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Les ouvriers belges vus par Léon Frédéric

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Les âges de l'ouvrier.

© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet / J. Schormans

Agrandissement - Zoom

Titre : Les âges de l'ouvrier.

Auteur : Léon FREDERIC (1856-1940)
Date de création : 1895
Dimensions : Hauteur 163 cm - Largeur 376 cm
Technique et autres indications : peinture à l'huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 80EE822/RF 1152

Animation

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  Contexte historique

Etat indépendant à partir de 1830, la Belgique est l’un des pays d’Europe occidentale où l’industrialisation a été la plus vigoureuse. C’est aussi l’un des plus urbanisés : à la veille de 1914, seul le Royaume-Uni a un taux d’urbanisation supérieur. Bruxelles, capitale du nouvel Etat depuis sa création, est l’agglomération urbaine dont la croissance a été la plus forte : 430 000 habitants en 1880, 750 000 à la veille du premier conflit mondial. Le monde ouvrier est organisé dans le parti ouvrier belge qui rassemble, à partir de 1885, syndicalistes, coopérateurs, mutualistes et militants politiques.

  Analyse de l'image

Né en 1856, Léon Frédéric est l’un des peintres majeurs du symbolisme belge. Dans la lignée du réalisme, il met en scène, à partir des années 1890, les milieux populaires dans de vastes compositions symboliques qui révèlent ses orientations sociales et religieuses. Le polyptyque intitulé Les Ages de l’ouvrier a été élaboré en trois ans.

Le premier volet, celui de gauche, est peint en 1895 : les femmes qui y figurent rappellent le thème de la « Vierge à l’enfant ». Le volet de droite date de 1897 : les terrassiers évoquent une « Elévation de la croix ». Le volet central, réalisé en 1896, aux personnages légèrement plus petits que ceux des volets latéraux, achève de renforcer le parallélisme avec les triptyques de l’art religieux flamand de la fin du XVe siècle ou du début du XVIe siècle. Tout vise à renforcer l’interpénétration du social et du sacré. La facture de l’ensemble mêle en un tout ambigu, pas toujours facilement décodable aujourd’hui, détails réalistes et projet symbolique.

L’étude de Rodolphe Rapetti permet un décryptage de l’œuvre. En voici quelques exemples. Au premier plan du panneau central, les jeunes garçons qui jouent aux cartes soulignent la perversion à laquelle le jeu peut entraîner dès le plus jeune âge. Pour autant, l’un des enfants, celui qui a le visage de trois quarts à droite, laisse les cartes tomber de sa main, et son regard abandonne l’univers du jeu. Cette révélation qui annonce sa rédemption – les sentiments religieux de Frédéric sont connus – est soulignée par un détail réaliste : l’anse d’un panier d’osier situé juste au-dessus de lui, qui auréole son visage. En parallèle à ce jeune garçon qui trouve sa voie, la petite fille en robe rouge, face au spectateur, symbolise la foi en l’avenir qu’exprime la foule qui tourne le dos au corbillard entouré de drapeaux rouges dans lequel sont transportés les victimes de la répression des manifestations de 1893 en faveur du suffrage universel.

A l’arrière des personnages, les paysages urbains renforcent le côté symbolique de la composition. Le panneau de droite permet de reconnaître le palais de justice de Bruxelles, qui domine le quartier populaire de Marolles. Au centre, la rue haute de Bruxelles, qui traverse les quartiers pauvres, est représentée avec fidélité, mais dans une recomposition synthétique qui permet de distinguer l’hôpital Saint-Pierre et la tour de l’Hôtel de Ville. A l’arrière du volet gauche figure la prison centrale de Saint-Gilles. Ce décor qui conserve une grande apparence de véracité rappelle les primitifs des écoles du Nord. Pour les contemporains, elle met en scène ce que l’artiste appelle les « trois grandes villégiatures de l’ouvrier » : l’hôpital, le palais de justice et la prison. La précarité de la condition ouvrière (forte natalité, risques de criminalité, santé menacée…) va-t-elle enfin s’estomper ?

  Interprétation

Ce polyptyque décrit dans un mélange de réalisme et de symbolisme la situation de la classe ouvrière belge en un temps où la misère n’a pas disparu, mais où son émancipation, dans le contexte du rapprochement entre les progressistes et certains catholiques, apparaît comme une nécessité ; d’autant plus qu’après l’adoption d’une forme de suffrage universel consécutive aux émeutes qui ont ensanglanté Liège et la Wallonie en 1891-1893, les socialistes font leur entrée à la Chambre. Léon Frédéric, qui avait réalisé quelques années auparavant un triptyque ayant pour titre Le peuple un jour verra se lever le soleil, témoigne avec Les Ages de l’ouvrier de cet espoir.

Auteur : Jean-Luc PINOL


Bibliographie

  • Jean-Pierre BARDET, Jacques DUPAQUIER (dir.), Histoire des populations de l’Europe, tome 2, « La révolution démographique, 1750-1914 », Paris, Fayard, 1998.
  • Jacques DROZ (dir.), Histoire générale du socialisme, tome 1, Paris, PUF, 1972.
  • Rodolphe RAPETTI, « Léon Frédéric et les âges de l’ouvrier, symbolisme et messianisme social dans la Belgique de Léopold II », Paris, Revue du Louvre, 2-1990, p. 136-145.

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