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Mort du marquis de Montcalm au combat de Québec le 13 septembre 1759. [d'après François Watteau]

© Photo RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Droits réservés

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Titre : Mort du marquis de Montcalm au combat de Québec le 13 septembre 1759. [d'après François Watteau]

Auteur : Juste CHEVILLET (1729-1802)
Date de création : 1783
Dimensions : Hauteur 50.2 cm - Largeur 63 cm
Technique et autres indications : Eau-forte et burin
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 79-007041 / invgravures5382

  Contexte historique

Louis-Joseph de Montcalm de St-Véran est né le 28 février 1712 au château de Candiac à proximité de Nîmes. Issu d’une famille de la vielle noblesse provinciale, Louis-Joseph épouse en octobre 1736 une jeune femme appartenant à deux des plus vielles et des plus puissantes familles de la noblesse de robe et du Parlement de Paris. Son mariage lui assurera relations et moyens financiers. Il est très jeune initié au métier des armes et, grâce à son père, devient Lieutenant-colonel du régiment de Hainaut-Infanterie.

Après avoir dirigé une compagnie lors de la Guerre de Succession de Pologne, le jeune homme participe à la Guerre de Succession d’Autriche au cours de laquelle il est blessé. Il obtient peu de temps après la charge de colonel du Régiment d’Auxerois (1741), puis est fait chevalier de St Louis. A 31 ans, sa carrière semble promise à un bel avenir. En janvier 1756, M. d’Argenson, Ministre de la Guerre, fait désigner le Marquis de Montcalm « Commandant des troupes de sa Majesté dans l’Amérique septentrionale ». Cinq mois plus tard, il appareille au Canada et atteint Québec le 13 mai, puis Montréal le 16.

La Guerre de Sept ans qui éclate entre la France, l’Autriche et la Russie d’un côté et l’Angleterre et la Prusse de l’autre, va lui permettre de s’illustrer. Montcalm participe activement au conflit et défend avec courage les intérêts français au Canada. Il meurt le 14 septembre 1759 lors de la bataille du Québec devant les troupes anglaises commandées par James Wolfe, un autre jeune général tué, lui-aussi, lors de la même bataille. Les deux hommes deviennent alors les figures héroïques de la mémoire militaire française et britannique.

  Analyse de l'image

Cette estampe en contre-partie évoquant la mort tragique du marquis de Montcalm est tirée d’un dessin longtemps attribué à Louis Watteau (1731-1798). En fait, le lavis brun et gris sur dessin à la pierre noire et à la sanguine avec rehauts de craie blanche, conservé à la National Gallery du Canada (Ottawa), a été réalisé en 1782 et exposé au Salon de Lille en 1783 par François Watteau (1758-1823), fils du précédent et petit neveu d’Antoine Watteau (1684-1721), célèbre peintre du début XVIIIe siècle.

Le dessin fut gravé par Juste Chevillet en 1783, puis un an plus tard par P.-A. Martini, les deux estampes établissant sa renommée. Mais cette reconnaissance, le dessin et la gravure le doivent à une autre estampe, très populaire dans toute l’Europe, de William Woollet (1735-1785) réalisée en 1776, d’après le célèbre tableau de Benjamin West, La Mort du Général Wolfe (1770, National Gallery du Canada). Dans cette œuvre, West (1738-1820) s’affranchissait d’un certain nombre de conventions et, en rejetant le costume antique traditionnel au profit de l’uniforme du XVIIIe siècle, contemporanéisait la peinture d’histoire en un degré, jusque là, rarement atteint.

Comme West, François Watteau a composé son œuvre à partir d’un groupe d’hommes recueillis devant le corps du chef militaire mourant. Si Woollett, a gravé fidèlement le tableau original de West, Chevillet, comme Martini, vont quant à eux respecter la composition générale du dessin tout en changeant de nombreux détails.

  Interprétation

Le dessin de Watteau et le tableau de West encouragent le sentiment patriotique français et britannique et, au regard du succès de l’œuvre de West, on peut raisonnablement avancer que Watteau a souhaité établir « un contrepoids français et patriotique de la planche anglaise » (Gaëtane Maës), alors que la guerre d’Indépendance américaine était sur le point de se terminer.

Watteau y développe un sentiment expressif bien plus marqué que dans le tableau de West qui est lui davantage fondé sur le recueillement. Les soldats français témoignent de manière très expressive et théâtrale de leur anxiété et de leur chagrin, un aide de camp venant recueillir les dernières paroles du jeune général tandis qu’au loin, la bataille est toujours âprement engagée.

Probablement dans un souci d’exotisme, le graveur a ajouté un palmier devant la tente du général, en une touche pour le moins insolite. De même, peut-être en une évocation du tableau de West, Chevillet a représenté aux pieds de Montcalm deux amérindiens en train de dégager des éclats de boulets. Il a été avancé que Watteau aurait recueilli auprès d’anciens officiers des détails sur les circonstances de la mort de Montcalm. Si certains éléments viennent corroborer cette indication, il a cependant dans un parti pris de grandiloquence fait mourir son héros sur le champ de bataille, alors que son décès a eu lieu dans une maison de Québec où il avait été transporté. Mais, la vérité historique importe peu à l’artiste qui veut avant tout mettre en évidence le courage et la détermination du héros.

Auteur : Pascal DUPUY


Bibliographie

  • Gaëtane WAËS, Les Watteau de Lille, Paris, Arthéna, 1998.
  • Conflits de sociétés au Canada français pendant la Guerre de Sept ans et leur influence sur les opérations, Colloque international d’histoire militaire, Ottawa, 1978, Service Historique Armée de Terre, 1978.
  • Edmond DZIEMBOWSKI, Un nouveau patriotisme français 1750-1770. La France face à la puissance anglaise à l’époque de la guerre de Sept Ans, Oxford, Voltaire fondation, 1998.

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