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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Allégorie de la régence d’Anne d’Autriche

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Allégorie de la régence d’Anne d’Autriche.

© Photo RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Daniel Arnaudet

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Titre : Allégorie de la régence d’Anne d’Autriche.

Auteur : Laurent LA HYRE (1606-1656)
Date de création : 1648
Date représentée : 1648
Dimensions : Hauteur 225 cm - Largeur 162 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 88-002032 / MV7142

  Contexte historique

La régence d’Anne d’Autriche

Si sa date de réalisation est attestée – 1648 –, on ignore à la fois qui a commandé la toile et son emplacement jusqu’à son achat par le roi Louis-Philippe en 1839, année où elle rejoint donc les collections de l’État. Son auteur est en revanche avéré : il s’agit de Laurent de La Hyre, peintre et graveur en activité depuis l’âge de 25 ans qui contribue au succès de l’atticisme – courant artistique dérivé du classicisme et caractérisé par la délicatesse du trait et de la clarté – en peignant des sujets religieux, mythologiques et allégoriques campés dans des décors champêtres ou de ruines, tout en faisant la part belle aux corps masculin et surtout féminin.

La scène représentée est controversée. Jusque dans les années 1960, elle est communément considérée comme une allégorie de la paix de Westphalie, signée en 1648, qui met fin à la guerre de Trente Ans (excepté entre la France et l’Espagne). Aujourd’hui, après les analyses de Pierre Rosenberg et Jacques Thuillier, elle est interprétée comme une allégorie de la régence d’Anne d’Autriche.

Fille du roi d’Espagne Philippe III et reine de France par son mariage avec Louis XIII, Anne d’Autriche gouverne la France au nom de son fils mineur Louis XIV depuis 1643. Sa régence, dont les conditions d’exercice ont été renforcées grâce au soutien du parlement de Paris au lendemain de la mort de Louis XIII, s’appuie sur le ministère du cardinal Mazarin. Les désordres internes troublent la tranquillité du royaume, tandis que la guerre de Trente Ans se poursuit aux frontières. La Fronde parlementaire éclate au printemps 1648 et déstabilise l’assise du pouvoir royal.

Laurent de La Hyre choisit donc de représenter la régence d’Anne d’Autriche au moment même où elle est la plus contestée, sous la forme d’une allégorie – personnification d’une idée abstraite et genre répandu dans la peinture du XVIIe siècle.

  Analyse de l'image

Un portrait allégorique

La toile de Laurent de La Hyre fait appel aux codes classiques des figures allégoriques de la Vertu et du Pouvoir, tels que Cesare Ripa les a représentés dans l’Iconologia (1593). Sur fond de colonnade et de fronton antiques, trois femmes et un enfant occupent pleinement l’espace iconographique. À gauche, une femme porte les attributs de la Vertu : ailée et vêtue d’une tunique marquée d’un soleil, elle tient une pique et soutient une couronne de laurier au-dessus d’une autre femme, incarnation du Pouvoir. Celle-ci est assise et tourne la tête vers la Vertu. Elle occupe une position centrale dans la composition, et les couleurs de ses vêtements – rouge et bleu en particulier – tranchent avec celles des autres personnages. Sa main droite brandit une palme, tandis que sa gauche est posée sur un globe fleurdelisé. Volant à droite, une autre femme ailée embouche la trompette de la Renommée et surplombe un enfant qui met le feu à un trophée d’armes à terre. Sa couronne de fleurs et le rameau d’olivier qu’il tient dans sa main droite le désignent comme une allégorie de la Paix.

Au sol, au trophée d’armes situé à droite répondent les fruits de la corne d’abondance et la trompette situés à gauche : la destruction de celui-ci entraîne la renaissance de ceux-là. L’allégorie de la régence d’Anne d’Autriche est bien un tableau de la renaissance issue de la paix retrouvée après une longue guerre de Trente Ans. Mise en scène comme le bon gouvernement – permettant l’exercice pacifique de la vertu et la prospérité du royaume –, la régence d’Anne d’Autriche est digne des louanges que claironne la Renommée. Au centre, seule l’allégorie du Pouvoir porte une coiffure contemporaine du milieu du XVIIe siècle, renvoyant ainsi à une image sublimée d’Anne d’Autriche elle-même.

  Interprétation

Un manifeste politique au début de la Fronde

Son thème, au tout début de la Fronde, fait de la toile un manifeste politique favorable à Anne d’Autriche. C’est surtout l’action pacificatrice de la Régence qui est ici mise en avant. Dans un espace féminisé excluant de fait subtilement de la scène politique le cardinal Mazarin, qui cristallise les mécontentements, Anne d’Autriche peut capitaliser les fruits de la victoire remportée par le jeune duc d’Enghien (futur Grand Condé) à Lens le 20 août 1648 et ceux du traité de paix conclu le 24 octobre de la même année. Sont aussi valorisés la piété de la reine – par le fronton du temple –, sa gloire – par la Renommée –, sa vertu et son bon gouvernement.

Tableau féminin qui exalte le pouvoir, l’œuvre de La Hyre passe sous silence la poursuite effective de la guerre extérieure, car la compétition avec l’Espagne dure encore dix années, jusqu’en 1659. Plus encore, elle occulte volontairement la guerre civile allumée au printemps 1648 par la Fronde, qui plonge le royaume dans une période d’ébranlement du pouvoir de la régente et de son principal ministre Mazarin, et qui contraint la famille royale à quitter Paris dès août 1648. C’est pourquoi l’allégorie de la Régence apparaît comme une œuvre visant à renforcer la légitimité du pouvoir d’Anne d’Autriche face aux revendications du parlement de Paris.

L’appartenance de cette toile à une tradition apologétique de valorisation des pouvoirs féminins – qui a connu un apogée avec le cycle peint par Rubens pour Marie de Médicis (décennie 1620) et un renouveau allégorique au Palais-Royal occupé par Anne d’Autriche entre 1643 et 1648 (voir le programme peint par Simon Vouet) – permet d’inscrire l’action de la mère de Louis XIV dans une lignée légitimatrice d’administration féminine et vertueuse du royaume des lys.

Auteur : Jean HUBAC


Bibliographie

  • ALLEN Christopher, Le grand siècle de la peinture française, Paris, Thames & Hudson (coll. Univers de l’art), 2005.
  • COSANDEY Fanny, La reine de France. Symbole et pouvoir. XVe-XVIIIe siècle, Paris, Gallimard (coll. Bibliothèque des histoires), 2000.
  • GRELL Chantal [dir.], Anne d’Autriche. Infante d’Espagne et reine de France, Paris / Madrid / Versailles, Perrin / Centro de estudios Europa Hispánica / Centre de recherche du château de Versailles (coll. Les Habsbourg), 2009.
  • ROSENBERG Pierre et THUILLIER Jacques, Laurent de La Hyre, 1606-1656. L’homme et l’œuvre, cat. exp. musée de Grenoble (14 janvier – 10 avril 1989), musée de Rennes (9 mai – 31 août 1989), musée de Bordeaux (6 octobre 1989 – 6 janvier 1990), Genève / Grenoble, Skira / Musée de Grenoble, 1988.
  • VERGNES Sophie, Les Frondeuses. Une révolte au féminin (1643-1661), Seyssel, Champ Vallon (coll. Époques), 2013.

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