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Arrestation dans le ghetto de Varsovie.

© NARA / Le Mémorial de Caen

Agrandissement - Zoom

Titre : Arrestation dans le ghetto de Varsovie.

Auteur : ANONYME
Date de création : 1943
Date représentée : 1943
Technique et autres indications : photographie. Avril-mai 1943
Lieu de Conservation : Mémorial de Caen, cité de l'Histoire pour la paix (Caen) ; site web
Contact copyright : Photothèque du Mémorial de Caen. Le Mémorial de Caen, Esplanade Général Eisenhower B.P. 55026, 14050 Caen Cedex 4 ; site web
Référence de l'image : N1500

  Contexte historique

La photographie no 14 de l’album du SS Jürgen Stroop

Photographie anonyme, Arrestation dans le ghetto de Varsovie a été prise lors de la répression de l’insurrection juive qui se déroula du 19 avril au 16 mai 1943 dans le ghetto de Varsovie. Réalisée sur place par les SS, elle rend compte d’une arrestation effectuée lors de la « liquidation du ghetto » décidée après la révolte. Elle figure originellement à la quatorzième place d’un album de cinquante-trois clichés qui suit le rapport (récit des actions menées contre les « bandits juifs ») que le SS responsable des opérations, Jürgen Stroop, adresse à Krüger et Himmler, ses supérieurs.

Arrestation dans le ghetto de Varsovie est donc initialement la pièce d’un compte rendu administratif et policier effectué par et pour les nazis. Si elle présente immédiatement une valeur documentaire concernant les événements, elle reste pourtant confidentielle jusqu’au procès de Nuremberg où elle est exposée comme pièce à charge. Ce n’est que longtemps plus tard (dans les années 70 et 80) qu’elle devient l’une des images les plus célèbres de la Seconde Guerre mondiale, allant parfois jusqu’à symboliser le génocide tout entier et le martyr des millions de victimes de la Shoah.

  Analyse de l'image

Arrestation au ghetto

Arrestation dans le ghetto de Varsovie montre une scène d’une rare violence et d’une grande tension. Sous la menace armée de deux SS (dans l’entrée et sur la gauche) et de trois soldats (sur la droite), une file de civils (sur la gauche et au centre) sort d’un immeuble délabré en levant les mains. Les hommes, femmes et enfants ici expulsés sont, eux, désarmés, effrayés et hagards. Si certains d’entre eux emportent ce qu’ils peuvent de leurs affaires personnelles dans de sommaires bagages ou dans de dérisoires baluchons de fortune faits avec des draps, la plupart des victimes de cette arrestation est totalement démunie.

Au cœur de la photographie et légèrement détaché du reste du groupe, un petit garçon en manteau boutonné, culotte courte, chaussettes montées en dessous des genoux et coiffé d’une casquette trop grande, lève lui aussi les mains alors qu’un soldat braque son arme dans sa direction. Du fait même de la composition du cliché, son visage à l’expression perdue attire inévitablement le regard du spectateur.

  Interprétation

D’un symbole à l’autre

Pris à la demande de Krüger, chef suprême de la SS et de la police dans l’Est, ce cliché doit illustrer, tout comme le rapport Stroop et les autres photographies composant l’album, la répression de l’insurrection du ghetto. Plus généralement, et selon Krüger lui-même, l’ensemble doit témoigner « de nos efforts […] pour la déjudaïsation de l’Europe et du globe terrestre tout entier ». La légende originale du cliché figurant dans l’album est d’ailleurs sans équivoque : « Forcés hors de leurs trous ».

Il serait donc erroné de penser que l’auteur du cliché ait voulu dénoncer la barbarie des SS, ou susciter la compassion pour les victimes. Au mieux neutre et « objectif », le regard du photographe présente donc juste une scène précise. On peut aussi suggérer qu’il compose son image et choisit ce point de vue si marqué et si marquant dans le but d’exalter la mission des SS et la victoire manifeste de l’idéal nazi : en montrant dans cette scène de force la puissance et la supériorité des « surhommes » sur ceux qu’ils dominent et punissent.

C’est pourtant un tout autre symbole que semble porter cette photographie. Le terrible contraste entre les hommes en armes et les civils (essentiellement des femmes et des enfants) misérables qui sont expulsés violemment d’un immeuble lors de cette rafle montre en effet avec une puissance inouïe la cruauté et l’inhumanité de la scène. Elle révèle involontairement toute l’oppression nazie, qu’elle signifie comme par synecdoque.

Par un même effet, la figure centrale du jeune enfant vulnérable au regard triste, perdu et effrayé sous la menace d’un pistolet mitrailleur, finit par représenter celle de toutes les victimes.

De la justification à l’accusation du régime et de ses exactions, l’inversion du sens et de la fonction d’Arrestation dans le ghetto de Varsovie semble donc inévitable. Elle redit même en creux le fanatisme de ses auteurs, incapables d’envisager les effets dévastateurs d’une telle image.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • CAIN Larissa, Ghettos en révolte : Pologne, 1943, Paris, Autrement (coll. Mémoires), 2003.
  • EDELMAN Marek, Mémoires du ghetto de Varsovie, Paris, Liana Levi (coll. Piccolo), 2002.
  • KASSOW Samuel, Qui écrira notre histoire ? Les archives secrètes du ghetto de Varsovie, Paris, Grasset (coll. Champs histoire, no 1072), 2011.
  • ROUSSEAU Frédéric, L’enfant juif de Varsovie : histoire d’une photographie, Paris, Le Seuil (coll. L’univers historique), 2009.

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