis Diderot et Jean Le Rond d’Alembert ; en 1770, une souscription est lancée. De nombreuses personnalités tel que Frédéric II de Prusse, en qui Voltaire vit un temps l’incarnation du Monarque éclairé, y participent. La République des Lettres érige le philosophe comme l’un des plus grands génies de l’Histoire par le biais de la statuaire publique ; ce privilège, alors exclusivement réservé aux rois et héros de guerre, sublime le Génie. En effet, les représentations des plus grands philosophes antiques ont été immortalisés par le biais de la sculpture ; créer une statue en pied situe Voltaire et, par la même occasion, la France en tant qu’héritière de la culture antique, alors idéal à atteindre.

  Analyse de l'image

En 1770, Jean-Baptiste Pigalle, l’un des artistes les plus brillants de sa génération, reçoit la commande pour cette statue. Sur le socle se lit l’inscription voulue par les commanditaires : « Monsieur de Voltaire, par les gens de lettres, ses compatriotes, et ses contemporains. 1776 ». Dès le départ, son idée est de représenter le grand homme à l’antique (Voltaire nu, 1770, esquisse en terre cuite, 27 x 16 x 16 cm, Orléans, musée des Beaux-Arts) ; il est soutenu et même encouragé dans ce projet par Denis Diderot, qui fait référence à une statue de l’antiquité, perçue à l’époque comme Sénèque s’ouvrant les veines dans son bain et représentant le corps d’un vieil homme nu dans toute sa vérité déchue (Vieux pêcheur, dit Sénèque mourant, IIe siècle ap. J.C., marbre noir, yeux émaillés et ceinture d’albâtre, 121 cm sans la vasque, Paris, musée du Louvre).

La tête, ressemblant admirablement à Voltaire, a été esquissée par le sculpteur en présence du septuagénaire à Ferney ; toutefois, le corps a été exécuté dans son atelier parisien d’après un modèle. Pigalle opte pour un choix radical, en obtenant l’autorisation du philosophe de le représenter à la manière de l’antique sans recourir au nu héroïque, c’est-à-dire sans idéalisation du corps. Voltaire est donc nu assis sur un tronc d’arbre, dont les racines forment une partie du socle. Un simple drapé, négligemment posé sur son bras gauche, découvre le corps naturellement amaigri et décharné d’un vieil homme. Pourtant, la pose donnée le montre dans une attitude méditative et volontaire, pleine de noblesse, alors qu’il tient d’une main un rouleau et de l’autre une plume, outils nécessaires à son art. D’autres attributs littéraires sont reconnaissables à ses pieds : le masque de Thalie, la Comédie ainsi que le poignard de Melpomène, la Tragédie sont présents. Des livres, des rouleaux, une couronne de lauriers ainsi qu’une lyre (sur laquelle signe Pigalle) sont autant de symboles du philosophe, de l’historien, de l’écrivain et du poète mais également du défenseur universel des idées.

  Interprétation

Alors que le retour à l’antique et les écrits de Johan Joachim Winckelmann mettent en avant le Beau Idéal, c’est-à-dire à l’idéalisation des figures, inspirées de l’antiquité, afin qu’elles incarnent les plus grandes qualités humaines, la statue créée par Pigalle contraste fortement entre l’image du Génie désincarné et la représentation hybride d’un vieillard au corps décrépi. Le choc de cette image créé scandale dès que l’esquisse en plâtre est visible dans l’atelier de l’artiste en 1770. Bien que l’unanimité se fasse autour de la tête, jugée « sublime », la question du costume ou plutôt de son absence est évoquée : le transfuge de la nudité antique sur un corps contemporain choque profondément, d’autant plus que Pigalle maintient et défend sa représentation naturaliste. Malgré l’approbation de Voltaire et son respect pour la liberté créatrice du sculpteur, des souscripteurs comme Mme Necker ou encore Eugène Suard ne comprennent pas le choix de l’artiste et l’accusent de préférer une pièce d’anatomie (les critiques évoquent même le terme de « squelette ») plutôt qu’une belle œuvre. Bien que Pigalle cherche sans doute avec raison de démontrer sa virtuosité dans la représentation anatomiquement vraie du corps d’un vieillard, il réalise un tour de force dans cette opposition entre le visage, possédant encore la vitalité et la vivacité de ce bel esprit, et la déchéance du corps qui confirme la volonté première de Pigalle et des souscripteurs de rendre hommage au Génie par-dessus tout. Le corps n’est qu’une enveloppe de chair et de sang alors que les idées de Voltaire seront gravées pour la postérité dans la mémoire des hommes.
Au vu des échanges acerbes des années 1770, l’œuvre est finalement offerte à Voltaire et ne devient pas un monument public. Un temps dans la famille du philosophe, elle est donnée au XIXe siècle à l’Institut de France, qui la dépose ensuite au musée du Louvre à la fin du XXe siècle. En 1781, une seconde commande est passée par Mme Denis, nièce de Voltaire, à Jean Antoine Houdon afin de réaliser une nouvelle image immortelle de Voltaire (Voltaire assis, 1781, marbre, 140 x 106 x 80 cm, Comédie Française). La sculpture obtient un succès dithyrambique ; Voltaire « est assis dans un fauteuil antique, drapé du manteau de filoshophe [sic] et la tête seinte du ruban de l’immortalité » , cachant toute dégradation physique de l’auteur de la Henriade.

Auteur : Saskia HANSELAAR


Bibliographie

  • HONOUR Hugh, Le Néo-classicisme, trad. de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat,  Librairie générale française, Paris, 1998, pp. 142-145 (éd. anglaise, 1968).
  • POULET Anne L. (sous la dir. de), Houdon 1741-1828, sculpteur des Lumières, Cat. Exp. musée national du château de Versailles 1er mars – 31 mai 2004.
  • SCHERF Guilhem, Voltaire nu, Paris, Somogy, coll. « Solo », n° 43, 2010.
  • HANSELAAR Saskia, « Types du vieillard dans l’art autour de 1800 », collectif sous la dir. De Pauline Decarne et Damien Fortin, Les Âges de la Vie de l’aube de la Renaissance au crépuscule des Lumières, publié en ligne en décembre 2011 sur le site du CELLF 17e-18e, UMR 8599 du CNRS et de l’Université de Paris-Sorbonne, p. 115-131 :
    http://www.cellf.paris-sorbonne.fr/documents/texte_32.pdf..

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