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Monument consacré à la postérité en mémoire de la folie incroyable de la XX<sup>e</sup> année du XVIII<sup>e</sup> siècle.
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Monument consacré à la postérité en mémoire de la folie incroyable de la XX<sup>e</sup> année du XVIII<sup>e</sup> siècle.

© Photo RMN-Grand Palais (Château de Blérancourt) / Gérard Blot

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Titre : Monument consacré à la postérité en mémoire de la folie incroyable de la XXe année du XVIIIe siècle.

Technique et autres indications : Gravure
Lieu de Conservation : Musée national de la Coopération Franco-américaine (Blérancourt) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-518583 / CFAb152

  Contexte historique

Bulle spéculative, crise financière et panique boursière

Alors qu’au lendemain de la mort de Louis XIV la banqueroute menace, le régent Philippe d’Orléans suit les idées de l’Écossais John Law (1672-1729), pour qui les échanges et la confiance sont le nœud de la crise financière, non la dette en elle-même. La Banque générale est créée le 2 mai 1716. La déclaration du 4 décembre 1718 fait de la banque de Law une banque royale. L’État devient seul propriétaire des actions de la banque. La compagnie d’Occident, le « Mississippi », est le deuxième pilier du « système » de Law. Son objectif est la colonisation de la Louisiane avec monopole. La spéculation aidant, les actions de la compagnie s’arrachent. Toutes les compagnies de commerce sont absorbées par celle de Law qui devient compagnie des Indes. Au-delà du raisonnable, l’euphorie est telle que Law peut lancer un emprunt, multiplier les émissions de papiers-monnaies tout en baissant les taux d’intérêt servis. Ils trouvent malgré tout preneur. On est en pleine bulle spéculative.

Comme on le voit sur cette gravure, la foule des spéculateurs et des curieux se presse rue Vivienne et rue Quincampoix, ruelles où se négocient les actions au porteur et où l’on rencontre, dans une cohue indescriptible, aussi bien les aristocrates les plus distingués que les représentants des couches inférieures de la société qui ont placé leurs économies ou emprunté pour investir. Des fortunes aussi colossales que fragiles se bâtissent en quelques heures. Évoquée en bas à droite de la gravure, l’affaire criminelle Horn est une manifestation de cette folie financière qui transforme l’héritier d’une grande famille aristocratique européenne en un meurtrier. On peut tuer pour s’emparer d’un paquet d’actions. Horn sera finalement condamné au supplice infamant de la roue.

En 1720, la réalité finit par rattraper la spéculation effrénée : l’annonce de dividendes très réduits refroidit rapidement les investisseurs. Certains vendent leurs papiers à temps et touchent de véritables fortunes. Pour endiguer l’hémorragie, Law ferme la rue Quincampoix et tente de freiner l’effondrement des cours en rachetant ses propres actions. Mais rien n’y fait, la panique succède à l’euphorie collective. La foule qui se presse s’affole, des agioteurs meurent écrasés car chacun se rue sur les bureaux de la compagnie pour vendre à tout prix. Menacé, Law se cache, puis obtient d’émigrer à Bruxelles. Libellistes, diaristes, graveurs et chansonniers se déchaînent contre lui. En résulte un vaste corpus de gravures à charge d’où émerge ce Monument consacré à la postérité en mémoire de la folie incroyable de la XXe année du XVIIIe siècle dont les tirages élevés permettent une large diffusion auprès du public. Les amateurs collectionnent gravures et pamphlets politiques comme autant de témoignages sur leur temps. On retrouve le même phénomène avec la crise politico-religieuse janséniste.

  Analyse de l'image

La folle course du char de la spéculation

Cette gravure bénéficie d’une longue légende qui permet au lecteur d’identifier des acteurs et des épisodes du système Law et des tragédies individuelles. Alors que Law n’est pas mentionné dans le titre, le lecteur contemporain n’avait aucun doute quant à l’identification de la scène.

La rue Quincampoix où se tenaient les bureaux de la compagnie du Mississippi et où s’attroupaient les spéculateurs est clairement indiquée. La roue de la fortune écrase sur son passage le vrai commerce et conduit tout droit ceux qui se sont laissés abuser par l’ivresse du profit financier vers la maison des malades, la maison des gueux et l’hôpital des gueux. Dans le ciel, la trompette de la renommée a fort à faire avec les bulles de savon – symboles de la bulle spéculative, à la fois volatile et vaine – qu’un diable mystificateur souffle en direction des adeptes du système. Des représentants de chacune des grandes compagnies par action tirent le char, tandis que les spéculateurs en viennent aux mains pour s’arracher les bons aux porteurs.

Hommes et femmes de tous âges et de toutes conditions participent à cette folie, où la confusion des sentiments domine : la joie immodérée voisine avec regret, désespoir, insomnie, tristesse, maladie… L’hybris – la démesure des anciens – qui rend fou se saisit ici des hommes et broie tout sur son passage.

  Interprétation

La condamnation morale d’une maladie et de son vecteur

Le système Law est à l’origine d’une intense production de gravures mais aussi de chansons et de bons mots qui interpellent sans délai l’opinion publique ou qui, plus élaborés comme dans le cas du Monument consacré à la postérité en mémoire de la folie incroyable de la XXe année du XVIIIe siècle, cherchent à mettre l’événement en perspective. On comprend dès lors que les collectionneurs du temps soient aussi bien intéressés par les feuilles et les pamphlets que par ces gravures qui proposent autant de lectures des crises du temps.

On remarque ici la condamnation morale de l’appât du gain qui englobe toutes les compagnies par action et vise tout particulièrement la circulation des billets aux porteurs et du papier-monnaie, sorte de nouveau veau d’or auquel les spéculateurs vouent un culte funeste qui les conduira immanquablement au châtiment : folie, pauvreté et maladie. La spéculation est donc bien présentée comme une maladie avec ses « transports au cerveau » et son vecteur, le papier, qu’il soit celui des actions ou des billets de banque.

De fait, la vague de violences et de suicides qui accompagne la chute du système semble donner aux yeux des contemporains raison à l’auteur de la gravure. Une interprétation plus distanciée du système a, elle, notamment permis de montrer qu’il avait contribué à désendetter la monarchie.

Auteur : Pierre-Yves BEAUREPAIRE


Bibliographie

  • BEAUREPAIRE Pierre-Yves, La France des Lumières, 1715-1789, Paris, Belin (coll. Histoire de France), 2011.
  • FAURE Edgar, La banqueroute de Law, 17 juillet 1720, Paris, Gallimard, (coll. Trente journées qui ont fait la France, no 15), 1977.
  • MURPHY Antoin E., John Law: Economic Theorist and Policy-Maker, Oxford, Oxford University Press, 1997.

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