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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Portrait en pied de Louis XV (1710-1774) roi de France.

© Photo RMN-Grand Palais - Droits réservés

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Titre : Portrait en pied de Louis XV (1710-1774) roi de France.

Auteur : Louis-Michel VAN LOO (1707-1771)
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Bibliothèque municipale de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 76-000276

  Contexte historique

Une tradition familiale

Datant du début des années 1760, cette huile sur toile de belle taille (157 cm de haut par 144 cm de large), intitulée Louis XV, est due à l’atelier de Louis-Michel Van Loo (1707-1771). L’original orne la Bibliothèque municipale de Versailles. Œuvre de commande et de propagande, elle a dès l’origine - et tel était son but - suscité des copies intégrales et des répliques partielles, peintes du reste en partie par les seconds et les élèves de l’artiste.

Ces procédés ne sont pas neufs ; ils ont faits la fortune de la famille Van Loo. Louis-Michel s’inscrit en effet dans une longue lignée dont il porte fièrement l’héritage artistique. Petit fils d’Abraham-Louis, fils de Jean-Baptiste et neveu de Charles André, tous trois peintres réputés et pensionnés, il a étudié son art à Turin et à Rome avant de remporter, en 1725, le prix de l’Académie royale de Peinture et de Sculpture pour son Moïse enfant faisant tomber la couronne de Pharaon - titre qui pourrait signer tout un programme si l’on songe à ses emplois futurs.

Peintre officiel de Philippe V d’Espagne en 1736 et l’un des membres fondateurs de l’Académie de Madrid en 1752, il revient en France l’année suivante et peint plusieurs portraits de Louis XV – mais aussi de Marivaux, de Diderot, de Soufflot, de sa famille, etc. En 1762, membre désormais de l’Académie royale, il succède à son oncle comme premier peintre du roi ; il le remplace en 1765 à la direction de l’École royale des élèves protégés. À Charles-André (1705-1765), portraitiste aguerri qui avait mis son art au service du mariage de Louis XV et de Marie Leszczynska, peignant force portraits officiels des jeunes mariés et d’un roi encore adolescent (1725-1726), il doit aussi sa technique de la série.

  Analyse de l'image

Un suzerain en sa cour

Cette toile prend en effet place dans un ensemble de portraits peints quasiment concomitamment et déclinant diverses attitudes royales : les traits du roi, sa position, le mouvement de son bras gauche y semblent comme figés et seul change son habillement, qui le fait passer du sacre au quotidien de l’homme d’État. Dans le présent tableau, Louis XV est représenté en pied, à mi-corps, de face, dans un habit rehaussé de broderies d’or, des bas de soie blanche et des talons rouges – mis à la mode par Monsieur, frère du roi, en 1662, ils relèvent désormais de l’étiquette de la Cour. Au cœur de cette dernière, le tout paraîtrait presque banal si le sujet n’était distingué par les insignes des ordres du Saint-Esprit et de la Toison d’or, si, surtout, le manteau fleurdelisé, la couronne et le sceptre, en arrière-plan immédiat, ne rappelaient sa dignité.

Louis XV paraît imperturbable quand seules les lourdes tentures cramoisies semblent bouger au gré d’un ciel orageux et du vent de l’histoire qui dégage à peine un tranquille paysage rural. On ne sait, à vrai dire, si ce monarque dont le regard apaisé dit tout, dont l’âme semble mise à nue, incarne un roi de paix, garant de la prospérité de ses sujets, ou un roi de guerre à l’orée du champ de bataille. Gageons que la première hypothèse est la bonne dans une France qui, préservée sur son territoire, connaît ou vient de connaître sur les champs de bataille européens et surtout en Amérique du Nord les soubresauts de la guerre de Sept-Ans, conclue en 1763 par le traité de Versailles.

  Interprétation

Le double corps du roi

Même si les techniques de représentation se ressemblent (la tête du roi transposable d’une toile à l’autre, la réalisation à plusieurs mains par exemple), nous sommes en tout cas très loin des officiels portraits de son aïeul Louis XIV par Hyacinthe Rigaud, tant du point de vue des dimensions que de la solennité recherchée – ledit Rigaud avait du reste aussi exercé ses talents à la gloire de Louis XV, lui offrant son premier portrait de sacre, en 1715. Le costume mondain n’est désormais plus suggéré sous le manteau du sacre mais mis au premier plan. Aucun pas de danse n’est esquissé par un Louis XV solidement campé sur ses jambes. La distance entre les symboles de la royauté et la personne du roi semblent comme abolis : c’est bien le souverain physique qui est ici privilégié, en son enveloppe mortelle dont on souligne pourtant la santé apparente.

Cette recherche d’une relative proximité, d’un relatif réalisme s’explique pour plusieurs raisons – idéologiques, personnelles et, par-dessus tout, politiques. D’abord, elle répond à l’exigence d’un monarque simple tel que le voulaient les philosophes. Ensuite, Louis XV est alors un quinquagénaire solide, quels que soient les inconvénients de rhumatismes résiduels. Il avait porté beau, les contemporains en convenaient, et tous n’étaient pas des flatteurs, mais son embonpoint, son teint livide, un semblant de dépression frappent désormais les observateurs.

Au peintre de combattre les doutes sur un homme qui, par ailleurs, ne dédaigne pas la brutalité de ton propre aux grands timides, bravant l’étiquette, froid, taiseux et taciturne en sa Cour, et continue de s’esbaudir dans un libertinage actif, suggérant au peuple de Paris l’idée d’un ogre jamais rassasié. Enfin, le corps sacré du roi a subi en 1757 l’attentat de Damiens : s’il l’a superficiellement blessé, il l’a profondément meurtri, lui prouvant rudement qu’il n’était plus le « Bien Aimé », proclamé tel en 1744. Pour remédier à son impopularité, Louis XV et ses conseillers usent et abusent donc depuis longtemps de l’image royale, adaptée à des publics variés : gravures, portraits reproduits en grand nombre - jusqu’aux tapisseries -, statues rendent omniprésent et inévitable le monarque.

Auteur : Philippe BOURDIN


Bibliographie

  • BEAURAIN David, « Les portraits de Louis XV par Jean-Baptiste Vanloo : genèse et chronologie », in Zeitschrift für Kunstgeschichte, vol. 68, Munich, 2005, p. 61-70.
  • FOGEL Michèle, Les cérémonies de l’information dans la France du XVIe au XVIIIe siècle, Paris, Fayard, 1989.
  • HOURS Bernard, Louis XV. Un portrait, Paris, Privat, 2009.
  • HOURS Bernard, Louis XV et sa Cour, Paris, PUF, 2002.
  • RABREAU Daniel (dir.), Paris, capitale des arts sous Louis XV, Bordeaux, William Blake & Co/Arts et Arts, 1997.

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