© Photo RMN-Grand Palais
Titre : Les derniers moments du duc de Berry dans la salle de l'ancien opéra.
Auteur : Alexandre MENJAUD (1773-1832)
Date de création : 1824
Date représentée : 13 février 1820
Dimensions : Hauteur 130 cm - Largeur 176 cm
Technique et autres indications : peinture à l'huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 87EE1194/MV 5165
La fin de la branche aînée ?
Le 13 février 1820, le duc de Berry, second fils de Monsieur, frère du roi et futur Charles X, était assassiné par l’ouvrier sellier Louvel à l’entrée de l’Opéra. Sur le moment le coup parut fatal à la branche aînée des Bourbons : le duc de Berry était en effet le seul homme de la famille à pouvoir encore espérer une descendance. Or de son mariage avec Marie-Caroline de Naples n’était née, au moment du meurtre, qu’une fille, Mademoiselle d’Artois, future duchesse de Parme. Ce n’est qu’ensuite qu’allait se révéler la grossesse de la duchesse de Berry, qui accoucha d’un garçon, le duc de Bordeaux, ou comte de Chambord, ainsi dénommé « l’enfant du miracle ». L’assassinat du duc de Berry eut toutefois des répercussions immédiates, car il mit fin à la politique d’apaisement menée par Louis XVIII et son Premier ministre Decazes, qui dut démissionner sur-le-champ, redonnant une influence prépondérante à la faction ultra emmenée par Monsieur.
Le duc de Berry expire sur un lit de fortune. Soigné par son chirurgien, Bougon, « le Prince lève une main défaillante sur sa fille [présentée par sa femme], et lui dit : Pauvre enfant, je souhaite que tu sois moins malheureuse que ceux de ta famille » (livret du Salon de 1824, où la toile fut exposée). On distingue Monsieur, agenouillé, de face, et le duc d’Angoulême, frère du mourant, lui aussi agenouillé, de dos. A gauche de Louis XVIII, qui bénit le mourant, le prince de Condé et, à sa droite, Louis-Philippe, duc d’Orléans. Penchées au pied du lit, la duchesse d’Orléans et sa belle-sœur Madame Adélaïde d’Orléans. Toute la famille royale est donc réunie autour du mourant, dans une attitude de tristesse contenue empreinte de ferveur chrétienne et de dignité.
Une mort vertueuse
Menjaud illustre avec ce tableau un événement historique précis qu’il s’efforce de rendre avec le plus de vérité possible (ici, essentiellement dans le rendu très réaliste des détails et la ressemblance des portraits). Il s’insère également dans une thématique constante depuis les débuts du néoclassicisme, près de trois quarts de siècle auparavant : celle de la glorification du héros, dont les vertus se révèlent de la manière la plus éclatante au moment suprême de la mort. Pour Menjaud, toutefois, il ne s’agit pas seulement d’héroïser la figure du mourant (dont on sait qu’il demanda au roi la « grâce pour l’homme », c’est-à-dire pour son assassin), mais aussi de présenter l’histoire sous un angle plus anecdotique et plus familier, dans des scènes facilement accessibles au spectateur et dont la sentimentalité n’entretient qu’un rapport désormais assez lointain avec l’héroïsme viril des artistes de la fin du XVIIIe siècle.
Auteur : Pascal TORRÈS