© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet
Titre : Portrait de Hugues-Félicité-Robert de Lamennais.
Auteur : Paulin Jean-Baptiste GUERIN (1783-1855)
Date de création : 1827
Date représentée : 1827
Dimensions : Hauteur 82 cm - Largeur 67 cm
Technique et autres indications : peinture à l'huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 89EE214/MV 6654
De La Mennais à Lamennais
Félicité Robert de La Mennais fut une des personnalités intellectuelles les plus marquantes de la Restauration et de la monarchie de Juillet. Né en 1782, ordonné prêtre en 1815, il s’affirme très vite comme l’un des défenseurs les plus actifs de la contre-révolution. Le premier volume de son Essai sur l’indifférence en matière de religion, ouvrage publié en 1817 dont on disait qu’il « réveillerait un mort »., est un immense succès de librairie. Sa défense des prérogatives de l’Eglise romaine ne l’empêche cependant pas d’être favorable à la liberté de la presse malgré les errements qu’elle peut favoriser (voir à ce sujet : De la religion considérée dans ses rapports avec l’ordre politique et civil, 1826 et Des progrès de la révolution et de la guerre contre l’Eglise, 1829). Lorsque ce tableau est peint, en 1827, La Mennais n’en est qu’au début d’un changement profond qui va s’accentuer après la révolution de 1830. Il fonde alors avec Montalembert et Lacordaire L’Avenir, quotidien dans lequel il prône un catholicisme libéral fondé sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Cet engagement très marqué vaut au journal une condamnation par le pape Grégoire XVI (encyclique Mirari vos, 1832). Lamennais, qui a volontairement supprimé sa particule nobiliaire, rompt alors avec Rome et s’oriente vers un véritable socialisme.
Un homme, une personnalité
La Mennais est représenté ici très simplement, de face, à mi-corps, assis dans un fauteuil rouge, écrivant à sa table. Tout l’intérêt du tableau se concentre ainsi sur sa physionomie, qui frappa tous ses contemporains. George Sand en a laissé un portrait très vivant, qui semble parfaitement s’appliquer à l’œuvre de Paulin-Guérin : « M. Lamennais, petit, maigre et souffreteux, n’avait qu’un faible souffle de vie dans la poitrine. Mais quel rayon dans sa tête ! Son nez était trop proéminent pour sa petite taille et pour sa figure étroite. Sans ce nez disproportionné, son visage eût été beau. L’œil clair lançait des flammes; le front droit et sillonné de grands plis verticaux, indices d’ardeur dans la volonté, la bouche souriante et le masque mobile sous une apparence de contraction austère, c’était une tête fortement caractérisée pour une vie de renoncement, de contemplation et de prédication. Toute sa personne, ses manières simples, ses mouvements brusques, ses attitudes gauches, sa gaieté franche, ses obstinations emportées, ses soudaines bonhomies, tout en lui, jusqu’à ses gros habits propres, mais pauvres, et à ses bas bleus, sentait le cloarek [clerc] breton » (Histoire de ma vie).
La diffusion de l’œuvre
Le tableau conservé à Versailles est une réplique de l’original exposé au Salon de 1827 aujourd’hui conservé au musée des Beaux-Arts de Rennes. Il fut lithographié par Z. Belliard en 1828, et l’estampe obtint un très grand succès. Elle était en vente aux bureaux du Mémorial catholique, publication que dirigea La Mennais sous la Restauration et dont naquit ensuite L’Avenir. La gravure tient alors une place essentielle dans une population encore largement illettrée. Tout autant que ses écrits, le portrait de Paulin-Guérin contribua ainsi à forger l’image d’un La Mennais austère, vivant avant tout d’une flamme intérieure inextinguible, tout entier dévoué à la propagation de ses idées et, en définitive, au bien commun et universel.
Auteur : Pascal TORRÈS