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La construction d'un grand chemin

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La construction d'un grand chemin.

© Photo RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Franck Raux

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Titre : La construction d'un grand chemin.

Auteur : Joseph VERNET (1714-1789)
Dimensions : Hauteur 97 cm - Largeur 162 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 04-513459 / Inv8331

  Contexte historique

Le siècle de la route

Même si la voie d’eau n’est pas négligée, au XVIIIe siècle, c’est surtout la route qui retient l’attention du pouvoir royal. Avec la diffusion des théories mercantilistes et libérales qui insistent sur le rôle des voies de communication dans l’économie du royaume, les infrastructures routières tiennent une place centrale.

Pour mettre en œuvre des travaux routiers de grande envergure, le contrôleur général des finances Philibert Orry généralise la corvée royale en 1737-1738. Cet impôt en nature est prélevé sur les particuliers qui sont assujettis à la taille. Ils sont également réquisitionnés plusieurs jours par an pour participer aux travaux d’entretien des routes qui sont représentés sur le tableau de Joseph Vernet.

Surtout connu pour sa série des ports de France, l’artiste délaisse son terrain de prédilection pour une scène qui prend place au cœur du royaume. Ce tableau émane d’une commande l’abbé Terray, au moment où celui-ci devient contrôleur général des finances en 1769. Pour une somme de 5 000 livres, Vernet rend hommage aux Ponts et Chaussées, une administration placée sous la direction du nouveau ministre. Achevé en 1774, le tableau est présenté au Salon l’année suivante. Diderot formule une critique virulente dans laquelle il reproche à l’artiste une composition de cabinet. Plusieurs indices suggèrent toutefois que le peintre s’inspire d’observations effectuées à l’occasion de séjours dans les Alpes.

  Analyse de l'image

La construction d’une route royale

La prouesse de l’artiste tient à la composition qui joue sur une succession de plans rythmés par les sinuosités de la route en construction. Quelques années après la série des vues maritimes, il démontre sa maîtrise des représentations paysagères. Dans un format de 3 pieds sur 5, Vernet utilise plusieurs niveaux de perspective pour rompre avec la monotonie des opérations représentées, même si plusieurs scènes décrivent précisément les différentes étapes de construction. Sur la gauche, l’élégant parapet en bois suggère l’achèvement d’une portion routière qui sert de fil conducteur à travers le tableau.

Au premier plan à gauche, la borne indicatrice frappée d’une fleur de lys et du nombre de lieues depuis Paris confirme le statut royal de l’itinéraire dont l’entretien incombe à l’État. Au centre, le chef d’atelier tient une toise qui lui permet de vérifier la conformité des mesures. Ce personnage est en grande discussion avec une équipe d’hommes à cheval. Autour d’eux, une dizaine d’individus s’affairent aux opérations de pavage : façonnage, taille et pause des pavés, damage et aplanissement. Le second plan concerne les opérations d’excavation, avec des blocs de pierre taillés directement dans le rocher. Une fois concassés, ils sont chargés dans des chariots de remblaiement. Au troisième plan, un pont est en construction, avec des arcs légèrement ouverts (en anse de panier) et encore cintrés. Les machines suggèrent la mise en œuvre de techniques de construction performantes.

  Interprétation

Désenclaver le territoire

La représentation de cette route montagneuse salue la politique pluri-décennale de l’État en faveur des routes. Grâce à la corvée, plusieurs milliers de kilomètres de routes royales sont rénovés ou construits. Le tableau de Joseph Vernet met en avant les acteurs de la construction des routes, depuis les concepteurs jusqu’aux exécutants. Cette peinture sert également de métaphore, car elle démontre que les hommes savent déjouer les difficultés de la topographie et dompter la nature.

Deux personnages à cheval sont revêtus d’un uniforme de la livrée du roi qui indique leur appartenance au corps des Ponts et Chaussées. Fondé en 1716, ce corps d’ingénieurs civils doit satisfaire les besoins de l’État en matière d’infrastructures de transport. Le personnage qui tient un plan entre ses mains, avec un large galonnage doré est probablement Jean-Rodolphe Perronet, Premier ingénieur des Ponts et Chaussées. Chaque année, il effectue une tournée à travers le royaume, afin de vérifier que le programme de construction ordonné par le pouvoir central est scrupuleusement respecté par les ingénieurs de généralité.

Auteur : Stéphane BLOND


Bibliographie

  • INGERSOLL-SMOUSE Florence, Joseph Vernet, Peintre de marine, Étude critique et catalogue raisonné…, Paris, É. Bignon, 1926.
  • LAGRANGE Léon, Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècle, Paris, Didier, 1864.
  • PICON Antoine, L’invention de l’ingénieur moderne : l’École des Ponts et Chaussées (1747-1851), Paris, Presses de l’École nationale des ponts et chaussées, 1992.
  • REVERDY Georges, L’histoire des routes de France, Paris, Presses de l’École nationale des ponts et chaussées, 1997.

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