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Ballet royal de la Nuit. Louis XIV en Apollon.

© Photo RMN-Grand Palais - Bulloz

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Titre : Ballet royal de la Nuit. Louis XIV en Apollon.

Auteur : ANONYME
Date de création : 1653
Technique et autres indications : Aquarelle, mine de plomb, lavis, rehaussé d’or
Lieu de Conservation : Bibliothèque nationale de France (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00-020079

  Contexte historique

Le ballet de cour, un divertissement politique

La grande tradition des ballets de cour en France fut inaugurée par le Ballet comique de la Reine (1581), créé par l’Italien Baldassarre da Belgioioso (Balthasar de Beaujoyeulx) à la cour de Catherine de Médicis. Entre 1581 et 1670 les ballets de cour contribuèrent à former le courtisan idéal ; Jean-Marie Apostolidès observe qu’ « en préparant ces spectacles, les privilégiés des trois ordres prennent conscience de former un groupe qui possède un goût commun. Le monarque s’y produit souvent, au sens où l’on dit d’un comédien qu’il se produit sur scène, mais également au sens où le prince produit sa propre image solaire dans la représentation. » La danse fut, en effet, un véritable instrument politique dans les mains de Louis XIV (1638-1715). À l’instar de son père, Louis XIII, qui se plaisait à régler lui-même les ballets, le jeune souverain s’entraînait régulièrement et, depuis l’âge de treize ans, se produisait dans des spectacles à la cour.

Sorti indemne de la Fronde, Louis XIV fit sa rentrée solennelle à Paris le 21 octobre 1652. Le 2 février 1653, le cardinal Mazarin rentra à Paris et le mois suivant assista, avec la reine mère Anne d’Autriche, au triomphe de Louis XIV dans le Ballet royal de la Nuit, présenté le 23 février 1653 au Petit-Bourbon. Le ballet fut ordonné par le sieur Clément, intendant du duc de Nemours, sur un livret de Benserade, avec des musiques de Cambefort, Boesset et Lambert, les chorégraphies de Raynal, Vertpré et Dolivet, les décors de Giacomo Torelli ainsi que de somptueux costumes, en parfait accord avec le goût du faste qui caractérisait déjà Louis XIV.

Le jeune roi interpréta six rôles, entouré des plus hautes personnalités de la cour, comme Monsieur, le duc d’York et le duc de Buckingham, et de danseurs professionnels, dont Beauchamps, Des-Airs, Mollier et Lully. Le ballet connut un franc succès et fut repris les 25 et 27 février, puis les 2, 4, 6 et 16 mars, devant un public où figuraient de nombreux diplomates étrangers. Trois décennies plus tard, le père Ménestrier, responsable des ballets et des tragédies dans plusieurs collèges jésuites, se demandait, dans son traité Des ballets anciens et modernes selon les règles du théâtre (1682), « si jamais notre théâtre représentera rien d’aussi accompli ».

Le Ballet royal de la Nuit se composait de quarante-cinq entrées, divisées en quatre veilles, où des épisodes allégoriques, mythologiques, exotiques et chevaleresques alternaient avec des scènes pittoresques et comiques, à la ville et à la campagne. À la fin de la quatrième veille, l’Étoile du point du jour (Monsieur) apparaissait sur la scène, suivie de l’Aurore dans son char portant la rosée et les douze heures du jour ; puis tous se retiraient lorsque le Soleil levant (le roi) apparaissait, annoncé par le récit de l’Aurore : « Le Soleil qui me suit c’est le jeune LOUIS. » Le roi dansait ensuite le « grand ballet » final, accompagné des génies de l’Honneur, de la Grâce, de l’Amour, de la Valeur, de la Victoire, de la Renommée, de la Justice et de la Gloire.

De même que l’on ignore l’identité de l’auteur des costumes de scène, de même l’auteur de la gouache reproduisant Louis XIV en Apollon demeure inconnu. Le dessin annonce le style d’Henri Gissey (1621-1673), mais son attribution à celui-ci a été démentie. Pour la préparation des spectacles, les dessins des costumes et des décors étaient une pratique courante.

  Analyse de l'image

Louis XIV et les deux visages d’Apollon

Cette gouache suscite cependant un intérêt particulier car, bien qu’il ne s’agisse pas d’un portrait officiel et que sa réalisation relève du style typique des dessins des costumes de scène, elle reproduit un véritable portrait de Louis XIV en costume de scène, le visage du jeune roi étant tout à fait reconnaissable.

Le jeune souverain, sans masque ni perruque, avance sur la scène avec élégance et dignité : ses bras ouverts et ses mains gracieusement levées, les paumes vers le bas, soulignent l’équilibre dont il se veut l’emblème absolu. La position des jambes et des pieds fut reprise un demi-siècle plus tard par Hyacinthe Rigaud dans le portrait officiel du roi.

Du diadème orné de plumes jusqu’aux souliers, le costume de scène reprend de manière obsessionnelle le motif du soleil rayonnant, mis en évidence par la couleur dorée. Au-delà de son luxe, cette tenue renvoie à la double signification allégorique du personnage incarné, plus qu’interprété, par Louis XIV : Apollon, le dieu du soleil et des arts. Une lumière aussi bien physique qu’intellectuelle se dégage du jeune roi, enfant miraculeux par sa naissance inespérée, appelé à un grand destin qui est aussi celui de la France selon la théorie du double corps (physique et symbolique) du roi, et comme l’affirmait Louis XIV lui-même : « La nation ne fait pas corps en France, elle réside toute entière dans la personne du roi. »

  Interprétation

L’idéologie mise en scène

Depuis le Ballet royal de la Nuit, Louis XIV fit du soleil son emblème favori. La danse demeura l’une de ses plus grandes passions, comme l’atteste la fondation, en 1661, de l’Académie royale de danse, qui précéda de huit ans l’institution de l’Académie royale de musique ; cependant, la professionnalisation de la danse d’un côté, et les affaires de l’État de l’autre, poussèrent le roi à faire ses adieux à la scène en 1670, dans la comédie-ballet de Molière et Lully Les Amants magnifiques, où il dansa – seulement pour la première représentation – dans les rôles de Neptune et d’Apollon.

Le ballet de cour avait désormais accompli sa mission : faire du spectacle une « idéologie concrétisée », selon l’expression utilisée par Apostolidès, et affirmer dans l’imaginaire collectif la figure de Louis XIV en monarque absolu à travers l’allégorie du Soleil triomphant.

Auteur : Gabriella ASARO


Bibliographie

  • APOSTOLIDÈS Jean-Marie, Le roi-machine. Spectacle et politique au temps de Louis XIV, Paris, Les Éditions de Minuit (coll. Arguments, no 21), 1981.
  • BEAUSSANT Philippe, Louis XIV artiste, Paris, Payot (coll. Portraits intimes), 1999.
  • BEAUSSANT Philippe, avec la collaboration de BOUCHENOT-DÉCHIN Patricia, Les plaisirs de Versailles. Théâtre et musique, Paris, Fayard (coll. Les chemins de la musique), 1996.
  • CHRISTOUT Marie-Françoise, Le ballet de cour sous Louis XIV. 1643-1672. Mises en scène, Paris, Picard, Centre national de la danse (coll. Nouvelle librairie de la danse ; La vie musicale en France sous les rois Bourbons, no 34), 2005 (1re éd. 1967), préface d’André Chastel.
  • PETITFILS Jean-Christian, Louis XIV, Paris, Perrin (coll. Tempus, no 8), 2002.

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